{"id":21934,"date":"2002-12-21T00:00:00","date_gmt":"2002-12-20T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/c3f760f6aa6487f01fc51f3155ce5c51_XL.jpg"},"modified":"2002-12-21T00:00:00","modified_gmt":"2002-12-20T22:00:00","slug":"21934","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2002\/12\/21\/21934\/","title":{"rendered":"&#8211; Peter Gabriel &#8211; Up"},"content":{"rendered":"\n<p><span class=\"dateconcert\">Pour entrer dans<em> Up<\/em>, commen&ccedil;ons          par en lister les intervenants. Peter Gabriel n&#8217;a jamais h&eacute;sit&eacute;          &agrave; faire appel &agrave; pl&eacute;thore de musiciens (et ce, d&egrave;s          ses d&eacute;buts : Robert Fripp, Jerry Marotta, Dave Gregory, Kate Bush&#8230;),          non seulement pour l&#8217;interpr&eacute;tation de ses morceaux, mais          aussi pour la composition.<em> Up<\/em> se distingue en cela, puisque l&#8217;int&eacute;gralit&eacute;          des titres est de la main de Gabriel, ce qui n&#8217;emp&ecirc;che cependant          pas de constater l&#8217;ind&eacute;niable apport de quelques-uns des          participants (plus de 20 personnes sont cit&eacute;es&#8230;). On retrouve          ainsi la vieille garde, avec les ind&eacute;boulonnables Tony Levin (bassiste          compl&eacute;t&eacute; par l&#8217;hyperactif Manu Katche &agrave; la          batterie) et David Rhodes (guitares) ou Bob Ezrin, le gourou du rock des          ann&eacute;es 70 et 80 (<em>Pink Floyd : The Wall<\/em>, c&#8217;est lui),          produisant certains titres, et relay&eacute; par d&#8217;autres producteurs          de notori&eacute;t&eacute; mondiale, comme Daniel Lanois et l&#8217;excellent          David Bottril.<br \/>         Plus surprenante est la pr&eacute;sence d&#8217;Alex Swift et Richard          Chappell &agrave; la programmation, de Will Gregory (de Goldfrapp, duo          tendance croisant Portishead et Morricone) aux arrangements (pour le London          Session Orchestra), ainsi que de Steve Osborne &agrave; la production,          r&eacute;cemment salu&eacute; pour le <em>Get Ready<\/em> de New Order          (Stephen Hague, le producteur de leurs premi&egrave;res &#339;uvres, est          d&#8217;ailleurs &eacute;galement cr&eacute;dit&eacute; sur <em>Up<\/em>          ) et qui s&rsquo;&eacute;tait aussi occup&eacute; de New Wave. Enfin, deux signatures          Real World font leur apparition : &laquo; The Blind Boys of Alabama &raquo;          et Nusrat Fateh Ali Khan. Bref, un parfait alliage entre un groupe de          base impressionnant et l&#8217;intervention ponctuelle d&#8217;artistes          parmi les plus en vue de la sc&egrave;ne musicale actuelle. <\/span> <\/p>              <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><strong><font color=\"#CC0066\"><u>2.          Up : before, around, about <\/u><\/font><\/strong><\/p>       <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><strong><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/dos_pg2_main.jpg\" width=\"237\" height=\"150\" border=\"1\"><\/strong><strong>          <\/strong><\/p>       <p class=\"dateconcert\"><strong>Le premier d&eacute;tail frappant, &agrave;          l&#8217;&eacute;coute de l&#8217;album, est sa grande noirceur, loin des          derni&egrave;res r&eacute;alisations de Gabriel. <\/strong><\/p>        <p class=\"dateconcert\">Certes, on retrouve quelques morceaux du calibre          des singles sortis entre 1985 et 1992, tel &laquo; Growing Up &raquo;          et &laquo; The Barry Williams show &raquo;. Ces deux morceaux paraissent          d&#8217;ailleurs tr&egrave;s isol&eacute;s &agrave; premi&egrave;re vue,          sur un album par ailleurs homog&egrave;ne. Le fait que &laquo; The Barry          Williams show &raquo; ait &eacute;t&eacute; choisi comme premier single          ne doit rien au hasard, tant son refrain na&iuml;f (presque niais) est          repr&eacute;sentatif d&#8217;une certaine id&eacute;e que le grand public          se fait du personnage. Ceci dit, une &eacute;coute plus attentive r&eacute;v&egrave;le          des couplets plut&ocirc;t travaill&eacute;s, et une derni&egrave;re partie          plus exp&eacute;rimentale, qui cadre mieux avec les ambitions de <em>Up<\/em>,          notamment par un gros travail de programmation et de rythmique. Pour le          reste, la voix plaintive et si caract&eacute;ristique de Gabriel refait          son apparition, sur une trame particuli&egrave;rement sombre.<\/p>       <p class=\"dateconcert\">Force est de constater que les r&eacute;f&eacute;rences          qui se trouvent dans Up en appellent bien plus aux premiers qu&#8217;aux          derniers disques de Gabriel, r&eacute;f&eacute;rences d&#8217;ailleurs          plus th&eacute;matiques que proprement musicales. C&#8217;est ici que          l&#8217;on retrouve cette id&eacute;e d&#8217;&eacute;tat d&#8217;esprit          qui transpara&icirc;t dans chaque &#339;uvre de l&#8217;artiste. Un signe          est donn&eacute; par l&#8217;&eacute;criture &agrave; la premi&egrave;re          personne de la quasi-totalit&eacute; des titres, avec des paroles faites          d&#8217;obsessions (&laquo; Darkness &raquo;), de regrets (&laquo; I Grieve          &raquo;), de peurs (&laquo; My head sounds like this &raquo;) et d&#8217;&eacute;v&egrave;nements          p&eacute;nibles (&laquo; No way out &raquo;). Sur ce point d&#8217;ailleurs,          on est surpris de ne pas retrouver les textes dans le livret, ce dernier          n&#8217;indiquant m&ecirc;me pas qu&#8217;ils figurent en fait sur la          partie CD-rom ! Inutile donc d&#8217;imprimer p&eacute;niblement ces derniers          sur le site de leur auteur.<br \/>         Tout du long de <em>Up<\/em>, on se surprend donc &agrave; retrouver le          Gabriel de ses d&eacute;buts solo (et de fa&ccedil;on troublante celui          de <em>III<\/em>, sorti en 1980), magnifi&eacute; par deux d&eacute;cennies          de technologie, de rencontres et d&#8217;exp&eacute;riences. Au vu de          la longue carri&egrave;re de l&#8217;artiste et de la densit&eacute; de          cet opus, nul doute que l&#8217;on pourrait multiplier les r&eacute;f&eacute;rences          et les parall&egrave;les &agrave; l&#8217;infini. Toujours est-il que          &laquo; Darkness &raquo;, morceau schizophr&egrave;ne &agrave; la rythmique          martiale, peut facilement rappeler &laquo; Intruder &raquo; tant cette          dualit&eacute; dans le chant (en alternance camoufl&eacute; par de lourds          effets ou tr&egrave;s clair) et dans la musique (&eacute;changeant guitares          stridentes contre piano) est semblable. De m&ecirc;me, &laquo; My Head          sounds like that &raquo; fait &eacute;cho &agrave; &laquo; Lead a normal          life &raquo; avec cette rythmique et cette voix toute en douceur pour          &eacute;voquer un homme au bord de la folie. &laquo; Signal to Noise &raquo;          (un des morceaux les &#8211; voire le &#8211; plus forts de l&#8217;album) nous ram&egrave;ne          au magnifique &laquo; Here comes the flood &raquo;, avec cette m&ecirc;me          th&eacute;matique &laquo; fin de mill&eacute;naire &raquo;, cette urgence          dans la voix et une orchestration presque outr&eacute;e (cf. le d&eacute;luge          de cordes en final de &laquo; Signal to.. &raquo;). La critique du &laquo;          Barry Williams show &raquo; se fait un peu de la m&ecirc;me mani&egrave;re          que celle des &laquo; Jeux sans fronti&egrave;res &raquo; (v&eacute;ridique          !) que Peter fustigeait sur &laquo; Games without Frontiers &raquo; :          un refrain presque parodique, des paroles cyniques, des rythmique &eacute;lectroniques          et des sonorit&eacute;s modernes&#8230; et au final deux singles !<\/p>       <p class=\"dateconcert\"><strong>L&rsquo;album de la maturit&eacute; ?<\/strong><\/p>       <p align=\"left\"><span class=\"dateconcert\">C&#8217;est peu dire que Peter          Gabriel vient de sortir un album d&#8217;une grande ambition, une &#339;uvre          qui m&eacute;ritait effectivement quelques ann&eacute;es de r&eacute;flexion.          Pas une &eacute;coute sans que l&#8217;oreille ne se tende, qu&#8217;une          m&eacute;lodie, une id&eacute;e ne vous surprenne. Outre la richesse de          la trame musicale on peut noter que seul le dernier titre passe sous la          barre des 6 minutes. Et pourtant, on a bien affaire &agrave; des morceaux,          avec une seule m&eacute;lodie principale, un refrain, et souvent une structure          sans complexit&eacute; insoluble. Mais la multitude de niveau d&#8217;&eacute;coutes,          les imperceptibles variations sur les id&eacute;es principales font que          ce qui semble n&#8217;avoir dur&eacute; que 40 minutes vous a tenu en          haleine plus d&#8217;une heure. Impressionnant. Up appara&icirc;t donc,          et de loin, comme l&#8217;album le plus abouti de l&#8217;ex-chanteur          de Genesis. Sa grande homog&eacute;n&eacute;it&eacute; est l&#8217;une          des preuves du talent unique de son g&eacute;niteur mais aussi d&#8217;une          v&eacute;ritable recherche d&#8217;unit&eacute; artistique, accomplie          malgr&eacute; le nombre des intervenants. Son extr&ecirc;me sophistication          et sa modernit&eacute; finissent d&#8217;en assurer la post&eacute;rit&eacute;          et par l&agrave; m&ecirc;me, celle de Peter Gabriel lui-m&ecirc;me&#8230;          en attendant le prochain !<\/span><\/p>               <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><strong><font color=\"#CC0066\"><u>3.          Un disque attendu<\/u><\/font><\/strong><\/p>       <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/dos_pg3_main.jpg\" width=\"240\" height=\"144\" border=\"1\"><strong>          <\/strong><\/p>       <p class=\"dateconcert\"><strong>Peter Gabriel brise avec <em>Up<\/em> un silence          d&eacute;cennal. Ce retour semble plac&eacute; sous le signe de la dualit&eacute;,          sans jamais r&eacute;ellement savoir ou vouloir choisir, entre pass&eacute;          et modernit&eacute;, entre douceur et noirceur, entre satire et malaise.          Les titres qui composent cet album sont en effet plus ambivalents et multiples          les uns que les autres mais, malgr&eacute; leur vari&eacute;t&eacute;,          poss&egrave;dent de solides liens et une identit&eacute; propre qui font          la profonde coh&eacute;rence de l&#8217;&#339;uvre.<\/strong><br \/>         En termes de construction, deux grands proc&eacute;d&eacute;s s&#8217;affrontent          et se m&ecirc;lent parfois en un m&ecirc;me titre : d&#8217;un c&ocirc;t&eacute;,          la recherche d&#8217;un contraste maximal, comme le prouve &laquo; Darkness          &raquo;, entr&eacute;e en mati&egrave;re alternant passages tr&egrave;s          violents presque bruitistes, &agrave; la voix alt&eacute;r&eacute;e par          de nombreux effets, et passages doux et intimistes, avec un chant plus          traditionnel et assez proche de ce que Peter Gabriel a pu fournir par          le pass&eacute;. <\/p>       <p class=\"dateconcert\"><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/dos_pg3_01.jpg\" width=\"120\" height=\"120\" border=\"1\" align=\"left\">De          l&#8217;autre, et c&#8217;est le cas de la majorit&eacute; des titres,          une structuration assez simple, en couplets-refrain, dont l&#8217;&eacute;volution          est toutefois garantie par une mont&eacute;e en puissance parfois tr&egrave;s          marqu&eacute;e, men&eacute;e de main de ma&icirc;tre suivant un <em>modus          operandi<\/em> toujours sensiblement le m&ecirc;me : une accumulation progressive          des strates instrumentales produisant un insensible crescendo. Ainsi,          les premi&egrave;res minutes de &laquo; Sky Blue &raquo; ne sont compos&eacute;es          que d&#8217;une rythmique &eacute;vanescente coiff&eacute;e de claviers          et d&#8217;une basse, avant l&#8217;irruption d&#8217;une rythmique &eacute;lectronique          en ostinato (<em>NdRC : phrase musicale r&eacute;p&eacute;t&eacute;e de          fa&ccedil;on obs&eacute;dante, &laquo; obstin&eacute; &raquo; &#8211; ce qui          a donn&eacute; le nom &#8211; permettant d&#8217;articuler une &#339;uvre<\/em>),          qui se structure et se complexifie peu &agrave; peu, alors que les ch&#339;urs          se densifient et s&#8217;animent. <br \/>         Une rupture brusque a ensuite lieu, qui introduit une nouvelle ambiance,          la seconde partie du morceau &eacute;tant construite de la m&ecirc;me          mani&egrave;re que la premi&egrave;re. &laquo; Signal To Noise &raquo;          est &agrave; cet &eacute;gard plus original, et sa construction plus heurt&eacute;e          et moins lin&eacute;aire en fait le titre le plus &laquo; progressif &raquo;          de l&#8217;album. De m&ecirc;me, l&#8217;instrumentation reste toujours          plus ou moins la m&ecirc;me : rythmiques naturelles ou programmation,          guitares sauf exception (&laquo; Darkness &raquo;) assez l&eacute;g&egrave;re          et discr&egrave;te, basse souvent chaude, parfois groovy (&laquo; The          Barry Williams Show &raquo; ou le titre bonus &laquo; Burn You Up, Burn          You Down &raquo;), et surtout, les claviers et le piano occupent une place          importante, tant en termes d&#8217;ambiances que dans un r&ocirc;le de          soutien au chant.<\/p>       <p class=\"dateconcert\">Cependant, cette forte identit&eacute; de<em> Up<\/em>          ne l&#8217;emp&ecirc;che pas de pr&eacute;senter d&#8217;importants contrastes          et des ambiances tr&egrave;s vari&eacute;es. L&#8217;album oscille en          effet entre l&#8217;inqui&eacute;tude, la douleur, le malaise (&laquo;          Darkness &raquo;, la &#8216;pri&egrave;re pa&iuml;enne&#8217; &laquo;          I Grieve &raquo;, &laquo; My Head Sounds Like That &raquo;) et la s&eacute;r&eacute;nit&eacute;          (&laquo; Growing Up &raquo;, fin de &laquo; I Grieve &raquo;, &laquo;          The Drop &raquo;), sans oublier un aspect satirique et grin&ccedil;ant          (&laquo; The Barry Williams Show &raquo;) prononc&eacute;, preuve que          Peter Gabriel n&#8217;a perdu ni son id&eacute;alisme, ni sa capacit&eacute;          &agrave; cerner les travers de ses contemporains. La dualit&eacute; des          ambiances se retrouve parfois &agrave; l&#8217;int&eacute;rieur m&ecirc;me          de chaque titre, &laquo; Darkness &raquo; en &eacute;tant une fois encore          la preuve paroxysmique. Chose curieuse toutefois, ces ambiances particuli&egrave;res          et presque palpables font assez souvent penser &agrave; Chroma Key (&laquo;          Growing Up &raquo;, &laquo; I Grieve &raquo;, &laquo; My Head Sounds Like          That &raquo;). <\/p>       <p class=\"dateconcert\"><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/dos_pg3_02.jpg\" width=\"200\" height=\"139\" border=\"1\" align=\"left\">Bien          qu&#8217;<em>Up<\/em> soit une pi&egrave;ce ma&icirc;tresse de contr&ocirc;le          et de sinc&eacute;rit&eacute;, on peut en regretter certaines caract&eacute;ristiques,          qui en limitent la port&eacute;e. Peter Gabriel semble en effet sans cesse          &eacute;cartel&eacute; entre un pass&eacute; glorieux et marquant (certains          passages de &laquo; Darkness &raquo;, l&#8217;esprit de &laquo; No Way          Out &raquo;, le refrain de &laquo; The Barry Williams Show &raquo; sont          assez proches de son travail ant&eacute;rieur, au sein de Genesis comme          en solo) et une modernit&eacute; revendiqu&eacute;e mais dont il para&icirc;t          ne pas toujours savoir que faire. Peter Gabriel r&eacute;utilise diff&eacute;rents          mod&egrave;les actuels, sans toujours parvenir &agrave; les int&eacute;grer          &agrave; son style reconnaissable entre mille, d&#8217;o&ugrave; un certain          aspect &laquo; patchwork &raquo;. Ainsi en est-il du passage violent de          &laquo; Darkness &raquo;, ou de certaines rythmiques de &laquo; Growing          Up &raquo;. De plus, la mati&egrave;re musicale de certains morceaux para&icirc;t          un peu l&eacute;g&egrave;re pour leur dur&eacute;e (&laquo; Growing Up          &raquo; ou &laquo; No Way Out &raquo; auraient peut-&ecirc;tre pu se contenter          d&#8217;une minute de moins&#8230;), d&#8217;autant qu&#8217;une certaine          incapacit&eacute; &agrave; conclure pousse Peter Gabriel &agrave; avoir          trop souvent recours &agrave; des proc&eacute;d&eacute;s de<em> fade out<\/em>,          la fameuse baisse de volume jusqu&#8217;&agrave; extinction en fin de          titre, qui laissent une impression d&#8217;inachev&eacute;.<\/p>       \n<p><span class=\"dateconcert\"><em>Up<\/em> est ainsi, apr&egrave;s tant d&#8217;ann&eacute;es,          un album d&#8217;une grande maturit&eacute; artistique et d&#8217;une          grande sinc&eacute;rit&eacute;, et d&eacute;voile toutes les h&eacute;sitations          de son g&eacute;niteur. Globalement, ce disque est sombre, moite et pesant,          ce qui n&#8217;emp&ecirc;che d&#8217;ailleurs pas, entre des nuages mena&ccedil;ants,          quelques &eacute;claircies, comme en t&eacute;moigne la fin de &laquo;          Signal to Noise &raquo;. Mais paradoxalement, malgr&eacute; sa r&eacute;elle          noirceur et son c&ocirc;t&eacute; grin&ccedil;ant, <em>Up<\/em> provoque          une r&eacute;elle attraction.<\/span><\/p>       <p align=\"right\"><strong><span class=\"dateconcert\">Fanny Layani<\/span><\/strong><\/p>&nbsp;\n<p><strong>Apr\u00e8s un long silence musical, Peter Gabriel nous est revenu avec un album imposant et comme souvent chez cette figure incontournable, inhabituel. Nous avons saisi cette opportunit\u00e9 pour accorder \u00e0 <i>Up<\/i> un traitement un peu particulier sous la forme d&rsquo;un dossier sp\u00e9cial \u00e0 quatre mains (soit deux r\u00e9dacteurs&#8230;). Ce dossier revient dans un premier temps sur la carri\u00e8re de Peter Gabriel, tente quelques rapprochements avec ses r\u00e9alisations pass\u00e9es pour se livrer enfin \u00e0 une dissection de l&rsquo;album piste par piste.<\/strong><\/p>       <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><strong><font color=\"#CC0066\"><u>1.          Les noms derri&egrave;re l&rsquo;album <\/u><\/font><\/strong><\/p>       <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><strong><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/dos_pg1_main.jpg\" width=\"234\" height=\"150\" border=\"1\"><\/strong><strong>          <\/strong><\/p>       <p class=\"dateconcert\"><strong>Dix ans d&#8217;attente et, au final, dix          morceaux qui composent ce qui est peut &ecirc;tre l&#8217;aboutissement          de plus de trente ann&eacute;es consacr&eacute;es par Peter Gabriel &agrave;          la musique. Ses fans s&#8217;en doutaient, suivant pas &agrave; pas la          conception de <em>Up<\/em> sur son site web, o&ugrave; il d&eacute;taillait          les &eacute;tapes de la production, les intervenants, et d&eacute;voilait          quelques paroles et extraits musicaux. Le grand public ne devrait pas          tarder &agrave; adopter et consacrer le produit fini, disponible depuis          le 25 septembre. Revenons sur la carri&egrave;re solo de l&#8217;ex-Genesis          pour mieux comprendre ce dernier album.<\/strong><\/p>       <p class=\"dateconcert\"> <span class=\"dateconcert\"><strong>De Genesis &agrave;          Peter Gabriel<\/strong><\/span><\/p>       <p class=\"dateconcert\">Peter Gabriel n&#8217;a eu de cesse de surprendre,          mettant en sc&egrave;ne et portant litt&eacute;ralement Genesis en studio          et en live (l&#8217;illustration la plus frappante &eacute;tant ce costume          de fleur arbor&eacute; sur &laquo; Supper&#8217;s Ready &raquo;, et la          plus convaincante incarn&eacute;e par <em>The lamb lies down on broadway<\/em>),          quittant Genesis &agrave; l&#8217;apog&eacute;e de sa cr&eacute;ativit&eacute;,          alors que le groupe commen&ccedil;ait &agrave; exploser commercialement          avec l&#8217;engouement du continent am&eacute;ricain, et d&eacute;butant          sa carri&egrave;re avec l&#8217;inusable<em> Solsburry Hill<\/em> , qui          n&#8217;est ni plus ni moins que l&#8217;explication de son d&eacute;part          du groupe. En avance sur son temps, soit il en inaugurait l&#8217;usage          de l&#8217;&eacute;lectronique sur des morceaux grand public &agrave;          la fin des ann&eacute;es 70, soit il militait pour l&#8217;aide aux pays          pauvres avant que cette cause ne fut reprise par les stars des ann&eacute;es          80. Il fut &eacute;galement l&#8217;un des premiers &agrave; se lancer          dans les musiques de film (avec <em>Birdy<\/em> et surtout le sublime <em>Passion<\/em>,          musique du controvers&eacute; <em>La derni&egrave;re tentation du Christ<\/em>          de Martin Scorcese). Plus discret dans les ann&eacute;es 90 avec la cr&eacute;ation          de son label Real World, il pr&eacute;f&egrave;re alors s&#8217;investir          dans de nombreux &eacute;v&egrave;nements, souvent li&eacute;s &agrave;          la musique, comme le festival Womad.<\/p>       <p class=\"dateconcert\">Au cours de toute cette carri&egrave;re solo, Gabriel          passa par tous les stades, avec le succ&egrave;s commercial et artistique          que l&#8217;on sait : commercial &eacute;videmment avec ses deux derniers          albums, qui ne sont pas toujours du go&ucirc;t de ses fans les plus conservateurs          qui ont souffert de le voir se d&eacute;hancher sur &laquo; Sledgehammer          &raquo;; mais artistique aussi, avec l&#8217;impeccable trilogie<em> I,          II et III<\/em>, qui montre de quelle mani&egrave;re il est possible de          passer d&#8217;une d&eacute;cennie &agrave; une autre tout en laissant          derri&egrave;re soi la musique progressive au sens strict pour continuer          &agrave; &eacute;voluer avec son temps. Sur chaque disque, on trouve une          v&eacute;ritable affirmation de soi, &agrave; tel point qu&#8217;il est          ais&eacute; &agrave; l&#8217;auditeur attentif de percevoir l&#8217;&eacute;tat          d&#8217;esprit de Gabriel sur chacun. Ainsi, en 2002, il semble d&eacute;senchant&eacute;          et amer.<\/p>       <p class=\"dateconcert\"><strong>Up, c&rsquo;est qui ?<\/strong><\/p>       \n<p><span class=\"dateconcert\">Pour entrer dans<em> Up<\/em>, commen&ccedil;ons          par en lister les intervenants. Peter Gabriel n&#8217;a jamais h&eacute;sit&eacute;          &agrave; faire appel &agrave; pl&eacute;thore de musiciens (et ce, d&egrave;s          ses d&eacute;buts : Robert Fripp, Jerry Marotta, Dave Gregory, Kate Bush&#8230;),          non seulement pour l&#8217;interpr&eacute;tation de ses morceaux, mais          aussi pour la composition.<em> Up<\/em> se distingue en cela, puisque l&#8217;int&eacute;gralit&eacute;          des titres est de la main de Gabriel, ce qui n&#8217;emp&ecirc;che cependant          pas de constater l&#8217;ind&eacute;niable apport de quelques-uns des          participants (plus de 20 personnes sont cit&eacute;es&#8230;). On retrouve          ainsi la vieille garde, avec les ind&eacute;boulonnables Tony Levin (bassiste          compl&eacute;t&eacute; par l&#8217;hyperactif Manu Katche &agrave; la          batterie) et David Rhodes (guitares) ou Bob Ezrin, le gourou du rock des          ann&eacute;es 70 et 80 (<em>Pink Floyd : The Wall<\/em>, c&#8217;est lui),          produisant certains titres, et relay&eacute; par d&#8217;autres producteurs          de notori&eacute;t&eacute; mondiale, comme Daniel Lanois et l&#8217;excellent          David Bottril.<br \/>         Plus surprenante est la pr&eacute;sence d&#8217;Alex Swift et Richard          Chappell &agrave; la programmation, de Will Gregory (de Goldfrapp, duo          tendance croisant Portishead et Morricone) aux arrangements (pour le London          Session Orchestra), ainsi que de Steve Osborne &agrave; la production,          r&eacute;cemment salu&eacute; pour le <em>Get Ready<\/em> de New Order          (Stephen Hague, le producteur de leurs premi&egrave;res &#339;uvres, est          d&#8217;ailleurs &eacute;galement cr&eacute;dit&eacute; sur <em>Up<\/em>          ) et qui s&rsquo;&eacute;tait aussi occup&eacute; de New Wave. Enfin, deux signatures          Real World font leur apparition : &laquo; The Blind Boys of Alabama &raquo;          et Nusrat Fateh Ali Khan. Bref, un parfait alliage entre un groupe de          base impressionnant et l&#8217;intervention ponctuelle d&#8217;artistes          parmi les plus en vue de la sc&egrave;ne musicale actuelle. <\/span> <\/p>              <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><strong><font color=\"#CC0066\"><u>2.          Up : before, around, about <\/u><\/font><\/strong><\/p>       <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><strong><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/dos_pg2_main.jpg\" width=\"237\" height=\"150\" border=\"1\"><\/strong><strong>          <\/strong><\/p>       <p class=\"dateconcert\"><strong>Le premier d&eacute;tail frappant, &agrave;          l&#8217;&eacute;coute de l&#8217;album, est sa grande noirceur, loin des          derni&egrave;res r&eacute;alisations de Gabriel. <\/strong><\/p>        <p class=\"dateconcert\">Certes, on retrouve quelques morceaux du calibre          des singles sortis entre 1985 et 1992, tel &laquo; Growing Up &raquo;          et &laquo; The Barry Williams show &raquo;. Ces deux morceaux paraissent          d&#8217;ailleurs tr&egrave;s isol&eacute;s &agrave; premi&egrave;re vue,          sur un album par ailleurs homog&egrave;ne. Le fait que &laquo; The Barry          Williams show &raquo; ait &eacute;t&eacute; choisi comme premier single          ne doit rien au hasard, tant son refrain na&iuml;f (presque niais) est          repr&eacute;sentatif d&#8217;une certaine id&eacute;e que le grand public          se fait du personnage. Ceci dit, une &eacute;coute plus attentive r&eacute;v&egrave;le          des couplets plut&ocirc;t travaill&eacute;s, et une derni&egrave;re partie          plus exp&eacute;rimentale, qui cadre mieux avec les ambitions de <em>Up<\/em>,          notamment par un gros travail de programmation et de rythmique. Pour le          reste, la voix plaintive et si caract&eacute;ristique de Gabriel refait          son apparition, sur une trame particuli&egrave;rement sombre.<\/p>       <p class=\"dateconcert\">Force est de constater que les r&eacute;f&eacute;rences          qui se trouvent dans Up en appellent bien plus aux premiers qu&#8217;aux          derniers disques de Gabriel, r&eacute;f&eacute;rences d&#8217;ailleurs          plus th&eacute;matiques que proprement musicales. C&#8217;est ici que          l&#8217;on retrouve cette id&eacute;e d&#8217;&eacute;tat d&#8217;esprit          qui transpara&icirc;t dans chaque &#339;uvre de l&#8217;artiste. Un signe          est donn&eacute; par l&#8217;&eacute;criture &agrave; la premi&egrave;re          personne de la quasi-totalit&eacute; des titres, avec des paroles faites          d&#8217;obsessions (&laquo; Darkness &raquo;), de regrets (&laquo; I Grieve          &raquo;), de peurs (&laquo; My head sounds like this &raquo;) et d&#8217;&eacute;v&egrave;nements          p&eacute;nibles (&laquo; No way out &raquo;). Sur ce point d&#8217;ailleurs,          on est surpris de ne pas retrouver les textes dans le livret, ce dernier          n&#8217;indiquant m&ecirc;me pas qu&#8217;ils figurent en fait sur la          partie CD-rom ! Inutile donc d&#8217;imprimer p&eacute;niblement ces derniers          sur le site de leur auteur.<br \/>         Tout du long de <em>Up<\/em>, on se surprend donc &agrave; retrouver le          Gabriel de ses d&eacute;buts solo (et de fa&ccedil;on troublante celui          de <em>III<\/em>, sorti en 1980), magnifi&eacute; par deux d&eacute;cennies          de technologie, de rencontres et d&#8217;exp&eacute;riences. Au vu de          la longue carri&egrave;re de l&#8217;artiste et de la densit&eacute; de          cet opus, nul doute que l&#8217;on pourrait multiplier les r&eacute;f&eacute;rences          et les parall&egrave;les &agrave; l&#8217;infini. Toujours est-il que          &laquo; Darkness &raquo;, morceau schizophr&egrave;ne &agrave; la rythmique          martiale, peut facilement rappeler &laquo; Intruder &raquo; tant cette          dualit&eacute; dans le chant (en alternance camoufl&eacute; par de lourds          effets ou tr&egrave;s clair) et dans la musique (&eacute;changeant guitares          stridentes contre piano) est semblable. De m&ecirc;me, &laquo; My Head          sounds like that &raquo; fait &eacute;cho &agrave; &laquo; Lead a normal          life &raquo; avec cette rythmique et cette voix toute en douceur pour          &eacute;voquer un homme au bord de la folie. &laquo; Signal to Noise &raquo;          (un des morceaux les &#8211; voire le &#8211; plus forts de l&#8217;album) nous ram&egrave;ne          au magnifique &laquo; Here comes the flood &raquo;, avec cette m&ecirc;me          th&eacute;matique &laquo; fin de mill&eacute;naire &raquo;, cette urgence          dans la voix et une orchestration presque outr&eacute;e (cf. le d&eacute;luge          de cordes en final de &laquo; Signal to.. &raquo;). La critique du &laquo;          Barry Williams show &raquo; se fait un peu de la m&ecirc;me mani&egrave;re          que celle des &laquo; Jeux sans fronti&egrave;res &raquo; (v&eacute;ridique          !) que Peter fustigeait sur &laquo; Games without Frontiers &raquo; :          un refrain presque parodique, des paroles cyniques, des rythmique &eacute;lectroniques          et des sonorit&eacute;s modernes&#8230; et au final deux singles !<\/p>       <p class=\"dateconcert\"><strong>L&rsquo;album de la maturit&eacute; ?<\/strong><\/p>       <p align=\"left\"><span class=\"dateconcert\">C&#8217;est peu dire que Peter          Gabriel vient de sortir un album d&#8217;une grande ambition, une &#339;uvre          qui m&eacute;ritait effectivement quelques ann&eacute;es de r&eacute;flexion.          Pas une &eacute;coute sans que l&#8217;oreille ne se tende, qu&#8217;une          m&eacute;lodie, une id&eacute;e ne vous surprenne. Outre la richesse de          la trame musicale on peut noter que seul le dernier titre passe sous la          barre des 6 minutes. Et pourtant, on a bien affaire &agrave; des morceaux,          avec une seule m&eacute;lodie principale, un refrain, et souvent une structure          sans complexit&eacute; insoluble. Mais la multitude de niveau d&#8217;&eacute;coutes,          les imperceptibles variations sur les id&eacute;es principales font que          ce qui semble n&#8217;avoir dur&eacute; que 40 minutes vous a tenu en          haleine plus d&#8217;une heure. Impressionnant. Up appara&icirc;t donc,          et de loin, comme l&#8217;album le plus abouti de l&#8217;ex-chanteur          de Genesis. Sa grande homog&eacute;n&eacute;it&eacute; est l&#8217;une          des preuves du talent unique de son g&eacute;niteur mais aussi d&#8217;une          v&eacute;ritable recherche d&#8217;unit&eacute; artistique, accomplie          malgr&eacute; le nombre des intervenants. Son extr&ecirc;me sophistication          et sa modernit&eacute; finissent d&#8217;en assurer la post&eacute;rit&eacute;          et par l&agrave; m&ecirc;me, celle de Peter Gabriel lui-m&ecirc;me&#8230;          en attendant le prochain !<\/span><\/p>               <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><strong><font color=\"#CC0066\"><u>3.          Un disque attendu<\/u><\/font><\/strong><\/p>       <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/dos_pg3_main.jpg\" width=\"240\" height=\"144\" border=\"1\"><strong>          <\/strong><\/p>       <p class=\"dateconcert\"><strong>Peter Gabriel brise avec <em>Up<\/em> un silence          d&eacute;cennal. Ce retour semble plac&eacute; sous le signe de la dualit&eacute;,          sans jamais r&eacute;ellement savoir ou vouloir choisir, entre pass&eacute;          et modernit&eacute;, entre douceur et noirceur, entre satire et malaise.          Les titres qui composent cet album sont en effet plus ambivalents et multiples          les uns que les autres mais, malgr&eacute; leur vari&eacute;t&eacute;,          poss&egrave;dent de solides liens et une identit&eacute; propre qui font          la profonde coh&eacute;rence de l&#8217;&#339;uvre.<\/strong><br \/>         En termes de construction, deux grands proc&eacute;d&eacute;s s&#8217;affrontent          et se m&ecirc;lent parfois en un m&ecirc;me titre : d&#8217;un c&ocirc;t&eacute;,          la recherche d&#8217;un contraste maximal, comme le prouve &laquo; Darkness          &raquo;, entr&eacute;e en mati&egrave;re alternant passages tr&egrave;s          violents presque bruitistes, &agrave; la voix alt&eacute;r&eacute;e par          de nombreux effets, et passages doux et intimistes, avec un chant plus          traditionnel et assez proche de ce que Peter Gabriel a pu fournir par          le pass&eacute;. <\/p>       <p class=\"dateconcert\"><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/dos_pg3_01.jpg\" width=\"120\" height=\"120\" border=\"1\" align=\"left\">De          l&#8217;autre, et c&#8217;est le cas de la majorit&eacute; des titres,          une structuration assez simple, en couplets-refrain, dont l&#8217;&eacute;volution          est toutefois garantie par une mont&eacute;e en puissance parfois tr&egrave;s          marqu&eacute;e, men&eacute;e de main de ma&icirc;tre suivant un <em>modus          operandi<\/em> toujours sensiblement le m&ecirc;me : une accumulation progressive          des strates instrumentales produisant un insensible crescendo. Ainsi,          les premi&egrave;res minutes de &laquo; Sky Blue &raquo; ne sont compos&eacute;es          que d&#8217;une rythmique &eacute;vanescente coiff&eacute;e de claviers          et d&#8217;une basse, avant l&#8217;irruption d&#8217;une rythmique &eacute;lectronique          en ostinato (<em>NdRC : phrase musicale r&eacute;p&eacute;t&eacute;e de          fa&ccedil;on obs&eacute;dante, &laquo; obstin&eacute; &raquo; &#8211; ce qui          a donn&eacute; le nom &#8211; permettant d&#8217;articuler une &#339;uvre<\/em>),          qui se structure et se complexifie peu &agrave; peu, alors que les ch&#339;urs          se densifient et s&#8217;animent. <br \/>         Une rupture brusque a ensuite lieu, qui introduit une nouvelle ambiance,          la seconde partie du morceau &eacute;tant construite de la m&ecirc;me          mani&egrave;re que la premi&egrave;re. &laquo; Signal To Noise &raquo;          est &agrave; cet &eacute;gard plus original, et sa construction plus heurt&eacute;e          et moins lin&eacute;aire en fait le titre le plus &laquo; progressif &raquo;          de l&#8217;album. De m&ecirc;me, l&#8217;instrumentation reste toujours          plus ou moins la m&ecirc;me : rythmiques naturelles ou programmation,          guitares sauf exception (&laquo; Darkness &raquo;) assez l&eacute;g&egrave;re          et discr&egrave;te, basse souvent chaude, parfois groovy (&laquo; The          Barry Williams Show &raquo; ou le titre bonus &laquo; Burn You Up, Burn          You Down &raquo;), et surtout, les claviers et le piano occupent une place          importante, tant en termes d&#8217;ambiances que dans un r&ocirc;le de          soutien au chant.<\/p>       <p class=\"dateconcert\">Cependant, cette forte identit&eacute; de<em> Up<\/em>          ne l&#8217;emp&ecirc;che pas de pr&eacute;senter d&#8217;importants contrastes          et des ambiances tr&egrave;s vari&eacute;es. L&#8217;album oscille en          effet entre l&#8217;inqui&eacute;tude, la douleur, le malaise (&laquo;          Darkness &raquo;, la &#8216;pri&egrave;re pa&iuml;enne&#8217; &laquo;          I Grieve &raquo;, &laquo; My Head Sounds Like That &raquo;) et la s&eacute;r&eacute;nit&eacute;          (&laquo; Growing Up &raquo;, fin de &laquo; I Grieve &raquo;, &laquo;          The Drop &raquo;), sans oublier un aspect satirique et grin&ccedil;ant          (&laquo; The Barry Williams Show &raquo;) prononc&eacute;, preuve que          Peter Gabriel n&#8217;a perdu ni son id&eacute;alisme, ni sa capacit&eacute;          &agrave; cerner les travers de ses contemporains. La dualit&eacute; des          ambiances se retrouve parfois &agrave; l&#8217;int&eacute;rieur m&ecirc;me          de chaque titre, &laquo; Darkness &raquo; en &eacute;tant une fois encore          la preuve paroxysmique. Chose curieuse toutefois, ces ambiances particuli&egrave;res          et presque palpables font assez souvent penser &agrave; Chroma Key (&laquo;          Growing Up &raquo;, &laquo; I Grieve &raquo;, &laquo; My Head Sounds Like          That &raquo;). <\/p>       <p class=\"dateconcert\"><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/dos_pg3_02.jpg\" width=\"200\" height=\"139\" border=\"1\" align=\"left\">Bien          qu&#8217;<em>Up<\/em> soit une pi&egrave;ce ma&icirc;tresse de contr&ocirc;le          et de sinc&eacute;rit&eacute;, on peut en regretter certaines caract&eacute;ristiques,          qui en limitent la port&eacute;e. Peter Gabriel semble en effet sans cesse          &eacute;cartel&eacute; entre un pass&eacute; glorieux et marquant (certains          passages de &laquo; Darkness &raquo;, l&#8217;esprit de &laquo; No Way          Out &raquo;, le refrain de &laquo; The Barry Williams Show &raquo; sont          assez proches de son travail ant&eacute;rieur, au sein de Genesis comme          en solo) et une modernit&eacute; revendiqu&eacute;e mais dont il para&icirc;t          ne pas toujours savoir que faire. Peter Gabriel r&eacute;utilise diff&eacute;rents          mod&egrave;les actuels, sans toujours parvenir &agrave; les int&eacute;grer          &agrave; son style reconnaissable entre mille, d&#8217;o&ugrave; un certain          aspect &laquo; patchwork &raquo;. Ainsi en est-il du passage violent de          &laquo; Darkness &raquo;, ou de certaines rythmiques de &laquo; Growing          Up &raquo;. De plus, la mati&egrave;re musicale de certains morceaux para&icirc;t          un peu l&eacute;g&egrave;re pour leur dur&eacute;e (&laquo; Growing Up          &raquo; ou &laquo; No Way Out &raquo; auraient peut-&ecirc;tre pu se contenter          d&#8217;une minute de moins&#8230;), d&#8217;autant qu&#8217;une certaine          incapacit&eacute; &agrave; conclure pousse Peter Gabriel &agrave; avoir          trop souvent recours &agrave; des proc&eacute;d&eacute;s de<em> fade out<\/em>,          la fameuse baisse de volume jusqu&#8217;&agrave; extinction en fin de          titre, qui laissent une impression d&#8217;inachev&eacute;.<\/p>       <!-- wp:paragraph -->\n<p><span class=\"dateconcert\"><em>Up<\/em> est ainsi, apr&egrave;s tant d&#8217;ann&eacute;es,          un album d&#8217;une grande maturit&eacute; artistique et d&#8217;une          grande sinc&eacute;rit&eacute;, et d&eacute;voile toutes les h&eacute;sitations          de son g&eacute;niteur. Globalement, ce disque est sombre, moite et pesant,          ce qui n&#8217;emp&ecirc;che d&#8217;ailleurs pas, entre des nuages mena&ccedil;ants,          quelques &eacute;claircies, comme en t&eacute;moigne la fin de &laquo;          Signal to Noise &raquo;. Mais paradoxalement, malgr&eacute; sa r&eacute;elle          noirceur et son c&ocirc;t&eacute; grin&ccedil;ant, <em>Up<\/em> provoque          une r&eacute;elle attraction.<\/span><\/p>       <p align=\"right\"><strong><span class=\"dateconcert\">Fanny Layani<\/span><\/strong><\/p>&nbsp;<h1>DOSSIER : Peter Gabriel &#8211; Up<\/h1>\n<p><strong>Apr\u00e8s un long silence musical, Peter Gabriel nous est revenu avec un album imposant et comme souvent chez cette figure incontournable, inhabituel. Nous avons saisi cette opportunit\u00e9 pour accorder \u00e0 <i>Up<\/i> un traitement un peu particulier sous la forme d&rsquo;un dossier sp\u00e9cial \u00e0 quatre mains (soit deux r\u00e9dacteurs&#8230;). Ce dossier revient dans un premier temps sur la carri\u00e8re de Peter Gabriel, tente quelques rapprochements avec ses r\u00e9alisations pass\u00e9es pour se livrer enfin \u00e0 une dissection de l&rsquo;album piste par piste.<\/strong><\/p>       <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><strong><font color=\"#CC0066\"><u>1.          Les noms derri&egrave;re l&rsquo;album <\/u><\/font><\/strong><\/p>       <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><strong><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/dos_pg1_main.jpg\" width=\"234\" height=\"150\" border=\"1\"><\/strong><strong>          <\/strong><\/p>       <p class=\"dateconcert\"><strong>Dix ans d&#8217;attente et, au final, dix          morceaux qui composent ce qui est peut &ecirc;tre l&#8217;aboutissement          de plus de trente ann&eacute;es consacr&eacute;es par Peter Gabriel &agrave;          la musique. Ses fans s&#8217;en doutaient, suivant pas &agrave; pas la          conception de <em>Up<\/em> sur son site web, o&ugrave; il d&eacute;taillait          les &eacute;tapes de la production, les intervenants, et d&eacute;voilait          quelques paroles et extraits musicaux. Le grand public ne devrait pas          tarder &agrave; adopter et consacrer le produit fini, disponible depuis          le 25 septembre. Revenons sur la carri&egrave;re solo de l&#8217;ex-Genesis          pour mieux comprendre ce dernier album.<\/strong><\/p>       <p class=\"dateconcert\"> <span class=\"dateconcert\"><strong>De Genesis &agrave;          Peter Gabriel<\/strong><\/span><\/p>       <p class=\"dateconcert\">Peter Gabriel n&#8217;a eu de cesse de surprendre,          mettant en sc&egrave;ne et portant litt&eacute;ralement Genesis en studio          et en live (l&#8217;illustration la plus frappante &eacute;tant ce costume          de fleur arbor&eacute; sur &laquo; Supper&#8217;s Ready &raquo;, et la          plus convaincante incarn&eacute;e par <em>The lamb lies down on broadway<\/em>),          quittant Genesis &agrave; l&#8217;apog&eacute;e de sa cr&eacute;ativit&eacute;,          alors que le groupe commen&ccedil;ait &agrave; exploser commercialement          avec l&#8217;engouement du continent am&eacute;ricain, et d&eacute;butant          sa carri&egrave;re avec l&#8217;inusable<em> Solsburry Hill<\/em> , qui          n&#8217;est ni plus ni moins que l&#8217;explication de son d&eacute;part          du groupe. En avance sur son temps, soit il en inaugurait l&#8217;usage          de l&#8217;&eacute;lectronique sur des morceaux grand public &agrave;          la fin des ann&eacute;es 70, soit il militait pour l&#8217;aide aux pays          pauvres avant que cette cause ne fut reprise par les stars des ann&eacute;es          80. Il fut &eacute;galement l&#8217;un des premiers &agrave; se lancer          dans les musiques de film (avec <em>Birdy<\/em> et surtout le sublime <em>Passion<\/em>,          musique du controvers&eacute; <em>La derni&egrave;re tentation du Christ<\/em>          de Martin Scorcese). Plus discret dans les ann&eacute;es 90 avec la cr&eacute;ation          de son label Real World, il pr&eacute;f&egrave;re alors s&#8217;investir          dans de nombreux &eacute;v&egrave;nements, souvent li&eacute;s &agrave;          la musique, comme le festival Womad.<\/p>       <p class=\"dateconcert\">Au cours de toute cette carri&egrave;re solo, Gabriel          passa par tous les stades, avec le succ&egrave;s commercial et artistique          que l&#8217;on sait : commercial &eacute;videmment avec ses deux derniers          albums, qui ne sont pas toujours du go&ucirc;t de ses fans les plus conservateurs          qui ont souffert de le voir se d&eacute;hancher sur &laquo; Sledgehammer          &raquo;; mais artistique aussi, avec l&#8217;impeccable trilogie<em> I,          II et III<\/em>, qui montre de quelle mani&egrave;re il est possible de          passer d&#8217;une d&eacute;cennie &agrave; une autre tout en laissant          derri&egrave;re soi la musique progressive au sens strict pour continuer          &agrave; &eacute;voluer avec son temps. Sur chaque disque, on trouve une          v&eacute;ritable affirmation de soi, &agrave; tel point qu&#8217;il est          ais&eacute; &agrave; l&#8217;auditeur attentif de percevoir l&#8217;&eacute;tat          d&#8217;esprit de Gabriel sur chacun. Ainsi, en 2002, il semble d&eacute;senchant&eacute;          et amer.<\/p>       <p class=\"dateconcert\"><strong>Up, c&rsquo;est qui ?<\/strong><\/p>       <!-- wp:paragraph -->\n<p><span class=\"dateconcert\">Pour entrer dans<em> Up<\/em>, commen&ccedil;ons          par en lister les intervenants. Peter Gabriel n&#8217;a jamais h&eacute;sit&eacute;          &agrave; faire appel &agrave; pl&eacute;thore de musiciens (et ce, d&egrave;s          ses d&eacute;buts : Robert Fripp, Jerry Marotta, Dave Gregory, Kate Bush&#8230;),          non seulement pour l&#8217;interpr&eacute;tation de ses morceaux, mais          aussi pour la composition.<em> Up<\/em> se distingue en cela, puisque l&#8217;int&eacute;gralit&eacute;          des titres est de la main de Gabriel, ce qui n&#8217;emp&ecirc;che cependant          pas de constater l&#8217;ind&eacute;niable apport de quelques-uns des          participants (plus de 20 personnes sont cit&eacute;es&#8230;). On retrouve          ainsi la vieille garde, avec les ind&eacute;boulonnables Tony Levin (bassiste          compl&eacute;t&eacute; par l&#8217;hyperactif Manu Katche &agrave; la          batterie) et David Rhodes (guitares) ou Bob Ezrin, le gourou du rock des          ann&eacute;es 70 et 80 (<em>Pink Floyd : The Wall<\/em>, c&#8217;est lui),          produisant certains titres, et relay&eacute; par d&#8217;autres producteurs          de notori&eacute;t&eacute; mondiale, comme Daniel Lanois et l&#8217;excellent          David Bottril.<br \/>         Plus surprenante est la pr&eacute;sence d&#8217;Alex Swift et Richard          Chappell &agrave; la programmation, de Will Gregory (de Goldfrapp, duo          tendance croisant Portishead et Morricone) aux arrangements (pour le London          Session Orchestra), ainsi que de Steve Osborne &agrave; la production,          r&eacute;cemment salu&eacute; pour le <em>Get Ready<\/em> de New Order          (Stephen Hague, le producteur de leurs premi&egrave;res &#339;uvres, est          d&#8217;ailleurs &eacute;galement cr&eacute;dit&eacute; sur <em>Up<\/em>          ) et qui s&rsquo;&eacute;tait aussi occup&eacute; de New Wave. Enfin, deux signatures          Real World font leur apparition : &laquo; The Blind Boys of Alabama &raquo;          et Nusrat Fateh Ali Khan. Bref, un parfait alliage entre un groupe de          base impressionnant et l&#8217;intervention ponctuelle d&#8217;artistes          parmi les plus en vue de la sc&egrave;ne musicale actuelle. <\/span> <\/p>              <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><strong><font color=\"#CC0066\"><u>2.          Up : before, around, about <\/u><\/font><\/strong><\/p>       <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><strong><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/dos_pg2_main.jpg\" width=\"237\" height=\"150\" border=\"1\"><\/strong><strong>          <\/strong><\/p>       <p class=\"dateconcert\"><strong>Le premier d&eacute;tail frappant, &agrave;          l&#8217;&eacute;coute de l&#8217;album, est sa grande noirceur, loin des          derni&egrave;res r&eacute;alisations de Gabriel. <\/strong><\/p>        <p class=\"dateconcert\">Certes, on retrouve quelques morceaux du calibre          des singles sortis entre 1985 et 1992, tel &laquo; Growing Up &raquo;          et &laquo; The Barry Williams show &raquo;. Ces deux morceaux paraissent          d&#8217;ailleurs tr&egrave;s isol&eacute;s &agrave; premi&egrave;re vue,          sur un album par ailleurs homog&egrave;ne. Le fait que &laquo; The Barry          Williams show &raquo; ait &eacute;t&eacute; choisi comme premier single          ne doit rien au hasard, tant son refrain na&iuml;f (presque niais) est          repr&eacute;sentatif d&#8217;une certaine id&eacute;e que le grand public          se fait du personnage. Ceci dit, une &eacute;coute plus attentive r&eacute;v&egrave;le          des couplets plut&ocirc;t travaill&eacute;s, et une derni&egrave;re partie          plus exp&eacute;rimentale, qui cadre mieux avec les ambitions de <em>Up<\/em>,          notamment par un gros travail de programmation et de rythmique. Pour le          reste, la voix plaintive et si caract&eacute;ristique de Gabriel refait          son apparition, sur une trame particuli&egrave;rement sombre.<\/p>       <p class=\"dateconcert\">Force est de constater que les r&eacute;f&eacute;rences          qui se trouvent dans Up en appellent bien plus aux premiers qu&#8217;aux          derniers disques de Gabriel, r&eacute;f&eacute;rences d&#8217;ailleurs          plus th&eacute;matiques que proprement musicales. C&#8217;est ici que          l&#8217;on retrouve cette id&eacute;e d&#8217;&eacute;tat d&#8217;esprit          qui transpara&icirc;t dans chaque &#339;uvre de l&#8217;artiste. Un signe          est donn&eacute; par l&#8217;&eacute;criture &agrave; la premi&egrave;re          personne de la quasi-totalit&eacute; des titres, avec des paroles faites          d&#8217;obsessions (&laquo; Darkness &raquo;), de regrets (&laquo; I Grieve          &raquo;), de peurs (&laquo; My head sounds like this &raquo;) et d&#8217;&eacute;v&egrave;nements          p&eacute;nibles (&laquo; No way out &raquo;). Sur ce point d&#8217;ailleurs,          on est surpris de ne pas retrouver les textes dans le livret, ce dernier          n&#8217;indiquant m&ecirc;me pas qu&#8217;ils figurent en fait sur la          partie CD-rom ! Inutile donc d&#8217;imprimer p&eacute;niblement ces derniers          sur le site de leur auteur.<br \/>         Tout du long de <em>Up<\/em>, on se surprend donc &agrave; retrouver le          Gabriel de ses d&eacute;buts solo (et de fa&ccedil;on troublante celui          de <em>III<\/em>, sorti en 1980), magnifi&eacute; par deux d&eacute;cennies          de technologie, de rencontres et d&#8217;exp&eacute;riences. Au vu de          la longue carri&egrave;re de l&#8217;artiste et de la densit&eacute; de          cet opus, nul doute que l&#8217;on pourrait multiplier les r&eacute;f&eacute;rences          et les parall&egrave;les &agrave; l&#8217;infini. Toujours est-il que          &laquo; Darkness &raquo;, morceau schizophr&egrave;ne &agrave; la rythmique          martiale, peut facilement rappeler &laquo; Intruder &raquo; tant cette          dualit&eacute; dans le chant (en alternance camoufl&eacute; par de lourds          effets ou tr&egrave;s clair) et dans la musique (&eacute;changeant guitares          stridentes contre piano) est semblable. De m&ecirc;me, &laquo; My Head          sounds like that &raquo; fait &eacute;cho &agrave; &laquo; Lead a normal          life &raquo; avec cette rythmique et cette voix toute en douceur pour          &eacute;voquer un homme au bord de la folie. &laquo; Signal to Noise &raquo;          (un des morceaux les &#8211; voire le &#8211; plus forts de l&#8217;album) nous ram&egrave;ne          au magnifique &laquo; Here comes the flood &raquo;, avec cette m&ecirc;me          th&eacute;matique &laquo; fin de mill&eacute;naire &raquo;, cette urgence          dans la voix et une orchestration presque outr&eacute;e (cf. le d&eacute;luge          de cordes en final de &laquo; Signal to.. &raquo;). La critique du &laquo;          Barry Williams show &raquo; se fait un peu de la m&ecirc;me mani&egrave;re          que celle des &laquo; Jeux sans fronti&egrave;res &raquo; (v&eacute;ridique          !) que Peter fustigeait sur &laquo; Games without Frontiers &raquo; :          un refrain presque parodique, des paroles cyniques, des rythmique &eacute;lectroniques          et des sonorit&eacute;s modernes&#8230; et au final deux singles !<\/p>       <p class=\"dateconcert\"><strong>L&rsquo;album de la maturit&eacute; ?<\/strong><\/p>       <p align=\"left\"><span class=\"dateconcert\">C&#8217;est peu dire que Peter          Gabriel vient de sortir un album d&#8217;une grande ambition, une &#339;uvre          qui m&eacute;ritait effectivement quelques ann&eacute;es de r&eacute;flexion.          Pas une &eacute;coute sans que l&#8217;oreille ne se tende, qu&#8217;une          m&eacute;lodie, une id&eacute;e ne vous surprenne. Outre la richesse de          la trame musicale on peut noter que seul le dernier titre passe sous la          barre des 6 minutes. Et pourtant, on a bien affaire &agrave; des morceaux,          avec une seule m&eacute;lodie principale, un refrain, et souvent une structure          sans complexit&eacute; insoluble. Mais la multitude de niveau d&#8217;&eacute;coutes,          les imperceptibles variations sur les id&eacute;es principales font que          ce qui semble n&#8217;avoir dur&eacute; que 40 minutes vous a tenu en          haleine plus d&#8217;une heure. Impressionnant. Up appara&icirc;t donc,          et de loin, comme l&#8217;album le plus abouti de l&#8217;ex-chanteur          de Genesis. Sa grande homog&eacute;n&eacute;it&eacute; est l&#8217;une          des preuves du talent unique de son g&eacute;niteur mais aussi d&#8217;une          v&eacute;ritable recherche d&#8217;unit&eacute; artistique, accomplie          malgr&eacute; le nombre des intervenants. Son extr&ecirc;me sophistication          et sa modernit&eacute; finissent d&#8217;en assurer la post&eacute;rit&eacute;          et par l&agrave; m&ecirc;me, celle de Peter Gabriel lui-m&ecirc;me&#8230;          en attendant le prochain !<\/span><\/p>               <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><strong><font color=\"#CC0066\"><u>3.          Un disque attendu<\/u><\/font><\/strong><\/p>       <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/dos_pg3_main.jpg\" width=\"240\" height=\"144\" border=\"1\"><strong>          <\/strong><\/p>       <p class=\"dateconcert\"><strong>Peter Gabriel brise avec <em>Up<\/em> un silence          d&eacute;cennal. Ce retour semble plac&eacute; sous le signe de la dualit&eacute;,          sans jamais r&eacute;ellement savoir ou vouloir choisir, entre pass&eacute;          et modernit&eacute;, entre douceur et noirceur, entre satire et malaise.          Les titres qui composent cet album sont en effet plus ambivalents et multiples          les uns que les autres mais, malgr&eacute; leur vari&eacute;t&eacute;,          poss&egrave;dent de solides liens et une identit&eacute; propre qui font          la profonde coh&eacute;rence de l&#8217;&#339;uvre.<\/strong><br \/>         En termes de construction, deux grands proc&eacute;d&eacute;s s&#8217;affrontent          et se m&ecirc;lent parfois en un m&ecirc;me titre : d&#8217;un c&ocirc;t&eacute;,          la recherche d&#8217;un contraste maximal, comme le prouve &laquo; Darkness          &raquo;, entr&eacute;e en mati&egrave;re alternant passages tr&egrave;s          violents presque bruitistes, &agrave; la voix alt&eacute;r&eacute;e par          de nombreux effets, et passages doux et intimistes, avec un chant plus          traditionnel et assez proche de ce que Peter Gabriel a pu fournir par          le pass&eacute;. <\/p>       <p class=\"dateconcert\"><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/dos_pg3_01.jpg\" width=\"120\" height=\"120\" border=\"1\" align=\"left\">De          l&#8217;autre, et c&#8217;est le cas de la majorit&eacute; des titres,          une structuration assez simple, en couplets-refrain, dont l&#8217;&eacute;volution          est toutefois garantie par une mont&eacute;e en puissance parfois tr&egrave;s          marqu&eacute;e, men&eacute;e de main de ma&icirc;tre suivant un <em>modus          operandi<\/em> toujours sensiblement le m&ecirc;me : une accumulation progressive          des strates instrumentales produisant un insensible crescendo. Ainsi,          les premi&egrave;res minutes de &laquo; Sky Blue &raquo; ne sont compos&eacute;es          que d&#8217;une rythmique &eacute;vanescente coiff&eacute;e de claviers          et d&#8217;une basse, avant l&#8217;irruption d&#8217;une rythmique &eacute;lectronique          en ostinato (<em>NdRC : phrase musicale r&eacute;p&eacute;t&eacute;e de          fa&ccedil;on obs&eacute;dante, &laquo; obstin&eacute; &raquo; &#8211; ce qui          a donn&eacute; le nom &#8211; permettant d&#8217;articuler une &#339;uvre<\/em>),          qui se structure et se complexifie peu &agrave; peu, alors que les ch&#339;urs          se densifient et s&#8217;animent. <br \/>         Une rupture brusque a ensuite lieu, qui introduit une nouvelle ambiance,          la seconde partie du morceau &eacute;tant construite de la m&ecirc;me          mani&egrave;re que la premi&egrave;re. &laquo; Signal To Noise &raquo;          est &agrave; cet &eacute;gard plus original, et sa construction plus heurt&eacute;e          et moins lin&eacute;aire en fait le titre le plus &laquo; progressif &raquo;          de l&#8217;album. De m&ecirc;me, l&#8217;instrumentation reste toujours          plus ou moins la m&ecirc;me : rythmiques naturelles ou programmation,          guitares sauf exception (&laquo; Darkness &raquo;) assez l&eacute;g&egrave;re          et discr&egrave;te, basse souvent chaude, parfois groovy (&laquo; The          Barry Williams Show &raquo; ou le titre bonus &laquo; Burn You Up, Burn          You Down &raquo;), et surtout, les claviers et le piano occupent une place          importante, tant en termes d&#8217;ambiances que dans un r&ocirc;le de          soutien au chant.<\/p>       <p class=\"dateconcert\">Cependant, cette forte identit&eacute; de<em> Up<\/em>          ne l&#8217;emp&ecirc;che pas de pr&eacute;senter d&#8217;importants contrastes          et des ambiances tr&egrave;s vari&eacute;es. L&#8217;album oscille en          effet entre l&#8217;inqui&eacute;tude, la douleur, le malaise (&laquo;          Darkness &raquo;, la &#8216;pri&egrave;re pa&iuml;enne&#8217; &laquo;          I Grieve &raquo;, &laquo; My Head Sounds Like That &raquo;) et la s&eacute;r&eacute;nit&eacute;          (&laquo; Growing Up &raquo;, fin de &laquo; I Grieve &raquo;, &laquo;          The Drop &raquo;), sans oublier un aspect satirique et grin&ccedil;ant          (&laquo; The Barry Williams Show &raquo;) prononc&eacute;, preuve que          Peter Gabriel n&#8217;a perdu ni son id&eacute;alisme, ni sa capacit&eacute;          &agrave; cerner les travers de ses contemporains. La dualit&eacute; des          ambiances se retrouve parfois &agrave; l&#8217;int&eacute;rieur m&ecirc;me          de chaque titre, &laquo; Darkness &raquo; en &eacute;tant une fois encore          la preuve paroxysmique. Chose curieuse toutefois, ces ambiances particuli&egrave;res          et presque palpables font assez souvent penser &agrave; Chroma Key (&laquo;          Growing Up &raquo;, &laquo; I Grieve &raquo;, &laquo; My Head Sounds Like          That &raquo;). <\/p>       <p class=\"dateconcert\"><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/dos_pg3_02.jpg\" width=\"200\" height=\"139\" border=\"1\" align=\"left\">Bien          qu&#8217;<em>Up<\/em> soit une pi&egrave;ce ma&icirc;tresse de contr&ocirc;le          et de sinc&eacute;rit&eacute;, on peut en regretter certaines caract&eacute;ristiques,          qui en limitent la port&eacute;e. Peter Gabriel semble en effet sans cesse          &eacute;cartel&eacute; entre un pass&eacute; glorieux et marquant (certains          passages de &laquo; Darkness &raquo;, l&#8217;esprit de &laquo; No Way          Out &raquo;, le refrain de &laquo; The Barry Williams Show &raquo; sont          assez proches de son travail ant&eacute;rieur, au sein de Genesis comme          en solo) et une modernit&eacute; revendiqu&eacute;e mais dont il para&icirc;t          ne pas toujours savoir que faire. Peter Gabriel r&eacute;utilise diff&eacute;rents          mod&egrave;les actuels, sans toujours parvenir &agrave; les int&eacute;grer          &agrave; son style reconnaissable entre mille, d&#8217;o&ugrave; un certain          aspect &laquo; patchwork &raquo;. Ainsi en est-il du passage violent de          &laquo; Darkness &raquo;, ou de certaines rythmiques de &laquo; Growing          Up &raquo;. De plus, la mati&egrave;re musicale de certains morceaux para&icirc;t          un peu l&eacute;g&egrave;re pour leur dur&eacute;e (&laquo; Growing Up          &raquo; ou &laquo; No Way Out &raquo; auraient peut-&ecirc;tre pu se contenter          d&#8217;une minute de moins&#8230;), d&#8217;autant qu&#8217;une certaine          incapacit&eacute; &agrave; conclure pousse Peter Gabriel &agrave; avoir          trop souvent recours &agrave; des proc&eacute;d&eacute;s de<em> fade out<\/em>,          la fameuse baisse de volume jusqu&#8217;&agrave; extinction en fin de          titre, qui laissent une impression d&#8217;inachev&eacute;.<\/p>       <!-- wp:paragraph -->\n<p><span class=\"dateconcert\"><em>Up<\/em> est ainsi, apr&egrave;s tant d&#8217;ann&eacute;es,          un album d&#8217;une grande maturit&eacute; artistique et d&#8217;une          grande sinc&eacute;rit&eacute;, et d&eacute;voile toutes les h&eacute;sitations          de son g&eacute;niteur. Globalement, ce disque est sombre, moite et pesant,          ce qui n&#8217;emp&ecirc;che d&#8217;ailleurs pas, entre des nuages mena&ccedil;ants,          quelques &eacute;claircies, comme en t&eacute;moigne la fin de &laquo;          Signal to Noise &raquo;. Mais paradoxalement, malgr&eacute; sa r&eacute;elle          noirceur et son c&ocirc;t&eacute; grin&ccedil;ant, <em>Up<\/em> provoque          une r&eacute;elle attraction.<\/span><\/p>       <p align=\"right\"><strong><span class=\"dateconcert\">Fanny Layani<\/span><\/strong><\/p>&nbsp;","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour entrer dans Up, commen&ccedil;ons par en lister les intervenants. 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