{"id":22030,"date":"2011-01-31T00:00:00","date_gmt":"2011-01-30T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/10799\/1296471873.jpg"},"modified":"2011-01-31T00:00:00","modified_gmt":"2011-01-30T22:00:00","slug":"22030","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2011\/01\/31\/22030\/","title":{"rendered":"&#8211; Le prog dans ses petits souliers (verts)"},"content":{"rendered":"<span style=\"font-weight: bold;\">Dans les diverses contr\u00e9es abritant le rock progressif, il en est une dont on parle malheureusement bien peu et qui a su pourtant se forger&nbsp;une identit\u00e9 propre. Coup d&rsquo;horizon sur la Belle Province du continent nord-am\u00e9ricain, l&rsquo;occasion de se laisser guider par l&rsquo;un de ses repr\u00e9sentants en la personne de Denis Jalbert, guitariste du groupe Hamadryad, originaire de Montr\u00e9al.<\/span><br style=\"font-weight: bold;\"><br>Hormis les m\u00e9lomanes les plus \u00e9rudits, il est fort probable que peu connaissent ce titre m\u00e9morable de la non moins fameuse Lynda Lemay, &#171;&nbsp;Les souliers verts&nbsp;&#187; (sans doute un hommage \u00e0 peine voil\u00e9 aux &#171;&nbsp;Petits souliers&nbsp;&#187; du regrett\u00e9 Felix Leclerc), une &#171;&nbsp;sublime&nbsp;&#187; mais dispensable chanson d&rsquo;amour dans laquelle il est question d&rsquo;une fille c\u00e9libataire un peu nunuche qui se fait plaquer avant m\u00eame de s&rsquo;\u00eatre envoy\u00e9e en l&rsquo;air&#8230;<br><br>Ce th\u00e8me immortel est d&rsquo;ailleurs repris par quatre-vingt-dix-huit pour cent des textes produits par la sc\u00e8ne qu\u00e9b\u00e9coise aujourd&rsquo;hui et qui \u00e9voquent en outre d\u00e9pression nerveuse, questionnements amoureux, ou encore tel imp\u00e9trant(e) perdant sa maman suite \u00e0 d&rsquo;atroces souffrances au fond d&rsquo;une clinique oubli\u00e9e du Golfe de Terre Neuve, et qui buvait du th\u00e9 avec des g\u00e2teaux \u00e0 la cannelle devant une bonne s\u00e9rie am\u00e9ricaine \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision ; tout cela bien \u00e9videmment interpr\u00e9t\u00e9 avec la capacit\u00e9 vocale d&rsquo;un F16. Les deux pour cent restants correspondent eux \u00e0&#8230; du rock progressif.<br><br>Une jolie descente aux Enfers pour un genre qui dans les ann\u00e9es soixante-dix, et cela dans le monde entier, reste LA musique populaire par excellence, avec des ventes pharaoniques de disques qui s&rsquo;\u00e9coulent sans retenue. Parmi cette offre gargantuesque, le Qu\u00e9bec se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un <span style=\"font-style: italic;\">outsider<\/span> tr\u00e8s convaincant qui sait tirer assez clairement son \u00e9pingle du jeu, avec des racines remontant notamment \u00e0 Robert Charlebois et son album <span style=\"font-style: italic;\">Lindberg<\/span> (1968), certes \u00e9loign\u00e9 des canons officiels du progressif, mais sachant se d\u00e9marquer dans cette p\u00e9riode o\u00f9 le psych\u00e9d\u00e9lisme bat son plein.<br><br> A l&rsquo;\u00e9poque, ce jeune homme fringuant de vingt-deux ans s&rsquo;entoure de l&rsquo;orchestre de jazz libre du Qu\u00e9bec et reprend des th\u00e8mes classiques de la po\u00e9sie canadienne. L&rsquo;introduction de &#171;&nbsp;Lindberg&nbsp;&#187;, chant\u00e9 avec Louise Forestier, alterne bruitages, sons extra-terrestres, ch\u0153urs et sonorit\u00e9s en arri\u00e8re-fond imitant cet instrument qu&rsquo;est le mellotron. Le public assiste alors \u00e0 un d\u00e9passement du classique trio guitare \/ basse \/ batterie et \u00e0 une mise en avant des claviers (un peu \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un <span style=\"font-style: italic;\">Sgt. Pepper&rsquo;s Lonely Hearts Club Band<\/span> des Beatles), qui sont autant d&rsquo;ingr\u00e9dients propres \u00e0 la culture progressive.<br><br>Naturellement, cette r\u00e9f\u00e9rence est un simple pied de nez mais d\u00e9montre que l&rsquo;influence prog et psych\u00e9d\u00e9lique est alors capable d&rsquo;insuffler un vent de renouveau dans la direction artistique de jeunes musiciens qui, quelques ann\u00e9es plus tard, s&rsquo;affirment autant dans leur pays qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;international. Il est \u00e0 noter par ailleurs que quelques temps auparavant, l&rsquo;exposition universelle de Montr\u00e9al en 1967 accueille une jeunesse corset\u00e9e dans des principes protestants rigides, qui d\u00e9couvre de nouvelles techniques et surtout de nouveaux instruments, lasse de la vari\u00e9t\u00e9 (d\u00e9j\u00e0) que la radio propose sans retenue.<br><br>L&rsquo;\u00e9mulation cr\u00e9atrice dans le sillage de Robert Charlebois et de cet \u00e9v\u00e9nement mondial voit d\u00e8s lors la naissance de Dionysos qui propose un rock progressif fortement empreint de couleurs jazz-rock de l&rsquo;\u00e9poque (The Nice et King Crimson). Un embryon qui instaure une musique davantage ax\u00e9e sur cette mouvance que la grandiloquence des Emerson, Lake &amp; Palmer et autres Pink Floyd. D&rsquo;autres groupes voient le jour entre 1969 et 1975 tels que Offenbach, Contraction ou Octobre et dont les albums, d\u00e9sormais tr\u00e8s difficiles \u00e0 trouver, s&rsquo;agitent eux aussi dans la m\u00eame atmosph\u00e8re jazz vaguement intellectuelle.<br><br>C&rsquo;est en 1975 que l&rsquo;inflexion se met en place et que l&rsquo;\u00e9cole qu\u00e9b\u00e9coise b\u00e9tonne ses fondations, avec des disques tels que <span style=\"font-style: italic;\">Et si on avait besoin d&rsquo;une cinqui\u00e8me saison<\/span> du groupe Harmonium, men\u00e9 par Serge Fiori (rien \u00e0 voir avec l&rsquo;autre). Un album qui doit aujourd&rsquo;hui figurer en bonne place dans toutes les discographies des ex-hippies sexag\u00e9naires, un des classiques obligatoires \u00e0 poss\u00e9der, une des pierres angulaires du mouvement progressif, au m\u00eame titre que les chefs d&rsquo;\u0153uvre de Genesis, Yes et consorts. Voil\u00e0 un groupe qui tape dans le rock classique instrumental avec une pi\u00e8ce finalement assez courte, mais qui bouleverse le paysage musical.<br><br>L&rsquo;\u00e9pique &#171;&nbsp;Histoire sans parole&nbsp;&#187; devient avec le temps un morceau d&rsquo;anthologie, \u00e0 la fois champ\u00eatre et m\u00e9lancolique, qui fleure bon le patchouli et les substances plus ou moins licites. Un an plus tard, la formation canadienne r\u00e9cidive avec <span style=\"font-style: italic;\">L&rsquo;Heptade<\/span>, une suite pr\u00e9sent\u00e9e sous la forme d&rsquo;un double-album plus complexe, sans doute moins r\u00e9ussie artistiquement et plus co\u00fbteuse en terme de production, mais qui permet \u00e0 Harmonium de s&rsquo;\u00e9lever au rang des &#171;&nbsp;Classic Prog&nbsp;&#187;, avec une tourn\u00e9e \u00e0 la cl\u00e9 en compagnie de Supertramp en 1977. Or, comme tant d&rsquo;autres, le groupe ne survivra pas aux ann\u00e9es quatre-vingt.<br><br>Leurs camarades de promo se nomment eux Pollen, Et Cetera, Conventum, l&rsquo;Engoulevent, Maneige, Opus 5 ou Aquarelle. Les quelques extraits disponibles sur la toile montrent une certaine homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 artistique \u00e0 travers toutes ces formations. Pour les amateurs du genre, il existe une anthologie qui refl\u00e8te \u00e0 merveille cette \u00e9poque b\u00e9nie : L&rsquo;Ultime &#8211; Rock progressif du Qu\u00e9bec (Gala, 2009).<br><br>Depuis les ann\u00e9es quatre-vingt-dix, le Qu\u00e9bec tente tant bien que mal, et ce malgr\u00e9 les courants musicaux dominants, de pr\u00e9server un savoir-faire du rock progressif, sous l&rsquo;\u00e9gide notamment du label Unicorn Digital. Il est en outre \u00e0 signaler l&#8217;embauche du chanteur qu\u00e9b\u00e9cois Beno\u00eet David par le groupe Yes ; recrutement discut\u00e9, sur le dos de l&rsquo;ex-vocaliste du groupe Jon Anderson, malade et affaibli.<br><br>Afin de clore ce panorama, Denis Jalbert, guitariste du groupe Hamadryad et membre actif de la sc\u00e8ne progressive canadienne, apporte son point de vue essentiel afin de relever et comprendre les \u00e9cueils auxquels cette musique s&rsquo;est graduellement heurt\u00e9e, et son constat est sans appel : <span style=\"font-style: italic;\">&#171;&nbsp;On parle d\u00e9sormais plus de notre musique en Europe que chez nous. Ici, le prog est mort, les artistes \u00e9ditent simplement des &#171;&nbsp;boules \u00e0 mites&nbsp;&#187; <\/span>(sic)<span style=\"font-style: italic;\"> et encaissent du cash&nbsp;&#187;<\/span>.<br><br>Selon lui, seul un petit groupe de gens s&rsquo;int\u00e9resse aujourd&rsquo;hui \u00e0 cette musique et la plupart des jeunes artistes ignore tout des grands anciens, entre un mercantilisme souverain et un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat culturel croissant. Son itin\u00e9raire musical n&rsquo;a pas d\u00e9but\u00e9 en se prenant d&rsquo;affection pour les groupes progressifs canadiens traditionnels, mais tout simplement en \u00e9coutant les groupes plus classiques qu&rsquo;\u00e9taient les Beatles, Gentle Giant, Genesis ou Kiss&#8230; <br><br>Le nouvel album d&rsquo;Hamadryad, <span style=\"font-style: italic;\">Intrusion<\/span>, regorge d&rsquo;ailleurs de ces influences. Ces sonorit\u00e9s ne d\u00e9rangent pas Denis Jalbert outre mesure, qui estime que leur pr\u00e9sence est naturelle, et que certains de leurs titres pourraient m\u00eame avoir un joli potentiel commercial \u00e0 la condition de pouvoir passer en radio, ce qui s&rsquo;av\u00e8re ardu lorsque l&rsquo;artiste a peu de moyens <span style=\"font-style: italic;\">(&#171;&nbsp;Si tu veux passer sur les ondes, tu payes&nbsp;&#187;)<\/span>. Leur salut se situent davantage chez les webzines, les radios communautaires tous styles confondus et quelques webradios plus confidentielles.<br><br>Dans ces propos, Denis Jalbert laisse transpara\u00eetre une certaine amertume sur les moyens qui existent aujourd&rsquo;hui pour promouvoir le prog, que beaucoup de gens selon lui confondent avec le jazz ou la fusion, sans trop faire de distinction. Co-producteur de ce dernier album, le guitariste qui peut ainsi l&rsquo;\u00e9couter <span style=\"font-style: italic;\">&#171;&nbsp;de bout en bout sans faire la grimace&nbsp;&#187;<\/span>, peine \u00e0 s&rsquo;adresser \u00e0 un public int\u00e9ress\u00e9 et passionn\u00e9, et attend avec impatience de pouvoir se produire en France aux horizons de 2012 avec un nouveau album, <span style=\"font-style: italic;\">&#171;&nbsp;si tout va bien&nbsp;&#187;<\/span>&#8230;<br><br>L&rsquo;exemple de la peine qu&rsquo;\u00e9prouvent nombre d&rsquo;artistes progressifs \u00e0 \u00e9merger et \u00e0 se faire conna\u00eetre reste probant, cramponn\u00e9s \u00e0 un style musical d\u00e9sormais dat\u00e9 et qui lutte pour se renouveler en ce d\u00e9but de mill\u00e9naire avec son lot de bouleversements artistiques et \u00e9conomiques. Le prog de la Belle Province illustre \u00e0 merveille une histoire finalement assez banale : apr\u00e8s le triomphe et la d\u00e9mesure, apr\u00e8s l&rsquo;exp\u00e9rimentation et l&rsquo;extase, il aurait fallu changer, s&rsquo;adapter, ne pas c\u00e9der \u00e0 la nostalgie et &#171;&nbsp;aller de l&rsquo;avant pour ne pas sombrer&nbsp;&#187;&#8230; On dirait un titre de Garou.\n<figure class=\"wp-block-gallery columns-3 is-cropped\"><ul class=\"blocks-gallery-grid\"><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img src=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/10799\/1296471861.jpg\" alt=\"\" data-id=\"22032\" data-full-url=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/10799\/1296471861.jpg\" data-link=\"http:\/\/www.chromatique.net\/?attachment_id=22032\" class=\"wp-image-22032\"\/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img src=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/10799\/1296471873.jpg\" alt=\"\" data-id=\"22033\" data-full-url=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/10799\/1296471873.jpg\" data-link=\"http:\/\/www.chromatique.net\/?attachment_id=22033\" class=\"wp-image-22033\"\/><\/figure><\/li><\/figure><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans les diverses contr\u00e9es abritant le rock progressif, il en est une dont on parle&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":16,"featured_media":22031,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[6],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22030"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/16"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=22030"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22030\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/22031"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22030"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=22030"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=22030"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}