{"id":22136,"date":"2005-10-05T00:00:00","date_gmt":"2005-10-04T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/25c4ff9472a5abb695776e79236c3801_XL.jpg"},"modified":"2005-10-05T00:00:00","modified_gmt":"2005-10-04T22:00:00","slug":"22136","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2005\/10\/05\/22136\/","title":{"rendered":"&#8211; Rock ind\u00e9pendant"},"content":{"rendered":"<h1>DOSSIER : Rock ind\u00e9pendant : le Progressif des ann\u00e9es 00 ?<\/h1>\n<p><strong>Alors que la plupart des m\u00e9dias continuent \u00e0 consid\u00e9rer le progressif comme un genre \u00e0 bannir, pompier, \u00e9litiste et ringard, on constate un mouvement initi\u00e9 au milieu des ann\u00e9es 90 et par lequel le progressif s\u2019ins\u00e8re, insidieusement mais in\u00e9luctablement, dans un autre genre bien plus <i>hype<\/i>, le rock ind\u00e9pendant. Serait-ce \u00e0 dire que l\u2019exposition publique et le renouveau du progressif passent aussi, et peut \u00eatre m\u00eame d\u2019abord, par ce rock qui refuse l\u2019\u00e9tiquette \u00ab prog \u00bb mais qui en fait sans le savoir ou le reconna\u00eetre ?<\/strong><\/p>       <br \/> \t  <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><strong><font color=\"#CC0066\"><u>          1. G\u00e9n\u00e8se d&rsquo;un dangereux m\u00e9lange des genres<\/u><\/font><\/strong><\/p>       <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\">Ce mouvement de rapprochement de deux genres qui ne s\u2019appr\u00e9cient gu\u00e8re a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 au milieu des ann\u00e9es 90, tant en Angleterre qu\u2019aux Etats-Unis, avec des groupes phares de cette \u00e9poque, dont les chiffres de vente d\u00e9passent les six unit\u00e9s. <br \/><br \/> <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/doss_inde_1.jpg\" width=\"150\" height=\"147\" align=\"right\" border=\"1\">Du c\u00f4t\u00e9 de la perfide Albion, Radiohead, apr\u00e8s un <i>The Bends<\/i> tr\u00e8s pop mais d\u00e9rivant d\u00e9j\u00e0 vers des horizons plus exp\u00e9rimentaux (\u00ab&nbsp;Fake Plastic Trees&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;My Iron Lung&nbsp;\u00bb), sort <i>OK Computer<\/i>. Cit\u00e9 comme r\u00e9f\u00e9rence par toute la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de musiciens progressifs (Anathema, Porcupine Tree\u2026) ou non (Muse ou Archive), ce disque m\u00ealant <i>songwriting<\/i> typiquement anglais et exp\u00e9rimentations \u00e9lectroniques r\u00e9ussit ce dont r\u00eavaient beaucoup : atteindre le grand public tout en proposant un son nouveau (on s\u2019arrachera par la suite leur producteur, Nigel Godrich). Entre morceaux compl\u00e8tement d\u00e9jant\u00e9s (\u00ab&nbsp;Fitter Happier&nbsp;\u00bb et sa voix d\u2019outre-tombe, \u00ab&nbsp;Subterranean Homesick Alien&nbsp;\u00bb et son rythme fou) ou chansons imparables, mais drap\u00e9es d\u2019id\u00e9es neuves (\u00ab&nbsp;Exit Music&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Climbing Up The Walls&nbsp;\u00bb), le disque est irr\u00e9sistible.<br \/> De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Atlantique, le mouvement grunge, aussi contest\u00e9 soit-il, a offert quelques monuments au rock, dont certains sont emprunts de r\u00e9f\u00e9rences au rock des ann\u00e9es 70, dont le progressif. <\/i>Ten<\/i> de Pearl Jam encha\u00eene les titres d\u2019une dur\u00e9e anormalement longue et surprend par son c\u00f4t\u00e9 \u00e9pique, tandis que Soundgarden et son chef d\u2019\u0153uvre <\/i>SuperUnknown<\/i> revisite Led Zeppelin, Black Sabbath et le psych\u00e9d\u00e9lisme. Mais c\u2019est surtout du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019OVNI <i>Mellon Collie and the Infinite Sadness<\/i> des Smashing Pumpkins que la grandiloquence progressive est la plus marqu\u00e9e. Sorti en 1995, apr\u00e8s le succ\u00e8s du plus convenu mais magnifique <i>Siamese Dream<\/i>, ce double album en forme de prise de risque maximum s\u2019ouvre sur deux titres aux ambitions symphoniques en compl\u00e8te contradiction avec le rock \u00ab&nbsp;sale&nbsp;\u00bb du moment. De m\u00eame, les cinq derniers titres du premier disque, et notamment le long \u00ab&nbsp;Porcelina of the Vast Oceans&nbsp;\u00bb, d\u00e9veloppent des climats atmosph\u00e9riques et planants rappelant Pink Floyd. Le second volume, plus direct, rec\u00e8le quelques perles, comme \u00ab&nbsp;Through The Eyes of Ruby&nbsp;\u00bb. <br \/><br \/> Si ce mouvement vers le rock des ann\u00e9es 70 de groupes grand public est manifeste, le rapprochement inverse est \u00e9galement notable : des formations progressives, inspir\u00e9es par ce mouvement, sont aujourd\u2019hui potentiellement \u00ab&nbsp;commerciales&nbsp;\u00bb, et aussi proches du rock ind\u00e9pendant que du progressif. Si Porcupine Tree en est l\u2019illustration la plus flagrante, avec \u00e0 la cl\u00e9 une signature sur une major, n\u2019oublions pas Anathema, pass\u00e9 du metal au progressif pour s\u2019orienter vers une musique plus accessible depuis deux albums, Aeon Spoke (du death de Cynic aux ballades acoustiques !), Paatos, Pineapple Thief ou Vulgar Unicorn, ce dernier illustrant sur ces albums le brassage de genres tent\u00e9s par certains artistes progressifs, m\u00ealant \u00e9lectronique, jazz, ou pop. <br \/><br \/> Le terrain \u00e9tait donc fertile \u00e0 l\u2019\u00e9closion de groupes de rock grand public qui, prenant la suite d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration pas si perdue que cela, ne seraient pas effray\u00e9s par les exp\u00e9rimentations et l\u2019abolition des contraintes du format \u00ab&nbsp;Beatles&nbsp;\u00bb de la chanson de trois minutes. Cette nouvelle g\u00e9n\u00e9ration est surtout marqu\u00e9e par un \u00e9clatement des genres et des styles, de sorte que metal, rock, fusion ne constituent plus des fronti\u00e8res \u00e9tanches. Si la visibilit\u00e9 des genres musicaux en sort att\u00e9nu\u00e9e, elle pousse en revanche le public \u00e0 aller au-del\u00e0 des \u00e9tiquettes et \u00e0 avoir une d\u00e9marche plus individuelle, ce qui ne peut qu\u2019\u00eatre positif. Au sein de cette famille recompos\u00e9e, nombreux sont ceux qui m\u00e9ritent le qualificatif de \u00ab&nbsp;progressif&nbsp;\u00bb, quand bien m\u00eame certains le refusent explicitement. C\u2019est d\u2019ailleurs sur cette base totalement arbitraire que nous avons class\u00e9 certains d\u2019entre eux : des groupes explicitement progressifs, des groupes honteusement progressifs et des groupes \u00ab&nbsp;progressifs sans le savoir&nbsp;\u00bb.<br \/><br \/> Nous vous proposons donc un rapide tour d\u2019horizon des jeunes (et moins) jeunes pousses composant le paysage rock actuel et r\u00e9pondant \u00e0 la d\u00e9finition du progressif telle que notre r\u00e9daction avait essay\u00e9 de la poser, il y a deux ans (<a href=\"http:\/\/www.progressia.net\/index.php4?rub=dossiers&#038;iddossier=5\">consulter notre dossier<\/a>). Ce panorama tr\u00e8s rapide permettra de se rendre compte \u00e0 la fois de la diversit\u00e9 des \u00ab&nbsp;genres&nbsp;\u00bb dans lesquels \u00e9voluent ces groupes \u00ab&nbsp;non identifi\u00e9s&nbsp;\u00bb mais aussi l\u2019incroyable vivacit\u00e9 d\u2019une sc\u00e8ne qui n\u2019a pas fini de nous \u00e9tonner. A nos lecteurs de piocher parmi ces musiques tr\u00e8s disparates pour y trouver leur perle rare. <br \/><br \/> <\/p>         <br \/> \t  <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><strong><font color=\"#CC0066\"><u>          2. Des groupes explicitement progressifs<\/u><\/font><\/strong><\/p>       <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><b>Tool<\/b><br \/><br \/> <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/doss_inde_2.jpg\" width=\"150\" height=\"152\" align=\"right\" border=\"1\">D\u00e8s le d\u00e9but de sa carri\u00e8re, Tool n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 clamer son amour pour des groupes comme King Crimson et, plus \u00e9tonnant, Yes. Auteurs de deux albums essentiels, le cingl\u00e9 <i>Aenima<\/i> et le plus abordable <i>Lateralus<\/i>, les Am\u00e9ricains, emmen\u00e9s par le tourment\u00e9 chanteur Maynard et l\u2019un des batteurs les plus impressionnants de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, Danny Carey, ont connu un succ\u00e8s mondial inattendu. Souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme fondateur du mouvement n\u00e9o-metal, pour ce son particuli\u00e8rement dur concoct\u00e9 par David Botrill (producteur de King Crimson sur <i>Thrak<\/i>), Tool est pourtant bien plus que cela, de par ses ambiances sombres, ses rythmiques d\u00e9jant\u00e9es ou ses structures alambiqu\u00e9es (\u00ab&nbsp;Third Eye&nbsp;\u00bb est un vrai morceau progressif, avec une structure complexe et un souffle \u00e9pique nich\u00e9 derri\u00e8re son aspect n\u00e9vros\u00e9). Par ailleurs, sur sc\u00e8ne, le groupe adopte une v\u00e9ritable coh\u00e9rence visuelle, \u00e0 la mani\u00e8re de Peter Gabriel. C\u2019est d\u2019ailleurs au cours de l\u2019\u00e9t\u00e9 2001 que Tool propose \u00e0 King Crimson de les accompagner, pour aider la bande de Fripp et Belew \u00e0 \u00e9largir son public en touchant les plus jeunes. Retour de politesse, Danny Carey appara\u00eet sur le dernier album solo d\u2019Adrian Belew, <i>Side One<\/i>. A la limite du progressif et du metal, Tool est sans aucun doute le groupe de musique \u00ab&nbsp;dure&nbsp;\u00bb le plus sophistiqu\u00e9 et le plus insaisissable qui soit, et a modifi\u00e9 en profondeur le paysage musical actuel. <br \/><br \/> <b>Oceansize<\/b><br \/><br \/> C\u2019est \u00e9crit dans leur biographie officielle : Pink Floyd ou Can sont en compagnie des Cardiacs les principales influences revendiqu\u00e9es par Oceansize. Nous n \u2018en sommes pas \u00e9tonn\u00e9s, mais en revanche, il manque une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 King Crimson, bien pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019\u00e9coute de leur premier et prometteur album <a href=\"http:\/\/http:\/\/www.chromatique.net\/index.php?option=com_k2&#038;view=itemlist&#038;layout=category&#038;task=category&#038;id=2&#038;Itemid=4&#038;articleid=118\"><i>Effloresce<\/i><\/a>. Melting pot o\u00f9 se m\u00ealent Jeff Buckley, Tool et le Floyd, la musique d\u2019Oceansize poss\u00e8de, comme le nom du groupe l\u2019indique, un spectre particuli\u00e8rement \u00e9tendu. Un nouveau mini-CD, <i>Music For Nurses<\/i>, indique que le groupe d\u2019abord issu de la sc\u00e8ne \u00ab&nbsp;pop&nbsp;\u00bb s\u2019est endurci, la voix de Mike Vennart tirant de plus en plus vers celle, polymorphe, de Mike Patton, et les rythmes s\u2019acc\u00e9l\u00e9rant. Outre les vocaux, Oceansize est aussi reconnu pour la perfection de son jeu \u00e0 trois guitares, lesquelles ont souvent des parties totalement diff\u00e9rentes, voire d\u00e9cal\u00e9es (l\u00e0 encore, King Crimson, vous connaissez ?) aboutissant \u00e0 un mur du son proprement ph\u00e9nom\u00e9nal. <i>Everyone Into Position<\/i>, sorti tout r\u00e9cemment, poursuit le chemin trac\u00e9 par <i>Effloresce<\/i> tout en adoptant une voie plus planante, plus proche du post rock de Mogwa\u00ef. Le groupe mancunien sera vraisemblablement appel\u00e9 \u00e0 jouer l\u2019un des premiers r\u00f4les de la sc\u00e8ne alternative ces prochaines ann\u00e9es, \u00e0 l\u2019instar de leurs homologues de Aereogramme et de Amplifier. <br \/><br \/> <b>Archive<\/b><br \/><br \/> \u00ab&nbsp;Pink Floyd est clairement une de nos grandes influences, on le revendique et on est assez content que les gens pensent \u00e0 eux en nous \u00e9coutant&nbsp;\u00bb, dixit Craig Walker. Voici qui est sans \u00e9quivoque de la part de l\u2019un des membres d\u2019une formation de trip hop qui, apr\u00e8s deux albums en dents de scie (l\u2019excellent <i>Londinium<\/i> et le path\u00e9tique <i>Take My Head<\/i>), revisite <i>Wish You Were Here<\/i> sur son troisi\u00e8me album, <i>You All Look the Same To Me<\/i>, jusque dans ses sonorit\u00e9s (le clavier-clavecin sur \u00ab&nbsp;Again&nbsp;\u00bb). Avec deux titres de plus de quinze minutes et quelques effets de production un peu modernes pour masquer l\u2019aspect particuli\u00e8rement \u00ab&nbsp;vintage&nbsp;\u00bb de l\u2019ensemble, Archive met les pieds dans le plat, sans pourtant se faire laminer par la presse ind\u00e9pendante ! Sur sc\u00e8ne, avec trois guitares et deux claviers, les Anglais confirment, mais leur dernier album en date <i>Noise<\/i> d\u00e9\u00e7oit quelque peu.<br \/><br \/> <b>(and you will know us by) The Trail of Dead<\/b><br \/><br \/> Selon Conrad Keely, le leader-chanteur de ce groupe d\u2019Am\u00e9ricains issus de la sc\u00e8ne \u00ab&nbsp;noisy&nbsp;\u00bb : \u00ab&nbsp;Je dois [mes influences] \u00e0 mes parents qui \u00e9taient de gros fans de rock psych\u00e9d\u00e9lique et progressif, de Pink Floyd \u00e0 Steve Hillage en passant par Rush et Kate Bush. C&rsquo;est ce que j&rsquo;ai \u00e9cout\u00e9 en grandissant.&nbsp;\u00bb. Tout est dit. Bouleversant sa musique au quatri\u00e8me album pour s\u2019envoler vers plus de musicalit\u00e9 et enfin \u00eatre reconnu en tant que compositeur, Trail Of Dead allie rock psych\u00e9d\u00e9lique avec <i>The Wall<\/i> pour un r\u00e9sultat d\u00e9tonnant de puissance. N\u2019ayant jamais peur de la grandiloquence, TOD se permet tout : ch\u0153urs diaphanes, interludes de musiques russes, grandes envol\u00e9es au piano\u2026 mais sait faire hurler les guitares en temps voulu. Vinnie Cavanagh d\u2019Anathema ne s\u2019y est pas tromp\u00e9 et v\u00e9n\u00e8re le groupe. <i>Worlds Apart<\/i> est certainement l\u2019un des disques essentiels de 2005, tandis que son pr\u00e9d\u00e9cesseur, <i>Source Tags and Codes<\/i> (2002), plus \u00e9nerv\u00e9, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 plein de promesses encore inachev\u00e9es. <br \/><br \/> <b>David Sylvian<\/b><br \/><br \/> D\u00e9butant sa carri\u00e8re comme chanteur permanent\u00e9 au sein de Japan, un groupe de pop synth\u00e9tique pas si loin du progressif que cela, avec Richard Barbieri (Porcupine Tree) aux claviers, David Sylvian est un artiste \u00e0 la carri\u00e8re solo atypique. L\u2019une des forces du chanteur\/compositeur est de savoir tr\u00e8s bien s\u2019entourer, de Ryuichi Sakamoto \u00e0 Bill Frisell, en passant par Marc Ribot, Jerry Marotta, Trey Gunn, David Botrill ou Robert Fripp : toute la galaxie du King Crimson r\u00e9cent ainsi que de nombreux artistes contemporains d\u2019int\u00e9r\u00eat ont c\u00f4toy\u00e9 le bonhomme. Sylvian a d\u2019ailleurs failli devenir \u00ab&nbsp;progressif malgr\u00e9 lui&nbsp;\u00bb en passant une audition pour devenir chanteur du King Crimson ressuscit\u00e9 du d\u00e9but des ann\u00e9es 90. Mais l\u2019artiste, sorte de face sombre de David Bowie dot\u00e9 d\u2019une voix grave et reconnaissable entre milles, pr\u00e9f\u00e9ra utiliser cette d\u00e9cennie &#8211; et la suivante &#8211; pour sortir des disques tous aussi beaux les uns que les autres : le fondateur <i>Secrets of the Beehive<\/i> en 1987, d\u00e9bordant de perles noires (\u00ab&nbsp;Let The Hapiness In&nbsp;\u00bb), mais aussi <i>The First Day<\/i>, sorte de laboratoire pr\u00e9-King Crimson 1994 sur lequel Fripp, Gunn et le producteur Botrill apprendront \u00e0 travailler ensemble, ou le r\u00e9cent <i>Dead Bees on A Cake<\/i>, aux sonorit\u00e9s \u00e0 la fois modernes et \u00ab&nbsp;world&nbsp;\u00bb. Ne jouant jamais la carte de la facilit\u00e9, dotant ses morceaux d\u2019une production toujours bluffante, Sylvian est un artiste \u00e0 part et \u00e0 d\u00e9couvrir. <br \/><br \/>  <b>Anja Garbarek<\/b><br \/><br \/> <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/doss_inde_3.jpg\" width=\"129\" height=\"190\" align=\"right\" border=\"1\">Pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par une r\u00e9putation qui doit (un peu) \u00e0 son saxophoniste de p\u00e8re (Jan, de son pr\u00e9nom), Anja a sorti un seul disque depuis le d\u00e9but de sa courte carri\u00e8re, en 2001 : <i>Smiling and Waving<\/i>. Elle a pourtant droit de citer ici, notamment du fait des artistes dont elle a r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019entourer : Steven Wilson \u00e0 la production et sur quelques instruments, Th\u00e9o Travis, le fl\u00fbtiste de Porcupine Tree et Gong, Robert Wyatt pour un joli duo, Mark Hollis de Talk Talk, ou encore Steve Jansen et Richard Barbieri, ex-Japan. Du tr\u00e8s beau monde pour un tr\u00e8s bel album, plein de silences et de moments de pure folie (\u00ab&nbsp;Big Mouth&nbsp;\u00bb), simple et pourtant tr\u00e8s travaill\u00e9 du point de vue de la production. La voix de la jeune fille n\u2019est pas sans rappeler celle de Bj\u00f6rk, en plus pos\u00e9e n\u00e9anmoins, de sorte que des hymnes comme \u00ab&nbsp;Stay Tuned&nbsp;\u00bb \u00e9voqueront la sublime Beth Gibbons de Portishead. A quand la confirmation ?  <\/p>        <br \/> \t  <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><strong><font color=\"#CC0066\"><u>          3. Des groupes honteusement progressifs<\/u><\/font><\/strong><br \/><br \/>      <b>The Mars Volta<\/b><br \/><br \/> <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/doss_inde_4.jpg\" width=\"111\" height=\"190\" align=\"right\" border=\"1\">\u00ab&nbsp;Nous sommes vraiment fatigu\u00e9s de ces styles et de ces questions&nbsp;\u00bb, dit le guitariste, co-fondateur et producteur Omar Rodriguez-Lopez. \u00ab&nbsp;Album concept ? Comment est-ce que  n&rsquo;importe quel projet immense qui nous vole pratiquement toute notre vie pendant un an peut ne pas avoir un concept ? Progressif ? Comment est-ce que de la musique ou de l&rsquo;art innovateur, qui a  pour but de faire nous faire r\u00e9fl\u00e9chir peut ne pas \u00eatre progressif ? &nbsp;\u00bb. Bottant en touche lorsque l\u2019on parle de progressif, le co-leader de The Mars Volta en a sans doute assez que les m\u00e9dias lui parlent de r\u00e9f\u00e9rences comme Led Zeppelin, King Crimson, Pink Floyd ou Santana. D\u00e9riv\u00e9 du groupe de hardcore hallucin\u00e9 At The Drive-In, The Mars Volta propose sur ses deux premiers albums, dont le premier fut chroniqu\u00e9 dans nos colonnes, une musique compl\u00e8tement explosive, complexe rythmiquement et port\u00e9e par la voix stridente de Cedric. Sur <i>Frances The Mute<\/i>, le groupe va encore plus loin, avec un dernier titre de trente minutes en plusieurs parties, des titres en latin, des breaks latinos\u2026 et risque plus encore de perdre la partie \u00ab&nbsp;grand public&nbsp;\u00bb de ceux qui les suivaient jusqu\u2019alors. D\u2019autant que leur musique s\u2019est encore durcie et densifi\u00e9e, de sorte que de Led Zeppelin, le groupe semble avoir d\u00e9riv\u00e9 vers King Crimson. Qu\u2019ils ne s\u2019\u00e9tonnent  alors pas que les journalistes continuent \u00e0 les interroger sur leurs influences ! <br \/><br \/>   <b>Air \u2013 I Monster<\/b><br \/><br \/> \u00ab&nbsp;Quoi ? Air, l\u2019horrible groupe de bobos versaillais dans Progressia ? J\u2019arr\u00eate mon abonnement ! &nbsp;\u00bb. Et pourtant\u2026 Apr\u00e8s un premier album l\u00e9g\u00e8rement psych\u00e9d\u00e9lique, c\u2019est avec la glauquissime B.O. de <i>Virgin Suicides<\/i>, compos\u00e9e \u00e0 base d\u2019instruments rock et de vieux claviers, que Air r\u00e9v\u00e8le sa nature \u00ab&nbsp;progressive&nbsp;\u00bb, m\u00eame s\u2019ils vous diront le contraire. Ce disque, faisant parfois penser au progressif venu du froid pour ses mellotrons d\u00e9sincarn\u00e9s, ainsi que le second album du groupe <i>10 000 hertz Legend<\/i>, plus sophistiqu\u00e9 et exp\u00e9rimental, d\u00e9montre que le duo sait y faire lorsqu\u2019il s\u2019agit de pondre des morceaux alambiqu\u00e9s, aux ambiances franchement diff\u00e9rentes (\u00ab&nbsp;Dirty Trip&nbsp;\u00bb) sous amph\u00e9tamines et sombre (\u00ab&nbsp;Dead Bodies&nbsp;\u00bb) d\u2019un c\u00f4t\u00e9, (\u00ab&nbsp;Don\u2019t Be Light&nbsp;\u00bb), \u00ab&nbsp;Caramel Prisonner&nbsp;\u00bb floydien en diable de l\u2019autre. Depuis, Air est un peu rentr\u00e9 dans le rang avec son dernier <i>Walkie Talkie<\/i>, plus convenu, malgr\u00e9 la merveille \u00ab&nbsp;Alone in Kyoto&nbsp;\u00bb, compos\u00e9 pour le film <i>Lost In Translation<\/i>. <br \/> Plus r\u00e9cemment, les Anglais de I Monster ont d\u00e9montr\u00e9 sur leur premier disque, <i>Neveroddoreven<\/i> des capacit\u00e9s similaires \u00e0 utiliser une technologie d\u00e9pass\u00e9e (notamment le mellotron et le moog) pour l\u2019int\u00e9grer dans un ensemble plus moderne.<br \/><br \/>   <b>Mercury Rev \u2013 Flaming Lips<\/b><br \/><br \/> <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/doss_inde_5.jpg\" width=\"190\" height=\"137\" align=\"right\" border=\"1\">Pr\u00e9senter ces deux groupes ensemble\u2026 Certes. Mais pourquoi ? Ils ont en fait bien des choses en commun, \u00e0 commencer par un amour de la musique psych\u00e9d\u00e9lique na\u00efve, entre Robert Wyatt et le Floyd des d\u00e9buts. Si Flaming Lips pr\u00e9f\u00e8re jouer sur l\u2019aspect ludique du genre avec des albums \u00ab&nbsp;spatiaux&nbsp;\u00bb et cr\u00e9e un univers fantasque peupl\u00e9 de bruits et sonorit\u00e9s r\u00e9tros, Mercury Rev pr\u00e9f\u00e8re le spleen orchestral, ce qui aboutit \u00e0 des albums color\u00e9s comme <i>The Soft Bulletin<\/i> pour le premier et \u00e0 des disques doux-amers comme <i>All Is Dream<\/i> pour le second. Attention : dans les deux cas, la voix suraigu\u00eb et tr\u00e8s typ\u00e9e du chanteur peut rebuter ! <br \/><br \/>   <\/p>            <br \/> \t  <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><strong><font color=\"#CC0066\"><u>         4. Des groupes progressifs sans le savoir<\/u><\/font><\/strong><br \/><br \/>   <b>Mogwai<\/b><br \/><br \/> Groupe issu de la sc\u00e8ne ind\u00e9pendante anglaise, Mogwai se distingue tr\u00e8s vite de ses compatriotes \u00e0 tendance naturelle pop pour naviguer dans des eaux plus troubles. Sur le magique <i>Rock Action <\/i>, les Ecossais combinent musiques \u00e9lectroniques et stridences \u00e9lectriques, pour faire avec des instruments ce que Massive Attack fait avec des machines. \u00ab&nbsp;You Don\u2019t Know Jesus&nbsp;\u00bb est typique des montagnes russes d\u00e9velopp\u00e9es par le groupe. Cat\u00e9goris\u00e9 comme &nbsp;\u00bbpost rock&nbsp;\u00bb, alors que sa musique tortur\u00e9e est bien moins \u00ab&nbsp;paisible&nbsp;\u00bb que celle d\u2019un Sigur Ros, Mogwai se sent oblig\u00e9 de ne pas faire mentir la presse et sort <i>Happy Songs for Happy People<\/i>, o\u00f9 l\u2019influence de Tangerine Dream et de la musique r\u00e9p\u00e9titive se fait sentir\u2026 pesamment. Leur prochain album sort prochainement. Reste \u00e0 voir quelle en sera la direction.<br \/><br \/>   <b>Muse<\/b><br \/><br \/> <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/doss_inde_6.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" align=\"right\" border=\"1\">Le cas de Muse est \u00e9pineux. La question de savoir si le groupe se rattache au mouvement progressif, \u00e0 l\u2019instar d\u2019un Radiohead, dont il a \u00abemprunt\u00e9\u00bb certains tics (la voix de Matthew Bellamy faisant irr\u00e9sistiblement penser \u00e0 celle de Tom Yorke), n\u2019a pas fini de faire couler de l\u2019encre. C\u2019est sur le deuxi\u00e8me album de ce groupe de rock puissant, <i>Origin of Symmetry<\/i>, que les effets de production audacieux et une certaine virtuosit\u00e9 dans l\u2019ex\u00e9cution ont pu semer le doute. Muse enfonce ensuite le clou avec un concept album apocalyptique, <a href=><i>Absolution<\/i><\/a> , o\u00f9 les claviers, les emprunts \u00e0 la musique classique et une esth\u00e9tique tr\u00e8s recherch\u00e9e, \u0153uvre de Storm Thorgeson (Pink Floyd, Dream Theater, parmi tant d\u2019autres), finissent de convaincre de l\u2019existence de la filiation. Le groupe, lui, continue \u00e0 entretenir un certain myst\u00e8re sur ses influences\u2026 . <br \/><br \/> <b>Bj\u00f6rk<\/b><br \/><br \/> Diva ador\u00e9e de Jack Lang et de tous les ministres de la Culture successifs, le cas Bj\u00f6rk ne se limite pas \u00e0 la figure de la harpie qui tabasse des journalistes dans les a\u00e9roports. Empruntant son profil de carri\u00e8re \u00e0 la grande Kate Bush, l\u2019Islandaise d\u00e9marre sa carri\u00e8re \u00e0 l\u2019adolescence, avant d\u2019\u00eatre aid\u00e9e par quelques producteurs et un label pour une carri\u00e8re solo au d\u00e9part fulgurant, avec <i>Debut<\/i> puis <i>Post<\/i>. Ce <i>melting pot<\/i> musical g\u00e9nial, survol\u00e9 par la voix v\u00e9nusienne de Bjork, est confondant d\u2019originalit\u00e9. Du strident \u00ab&nbsp;Violently Happy&nbsp;\u00bb, en passant par l\u2019\u00e9pique \u00ab&nbsp;Hyper-Ballad&nbsp;\u00bb, jusqu\u2019au \u00ab&nbsp;tubesque&nbsp;\u00bb et pourtant franchement barr\u00e9 \u00ab&nbsp;It\u2019s Oh So Quiet&nbsp;\u00bb, le parcours de ce petit bout de femme a rapidement fait d\u2019elle une incontournable du paysage contemporain\u2026 d\u00e9passant le cadre musical gr\u00e2ce \u00e0 des clips m\u00e9morables (\u00ab&nbsp;Army of me&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;All is Full of Love&nbsp;\u00bb). <i>Medulla<\/i>, sorti en 2005, enfonce le clou et est enti\u00e8rement construit \u00e0 base de voix, pour un r\u00e9sultat certes difficile d\u2019acc\u00e8s, mais remarquablement abouti. La rumeur court que Bjork aurait enregistr\u00e9 le disque avec des instruments avant de le r\u00e9enregistrer piste \u00e0 piste de mani\u00e8re uniquement vocale. Unique.<br \/><br \/>   <b>Godspeed You! Black Emperor<\/b><br \/><br \/> GY!BE est une entit\u00e9 mouvante form\u00e9e en 1994 \u00e0 Montr\u00e9al, qui comprend actuellement neuf musiciens et qui est distribu\u00e9 par le label canadien underground Constellation. Cette formation est devenue avec le temps l\u2019un des leaders de la sc\u00e8ne post rock, en particulier depuis qu\u2019elle a fait la Une du <i>New Musical Express<\/i> en 1999. En quatre albums, le groupe a impos\u00e9 sa marque : musique planante, tortur\u00e9e, des morceaux longs voir tr\u00e8s longs (jusqu\u2019\u00e0 trente minutes) et des structures tr\u00e8s complexes, pour un rock de chambre tr\u00e8s ambiant, d\u00e9veloppant les m\u00e9lodies et les sons de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9t\u00e9e et en longs crescendos. Le minimalisme de certains titres oblige parfois \u00e0 la patience, mais c\u2019est pour finir en pure extase. Les compositions du groupe aboutissent \u00e0 un \u00e9tat de m\u00e9diation et d&rsquo;hypnotisme qui, ajout\u00e9 \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments visuels, \u00ab&nbsp;raconte&nbsp;\u00bb un film. L&rsquo;instrumentation, complexe, est compos\u00e9e de trois guitares, deux basses, un cor d&rsquo;harmonie, un violon, un alto, un violoncelle et des percussions. Cependant, les musiciens d\u00e9clarent : <i>\u00ab&nbsp;Nous sommes des musiciens m\u00e9diocres qui jouons au-dessus de nos capacit\u00e9s techniques. Dans le fond, nous faisons une musique qui nous d\u00e9passe&nbsp;\u00bb<\/i>. Leurs deux derniers albums, le double <i>Lift Your Skinny Fists Like Antennas To Heaven<\/i> et <i>Yanqui U.X.O<\/i> (ou armes anti-personnel am\u00e9ricaines), sont sans doute les plus recommandables. GY!BE est \u00e9galement connu pour des prises de position politiques sans concessions. Ainsi, sur son dernier album, le groupe d\u00e9nonce les relations entre les grandes firmes de l\u2019industrie du disque et l\u2019industrie d\u2019armement. Leur porte-parole, le guitariste Efrim Menuck, a s\u00e9v\u00e8rement condamn\u00e9 l\u2019attitude d\u2019un Radiohead, qui, s\u2019il d\u00e9nonce le gouvernement britannique dans la guerre irakienne, n\u2019en est pas moins distribu\u00e9 par une \u00ab&nbsp;major&nbsp;\u00bb. <br \/><br \/>  <b>Dead Can Dance<\/b><br \/><br \/> <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/doss_inde_7.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" align=\"right\" border=\"1\">Terminons par l\u2019exemple le plus flagrant de \u00ab&nbsp;transformation&nbsp;\u00bb d\u2019un groupe ind\u00e9pendant en groupe progressif. D\u00e9butant sa carri\u00e8re en 1984 avec un album \u00e9ponyme hu\u00e9 (\u00e0 tort) \u00e0 sa sortie par toute la sc\u00e8ne gothique, l\u2019accusant de plagiat, le duo Brendan Perry \/ Lisa Gerrard rectifie le tir en se privant de tout instrument rock d\u00e8s son second album, le symphonique et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 <i>Spleen &#038; Ideal<\/i>. Leur chef d\u2019\u0153uvre, <i>Within the Realms of a Dying Sun<\/i>, ajoute des claviers et une production plus moderne \u00e0 l\u2019ensemble. Lors de la p\u00e9riode 1985-1987, le groupe red\u00e9finit les crit\u00e8res de la musique \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb, pour en faire une musique plus accessible, presque populaire, tout en gardant un univers propre. Par la suite, Dead Can Dance \u00e9volue de plus en plus vers les musiques du monde et les musiques \u00ab&nbsp;historiques&nbsp;\u00bb (n\u00e9es des recherches men\u00e9es par le duo sur des instruments, des chants et des textes de l\u2019\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale ou de l\u2019Angleterre baroque). Proprement inclassable, et toujours sans aucune compromission (pas de publicit\u00e9 ou de photos, int\u00e9grit\u00e9 artistique unanimement reconnue), le groupe a r\u00e9cemment atomis\u00e9 le Palais des Congr\u00e8s, apr\u00e8s une longue parenth\u00e8se de pr\u00e8s de sept ann\u00e9es.    <\/p>       <p class=\"dateconcert\" align=\"right\"><strong>Dossier r\u00e9alis\u00e9 par Djul<\/strong><br \/>(avec l&rsquo;assistance de Jean-Daniel Kleisl) <\/p> &nbsp;","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DOSSIER : Rock ind\u00e9pendant : le Progressif des ann\u00e9es 00 ? 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