{"id":21567,"date":"2011-05-18T00:00:00","date_gmt":"2011-05-17T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/f5283e84f8daffad81a1a04428ef2119_XL.jpg"},"modified":"2011-05-18T00:00:00","modified_gmt":"2011-05-17T22:00:00","slug":"21567","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2011\/05\/18\/21567\/","title":{"rendered":"Yom (Yom &#038; The Wonder Rabbis) &#8211; Rabbins intergalactiques"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>\u00c0 l\u2019occasion de la sortie de <em>With Love<\/em>, <em>road trip<\/em> psych\u00e9d\u00e9lique qui emprunte autant \u00e0 la tradition klezmer qu\u2019au rock ind\u00e9pendant ou \u00e0 l\u2019\u00e9lectro, le clarinettiste Yom \u00e9voque la musique, la linguistique, la politique, son parcours, les blagues juives, la mort de Superman, la BD et l\u2019ap\u00e9ro.<\/strong><br \/><br \/> <strong>Quelles sont les premi\u00e8res r\u00e9actions \u00e0 la sortie du nouveau disque, <em>With Love<\/em> ? <br \/>Yom :<\/strong> Elles sont dans l\u2019ensemble positives, mais extr\u00eames : les gens adorent ou d\u00e9testent. En g\u00e9n\u00e9ral, du moins pour ceux qui s\u2019expriment, les remarques d\u00e9sobligeantes concernent des aspects que j\u2019ai consciemment cherch\u00e9 \u00e0 atteindre, donc ce n\u2019est pas plus mal, puisque cela signifie que ma d\u00e9marche est clairement perceptible. La plupart des r\u00e9actions n\u00e9gatives concernent tout simplement le fait qu\u2019il y ait de la batterie, ce qui peut para\u00eetre \u00e9tonnant, en 2011, surtout pour vous qui venez plut\u00f4t du jazz ou du rock. Mais quand on est r\u00e9pertori\u00e9 comme un musicien traditionnel, et c\u2019est ainsi que j\u2019ai commenc\u00e9, on est cens\u00e9 sacrifier \u00e0 une sorte de mythe, qui voudrait que l\u2019on reste \u00ab\u00a0pur\u00a0\u00bb. C\u2019est d\u2019autant plus dr\u00f4le en ce qui concerne la musique klezmer\u2026 Qu\u2019est-ce qu\u2019une musique klezmer pure ? Si l\u2019on voulait vraiment rester pur, c\u2019est une musique qu\u2019on ne pourrait plus jouer depuis 1939 ! En tous cas, cela fait partie des incompr\u00e9hensions qui peuvent entourer cette nouvelle phase de travail.<br \/><br \/> <strong>D\u2019ailleurs, comment es-tu arriv\u00e9 \u00e0 la tradition klezmer ?<\/strong><br \/> J\u2019y suis venu \u00e0 la fois par tradition familiale, ma m\u00e8re \u00e9tant d\u2019origine juive de Transylvanie, et un peu par hasard. J\u2019ai commenc\u00e9 la clarinette \u00e0 cinq ans, et tr\u00e8s vite je me suis mis \u00e0 \u00e9couter Giora Feidman, qui est une des grandes figures de la musique klezmer. Je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 assailli par ma famille d\u2019une obligation absolue de conna\u00eetre la culture juive, je n\u2019ai pas eu d\u2019\u00e9ducation religieuse, on ne m\u2019a pas non plus forc\u00e9 \u00e0 \u00e9couter du klezmer \u00e9tant petit. Je suis venu \u00e0 cette musique sans doute plus en tant que clarinettiste passionn\u00e9 qu\u2019en tant que juif d\u2019origine. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 rassembler une importante discoth\u00e8que, avec du Giora Feidman mais aussi bien d\u2019autres musiciens, puis \u00e0 l\u2019\u00e2ge de dix-sept ans, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9 dans un ensemble, qui s\u2019appelait \u00e0 l\u2019\u00e9poque l\u2019Orient Express Moving Shnorers, devenu ensuite Klezmer Nova. Ces musiciens avaient trente ans de plus que moi, et besoin de remplacer rapidement leur clarinettiste. Leur leader avait rep\u00e9r\u00e9 que je connaissais un peu cette musique, que je jouais bien, que je lisais la musique et que je pouvais donc assimiler rapidement les morceaux. J\u2019ai int\u00e9gr\u00e9 le groupe et c\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai vraiment appris \u00e0 jouer le klezmer. Tout est all\u00e9 tr\u00e8s vite, puisque je m\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 impr\u00e9gn\u00e9 de cette culture.<br \/><br \/> <strong><em>New King Of Klezmer Clarinet<\/em>, ton premier disque, est vraiment dans la lign\u00e9e du klezmer traditionnel\u2026<\/strong><br \/> J\u2019avais en fait d\u00e9j\u00e0 fait un premier disque, en 2003, en duo avec Denis Cuniot, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 je ne m\u2019appelais m\u00eame pas encore Yom, mais Yomguih, et qui s\u2019intitulait <em>The Golem And The Moon<\/em>. Bizarrement, c\u2019\u00e9tait quelque chose de moins traditionnel, il y avait d\u00e9j\u00e0 un aspect revisit\u00e9, avec des improvisations, des ouvertures vers autre chose. Mais ce disque est pass\u00e9 assez inaper\u00e7u, et je me suis dit que j\u2019avais peut-\u00eatre pris les choses un peu \u00e0 l\u2019envers, et qu\u2019au lieu de commencer par r\u00e9interpr\u00e9ter une musique que personne ne conna\u00eet ou presque, il aurait \u00e9t\u00e9 bien, m\u00eame pour moi, de poser les valises et de retourner \u00e0 la tradition, alors m\u00eame que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 fait un tour du c\u00f4t\u00e9 du jazz contemporain et des musiques improvis\u00e9es. <em>New King Of Klezmer Clarinet<\/em> est donc une esp\u00e8ce de retour sur les traces de mes anc\u00eatres, une fa\u00e7on de remettre les choses dans l\u2019ordre.<br \/><br \/> <strong>Faut-il alors consid\u00e9rer qu\u2019<em>Unue<\/em> et <em>With Love<\/em> sont dans la continuit\u00e9 de ce que tu as fait sur ce tout premier disque, en mettant <em>New King\u2026<\/em> entre parenth\u00e8ses ?<\/strong><br \/> D\u2019une certaine mani\u00e8re, avec un peu plus de maturit\u00e9, de r\u00e9flexion et de toutes sortes de v\u00e9cus, c\u2019est un peu l\u2019univers qu\u2019on pouvait d\u00e9j\u00e0 entr\u2019apercevoir dans <em>The Golem\u2026<\/em>, effectivement. C\u2019est mon univers depuis le d\u00e9but, mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque je ne savais pas trop comment l\u2019amener, j\u2019aurais sans doute d\u00fb faire plus doucement. Sur <em><\/em> j\u2019avais davantage confiance en mes compositions, mes couleurs personnelles. <em>New King\u2026<\/em> est vraiment un disque particulier, un hommage \u00e0 Naftule Brandwein, un projet presque \u00e0 part. Indispensable pour faire quoi que ce soit d\u2019autre apr\u00e8s, mais qui reste diff\u00e9rent, avant tout parce que ce ne sont pas mes compositions, simplement ma mani\u00e8re de jouer le klezmer. Entre <em>New King&#8230;<\/em> et <em>Unue<\/em>, j\u2019ai assum\u00e9 de me lancer dans mes propres compositions, et l\u00e0, qui sait o\u00f9 \u00e7a va s\u2019arr\u00eater ! <em>(Rires)<\/em>.<br \/><br \/><strong>A propos des compositions, justement : est-ce toi qui compose tout le r\u00e9pertoire ?<\/strong><br \/> Sur <em>With Love<\/em>, j\u2019ai effectivement tout \u00e9crit. Tous les th\u00e8mes, les harmonies et les structures globales des morceaux \u00e9taient compos\u00e9es en amont. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 une id\u00e9e tr\u00e8s pr\u00e9cise de ce que je voulais entendre, m\u00eame si cette id\u00e9e a \u00e9volu\u00e9 au fur et \u00e0 mesure du projet puisqu\u2019au d\u00e9but, j\u2019\u00e9tais parti vers quelque chose de compl\u00e8tement diff\u00e9rent, suite logique d\u2019<em>Unue<\/em> mais sous une forme plus jazz, sans doute plus proche d\u2019un r\u00e9pertoire \u00e0 la Avishai Cohen qui tirerait vers E.S.T. (Esbj\u00f6rn Svensson Trio), avec un c\u00f4t\u00e9 hypnotique, mais l\u2019ensemble serait rest\u00e9 acoustique, tout au plus une petite distorsion de temps en temps. Puis, au fur et \u00e0 mesure du travail, je me suis aper\u00e7u que j\u2019avais envie de gros son, de violence, et j\u2019ai chang\u00e9 de cap. Les musiciens avec lesquels j\u2019ai travaill\u00e9 ont beaucoup apport\u00e9 au son, aux r\u00e9arrangements, aux adaptations. J\u2019ai tendance \u00e0 beaucoup organiser en amont, pr\u00e9voir des structures gigantesques de morceaux de quinze minutes. Ils m\u2019ont aid\u00e9 \u00e0 calmer le jeu et \u00e0 rendre les choses plus r\u00e9alistes et plus audibles ! <em>(Rires)<\/em>. Ce sont d\u2019excellents musiciens, qui ont beaucoup \u00e0 apporter !<br \/><br \/> <strong>Comment as-tu constitu\u00e9 le groupe, choisi les musiciens qui t\u2019accompagnent ? <\/strong><br \/> Je connaissais Sylvain Daniel (basse), pour avoir travaill\u00e9 avec lui il y a tr\u00e8s longtemps sur un quintette compl\u00e8tement barr\u00e9, sorti aux alentours de 2002 sur le label Chief Inspector. Ensuite, j\u2019ai mont\u00e9 Agnostic Ritual, un groupe plut\u00f4t rock ou post-rock, assez complexe, o\u00f9 on retrouve cet univers, m\u00eame si on y sent la jeunesse et le manque de ma\u00eetrise. A l\u2019\u00e9poque, il m\u2019avait beaucoup aid\u00e9, je sentais qu\u2019il comprenait mon d\u00e9lire\u2026 Je ne suis pas un v\u00e9ritable compositeur dans le sens o\u00f9 je ne sors pas de la classe d\u2019\u00e9criture du CNSM, je ne compose pas vraiment pour les autres musiciens, et j\u2019ai besoin de gens avec qui je me sente suffisamment en confiance et en amiti\u00e9 pour travailler ensemble. Je connais aussi Manuel Peskine (claviers) depuis tr\u00e8s longtemps : nous avons travaill\u00e9 en duo, ainsi que sur un disque de S\u00e9bastien Gaxie, toujours chez Chief Inspector. Nous avons fait \u00e9norm\u00e9ment de choses ensemble, et pour le coup, c\u2019est un vrai compositeur, qui a des comp\u00e9tences en harmonie, fait des musiques de film, peut diriger un orchestre, \u00e9crire pour un quatuor \u00e0 cordes, etc. Il a un rapport tr\u00e8s int\u00e9ressant \u00e0 l\u2019harmonie et \u00e0 l\u2019arrangement, que ce soit en duo ou ici avec les Wonder Rabbis, projet pour lequel il s\u2019est mis aux synth\u00e9s et au Rhodes, avec toutes sortes de p\u00e9dales. C\u2019est un petit g\u00e9nie, tout simplement. Du point de vue de la batterie, enfin, je ne connaissais pas vraiment S\u00e9bastien L\u00e9t\u00e9 mais je l\u2019avais entendu plusieurs fois, et je l\u2019avais trouv\u00e9 excellent, \u00e0 la fois du point de vue technique et du point de vue des couleurs. Il m\u2019a donc sembl\u00e9 tr\u00e8s adapt\u00e9, d\u2019autant qu\u2019il connait aussi tr\u00e8s bien les percussions. Pour la sc\u00e8ne en revanche, j\u2019ai chang\u00e9 pour quelqu\u2019un qui avait une approche plus rock et plus violente : c\u2019est donc Emiliano Turi, batteur de pop et de rock mais qui joue aussi dans Le Sacre du Tympan, qui nous accompagne. Il est tr\u00e8s polyvalent : c\u2019est \u00e0 la fois une boite \u00e0 rythme capable de tenir la m\u00eame figure pendant dix minutes sans aucune variation, mais il est aussi tr\u00e8s bon dans le jazz contemporain, etc. J\u2019ai besoin d\u2019une telle ouverture, pour \u00eatre en dialogue total avec les musiciens.<br \/><br \/> <strong>Tu as donc volontairement cherch\u00e9 \u00e0 renforcer le c\u00f4t\u00e9 rock et la lourdeur de la frappe en concert ?<\/strong><br \/> Oui, clairement. Le disque est tr\u00e8s produit, tr\u00e8s travaill\u00e9 : postproduction, montage, etc. Je voulais qu\u2019il sonne comme les gros groupes de rock actuel, \u00e0 la Radiohead, qui passent six mois en studio pour faire un disque. C\u2019\u00e9tait un peu un fantasme pour moi, m\u00eame si pour nous, le studio, c\u2019\u00e9tait une semaine ! <em>(Rires)<\/em>. Mais bon, une semaine, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 beaucoup pour un disque de clarinettiste. Nous avons travaill\u00e9 au studio Microbe, un lieu tr\u00e8s rock, avec des vieux claviers des ann\u00e9es 70 et des amplis partout. Je voulais travailler avec des gens qui ont cette culture-l\u00e0, ce qui est le cas de notre ing\u00e9nieur du son, Ludovic Palabaud, compl\u00e8tement passionn\u00e9 par les Beatles et la pop anglaise. Mais pour la sc\u00e8ne, c\u2019\u00e9tait diff\u00e9rent. Le concert est une longue et lente mont\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 un paroxysme vraiment violent, il y a un c\u00f4t\u00e9 tr\u00e8s rock et tr\u00e8s \u00e9lectro : il fallait donc un batteur qui ait une frappe vraiment profonde, notamment sur la caisse claire. Emiliano Turi est vraiment tr\u00e8s impressionnant dans ce domaine. Une vraie machine, mais dans le bon sens du terme !<br \/><br \/> <strong>Du coup, la version sc\u00e9nique actuelle est un peu diff\u00e9rente de tes concerts pr\u00e9c\u00e9dents ?<\/strong><br \/> Ce sont les m\u00eames morceaux, mais il y a une r\u00e9elle \u00e9volution : d\u2019une part, nous avons eu plus de temps pour travailler, et fait un disque entre temps, ce qui pousse toujours un projet \u00e0 \u00e9voluer puisqu\u2019il suppose d\u2019aller \u00e0 l\u2019essence des morceaux, ce qui les red\u00e9finit. D\u2019autre part, nous avons eu une r\u00e9sidence au Cap d\u2019Aulnay-sous-Bois pendant une semaine, pour travailler le spectacle, prendre le temps de chercher les sons que nous voulions entendre, travailler les \u00e9clairages, etc. Il s\u2019agissait de tout creuser, jusqu\u2019au moindre d\u00e9tail, en vue de la sc\u00e8ne, comme nous l\u2019avions fait pour le disque. Je veux que le concert devienne un v\u00e9ritable spectacle, que par les lumi\u00e8res, l\u2019ordre des morceaux et l\u2019\u00e9volution du concert, les spectateurs puissent atteindre une sorte de transe, en communion avec nous.<br \/><br \/> <strong>Venons-en \u00e0 la pochette. Elle est vraiment tr\u00e8s\u2026 color\u00e9e ! (<em>Rires<\/em>). D\u2019o\u00f9 vient cet univers de <em>comics<\/em> et ce costume de superh\u00e9ros ?<\/strong><br \/> Comme ma musique est assez sombre, avec des harmonies mineures et des ambiances un peu lourdes, je souhaite proposer un contrepied, mais je n\u2019ai pas envie que ce soit dans la musique, parce que je n\u2019arrive pas vraiment \u00e0 avoir de l\u2019humour dans ce que j\u2019\u00e9cris et joue. Du coup, j\u2019aime bien l\u2019id\u00e9e d\u2019avoir une pochette plut\u00f4t amusante : les illustrations sont un bon moyen d\u2019all\u00e9ger le discours. En ce moment, la mode est plut\u00f4t au divertissement, et on a pu me reprocher sur <em>Unue<\/em> de faire une musique trop introspective, m\u00eame si pour moi, l\u2019introspection n\u2019est pas du tout n\u00e9gative &#8211; mais c\u2019est peut-\u00eatre parce que je suis fils de psychanalystes ! <em>(Rires)<\/em>. En tous cas, l\u2019emballage du disque est tr\u00e8s important pour moi, et me permet de dire que n\u2019est pas parce que je veux avoir un propos profond que je me prends au s\u00e9rieux. Je me mets en sc\u00e8ne et je me ridiculise pour apporter un peu de second degr\u00e9. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 une d\u00e9marche de ce genre sur <em>New King Of Klezmer Clarinet<\/em>, avec un petit c\u00f4t\u00e9 provoc\u2019 pour faire r\u00e9agir. Cela dit, ce n\u2019est pas non plus de l\u2019absurde pur et simple, il y a du sens derri\u00e8re tout \u00e7a. Sur <em>New King<\/em>, il y avait une petite allusion au c\u00f4t\u00e9 bling-bling de Sarkozy, qui n\u2019a pas forc\u00e9ment \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9e alors que c\u2019\u00e9tait assez clair puisque j\u2019avais pouss\u00e9 le d\u00e9tail jusqu\u2019\u00e0 avoir les m\u00eames lunettes de soleil &#8211; et les m\u00eames talonnettes, mais \u00e7a on ne le dira pas ! <em>(Rires)<\/em>. Pour <em>With Love<\/em>, tout est venu d\u2019un morceau pour lequel j\u2019avais demand\u00e9 au public, en concert, de trouver un titre.<br \/><br \/> <strong>Raconte !<\/strong><br \/> Un type qui venait souvent, et qui est devenu depuis un ami, m\u2019a propos\u00e9 \u00ab\u00a0Les Larmes du Juste\u00a0\u00bb. \u00c0 partir de l\u00e0, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir : pourquoi le Juste devrait-il pleurer ? Qu\u2019est-ce qui le pousserait \u00e0 se r\u00e9volter, est-ce que \u00e7a lui suffit d\u2019\u00eatre un Juste ou veut-il pouvoir faire plus ? J\u2019en suis venu naturellement \u00e0 cette ambivalence d\u2019une position interm\u00e9diaire, entre la bont\u00e9 et la col\u00e8re. En tournant autour de cette id\u00e9e, je suis arriv\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0La Fureur du Juste\u00a0\u00bb : \u00e7a sonnait tr\u00e8s bien, j\u2019\u00e9tais tout fier de moi, mais par acquis de conscience, je suis all\u00e9 v\u00e9rifier sur internet si cela n\u2019existait pas d\u00e9j\u00e0. Et l\u00e0, horreur, je me suis aper\u00e7u que c\u2019\u00e9tait le titre d\u2019un film de\u2026 Chuck Norris et Lee Van Cleef ! <em>(Fou rire)<\/em>. Je crois que le pire, c\u2019est quand j\u2019ai vu l\u2019affiche ! <em>(Redoublement d\u2019\u00e9clats de rire)<\/em>. Je devais trouver autre chose. Du Juste j\u2019ai donc gliss\u00e9 vers le justicier, et au fur et \u00e0 mesure je suis arriv\u00e9 au superh\u00e9ros, notamment gr\u00e2ce \u00e0 une excellente exposition sur la BD juive au Mus\u00e9e d\u2019Art et d\u2019Histoire du Juda\u00efsme, de Superman \u00e0 Joann Sfar, qui m\u2019a rappel\u00e9 que d\u2019une certaine mani\u00e8re, le premier Juste, c\u2019est Superman, invent\u00e9 par des dessinateurs et sc\u00e9naristes juifs avant m\u00eame la Seconde Guerre mondiale, pendant la mont\u00e9e en puissance d\u2019Hitler. Du coup, comme j\u2019aime bien ajouter une petite donn\u00e9e politique \u00e0 mes propos, et que ma musique n\u2019a pas &#8211; heureusement &#8211; de paroles, il ne me reste que la pochette et le titre pour dire quelque chose. Autant je ne fais pas partie de ceux qui comparent le r\u00e9gime actuel \u00e0 Vichy, m\u00eame si je suis clairement contre la mani\u00e8re dont est g\u00e9r\u00e9 ce pays, autant je trouvais assez dr\u00f4le de se replonger dans l\u2019univers pictural de ces ann\u00e9es-l\u00e0, sauf que j\u2019ai une clarinette en guise d\u2019arme, pour d\u00e9dramatiser le c\u00f4t\u00e9 guerrier de la pochette. Normalement, on doit comprendre l\u2019humour de la chose : on est tous ultra muscl\u00e9s dans nos justaucorps ridicules, les Wonder Rabbis ont des petits shtreiml et des papillotes ; il me semble que pour prendre cette pochette au s\u00e9rieux, il faut s\u2019accrocher <em>(Rires)<\/em> ! Le titre aussi est important, <em>With Love<\/em> : mon but n\u2019est absolument pas de dire qu\u2019on est sans espoir, que tout est foutu. Sinon, je ne prendrais pas le temps de faire des disques et des projets ! Donc il y a quand m\u00eame un message positif, dans tout \u00e7a ! <em>(Rires)<\/em>.<br \/><br \/> <strong>Il est vrai que lorsqu\u2019on entend la musique avant de voir la pochette, on est surpris du visuel ! Ta musique est tout de m\u00eame plut\u00f4t sombre&#8230;<\/strong><br \/> C\u2019est quelque chose dont j\u2019ai du mal \u00e0 sortir, \u00e0 vrai dire. Les musiques d\u2019Europe de l\u2019Est, balkaniques, turques et tziganes, qui sont ma principale influence, ne sont pas fonci\u00e8rement gaies. Mais cette tristesse est plus une forme de sur-sensibilit\u00e9 qu\u2019autre chose, dans des cultures o\u00f9 la moindre occasion de pleurer est bonne \u00e0 prendre. Ce n\u2019est pas du tout une tristesse due \u00e0 un constat d\u2019\u00e9chec. Il n\u2019y a rien de n\u00e9gatif dans ma musique. Au contraire, cette tristesse est source d\u2019inspiration, c\u2019est quelque chose de beau, qui prouve qu\u2019on est vivant, d\u2019une certaine mani\u00e8re. On retrouve beaucoup en Europe de l\u2019Est cette fa\u00e7on de ressentir \u00e0 800% chaque \u00e9motion. Il est vrai aussi que je suis plus int\u00e9ress\u00e9 par les r\u00e9cits et les musiques qui viennent d\u2019une esp\u00e8ce de fracture profonde que par un type qui hurlerait pendant une heure pour dire \u00e0 quel point la vie est belle et combien il est content, m\u00eame si \u00e7a fait aussi du bien de temps en temps. <em>(Rires)<\/em><br \/><br \/> <strong>Tu parlais tout \u00e0 l\u2019heure d\u2019Avishai Cohen\u2026 Comment te situes-tu par rapport \u00e0 la mouvance, qui s\u2019est beaucoup d\u00e9velopp\u00e9e dans ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, des musiciens puisant leur inspiration dans la tradition juive, tels qu\u2019Avishai Cohen ou John Zorn, dans un genre diff\u00e9rent ?<\/strong><br \/> C\u2019est vrai que ces musiques sont en plein essor. En ce qui concerne John Zorn, c\u2019est particulier : s\u2019il a un rapport fort \u00e0 ses origines juives, c\u2019est un cr\u00e9ateur \u00ab\u00a0absolu\u00a0\u00bb. Il peut partir dans toutes les directions et travailler avec n\u2019importe qui. Je ne crois pas qu\u2019il travaille particuli\u00e8rement sa recherche au saxophone, il est surtout travers\u00e9 par quelque chose de naturel. C\u2019est tr\u00e8s compliqu\u00e9 de se situer par rapport \u00e0 John Zorn ou Avishai Cohen. En tout cas, je viens d\u2019abord du classique, puis du klezmer jou\u00e9 de mani\u00e8re traditionnelle. C\u2019est tr\u00e8s important pour moi, mais je commence \u00e0 m\u2019en d\u00e9tacher, et \u00e7a me fait du bien. Dans le m\u00eame temps, j\u2019ai l\u2019impression que toute la culture d\u2019Europe de l\u2019Est n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi pr\u00e9sente en moi que depuis que je suis sur ce projet-l\u00e0 : je n\u2019arr\u00eate pas de travailler les ornements balkaniques, turcs, etc. Ce que j\u2019aime bien dans la comparaison avec Avisha\u00ef Cohen et John Zorn, \u00e0 part le fait d\u2019\u00eatre simplement flatt\u00e9, c\u2019est le fait que ce sont des gens qui ont transcend\u00e9 leurs origines et une forme de culture pour en faire quelque chose de cr\u00e9atif et d\u2019artistique, qui ne rel\u00e8ve ni du mus\u00e9e ni d\u2019une revendication d\u2019influences. \u00c7a fait vraiment partie de leur expression artistique. Et j\u2019ai le sentiment d\u2019en \u00eatre l\u00e0 aussi. Evidemment, si on me disait demain de composer une musique dans laquelle on n\u2019entende rien de juif ou d\u2019Europe de l\u2019Est, j\u2019en serais incapable.<br \/><br \/> <strong>Et si l\u2019on te demande de faire du traditionnel ?<\/strong><br \/> J\u2019en suis capable, mais pas \u00e0 plein temps, parce qu\u2019il me manquerait une dimension, apparue avec <em>Unue<\/em>, d\u2019ouverture et de libert\u00e9. Je ne peux plus m\u2019en passer. J\u2019\u00e9cris pour moi en tant qu\u2019interpr\u00e8te : c\u2019est d\u2019un confort absolu. Je fais attention \u00e0 moi en tant que musicien et en tant qu\u2019instrumentiste. Le klezmer me demande \u00e0 pr\u00e9sent des efforts, m\u00eame physiques, dans lesquels je ne me sens pas totalement \u00ab\u00a0moi-m\u00eame\u00a0\u00bb \u2014 je ne sais pas comment l\u2019exprimer autrement. Aujourd\u2019hui, j\u2019ai un \u00e9quilibre que je rapproche du tai-chi ou du yoga, une totale ad\u00e9quation entre les \u00e9motions que je peux ressentir dans la musique et la capacit\u00e9 de les exprimer \u00e0 la clarinette. C\u2019est un v\u00e9ritable plaisir ! Mes maigres capacit\u00e9s de compositeur et mon talent d\u2019interpr\u00e8te se rejoignent.<br \/><br \/> <strong>Je passe du coq \u00e0 l\u2019\u00e2ne : pourquoi avoir \u00e9crit un \u00ab\u00a0Kaddish for Superman\u00a0\u00bb ? Il est mort ?<\/strong><br \/> C\u2019est une bonne question. O\u00f9 sont pass\u00e9s les super h\u00e9ros ? Autrefois on pouvait citer Gandhi ou Malcolm X, voire J\u00e9sus, \u00e0 la limite. Et aujourd\u2019hui ? Ben Laden ? Non ! Clinton, qui veut sauver la plan\u00e8te apr\u00e8s avoir l\u00e2ch\u00e9 des bombes dans tous les pays du Golfe ? Alors, oui, Superman est mort. Nous sommes dans une soci\u00e9t\u00e9, pardonnez-moi si mes propos sont na\u00effs, o\u00f9 r\u00e8gnent en ma\u00eetre la comp\u00e9tition, la concurrence et l\u2019individualisme, et c\u2019est pour cela que je trouvais important d\u2019intituler mon album <em>With Love<\/em>, m\u00eame si \u00e9videmment \u00e7a peut para\u00eetre ridicule \u2014 mais \u00e7a, \u00e7a ne m\u2019ennuie pas \u2014 et d\u2019\u00e9crire un \u00ab\u00a0Kaddish for Superman\u00a0\u00bb. Qui aujourd\u2019hui peut pr\u00f4ner l\u2019amour sans passer pour un rigolo ou un d\u00e9bile ? Je suis en train de finir les <em>Fragments d\u2019un discours amoureux<\/em> de Barthes et je me retrouve enti\u00e8rement dans les mots de l\u2019introduction, alors qu\u2019ils datent de 1977 : <em>\u00ab La n\u00e9cessit\u00e9 de ce livre tient dans la consid\u00e9ration suivante : que le discours amoureux est aujourd\u2019hui d\u2019une extr\u00eame solitude. Ce discours est peut-\u00eatre parl\u00e9 par des milliers de sujets (qui le sait ?), mais il n\u2019est soutenu par personne ; il est compl\u00e8tement abandonn\u00e9 des langages environnants : ou ignor\u00e9, ou d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9, ou moqu\u00e9 par eux, coup\u00e9 non seulement du pouvoir, mais aussi de ses m\u00e9canismes (sciences, savoirs, arts). Lorsqu\u2019un discours est de la sorte entra\u00een\u00e9 par sa propre force dans la d\u00e9rive de l\u2019inactuel, d\u00e9port\u00e9 hors de toute gr\u00e9garit\u00e9, il ne lui reste plus qu\u2019\u00e0 \u00eatre le lieu, si exigu soit-il, d\u2019une affirmation. Cette affirmation est en somme le sujet du livre qui commence. \u00bb<\/em> Alors qu\u2019on s\u2019attendrait \u00e0 un discours tr\u00e8s \u00ab\u00a0peace and love\u00a0\u00bb \u00e0 cette \u00e9poque, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s pessimiste. Depuis les ann\u00e9es 70, \u00e0 part taper sur les ex-soixante-huitards, on n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 capable de faire grand-chose&#8230; Le \u00ab\u00a0Kaddish for Superman\u00a0\u00bb est \u00e9videmment une m\u00e9taphore, pour dire qu\u2019on manque de Supermen. Notre Superman national, c\u2019est quand m\u00eame Nicolas Sarkozy&#8230;<br \/><br \/> <strong>Ou Julien Coupat ? (<em>Rires)<\/em><\/strong><br \/>Il n\u2019y a plus de Batman, que des Jokers ! M\u00eame si c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 limite de la part de Batman de recruter Robin ! <em>(Rires)<\/em>. La situation est triste. On a tous l\u2019espoir d\u2019un personnage charismatique&#8230;<br \/><br \/> <strong>D\u2019o\u00f9 l\u2019effet Obama\u2026<\/strong><br \/> Exactement ! Et pourtant, qui n\u2019est pas d\u00e9j\u00e0 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 par la situation am\u00e9ricaine ? M\u00eame si c\u2019est beaucoup mieux que sous Bush, quand on voit la guerre en Libye ou ce qu\u2019il n\u2019a pas pu faire dans le domaine de la sant\u00e9&#8230; Au fond, peut-\u00eatre que personne ne veut de Superman ! Le FN fait une perc\u00e9e aux cantonales, et maintenant le grand d\u00e9bat se r\u00e9sume \u00e0 : Marine Le Pen-Sarkozy ou Marine Le Pen-Strauss-Kahn au second tour ? Soupir. C\u2019est loin d\u2019\u00eatre la f\u00eate.  On est tellement d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 qu\u2019on est pr\u00eat \u00e0 aller d\u00e9monter des McDo avec Jos\u00e9 Bov\u00e9, voire avec Nicolas Hulot ! Donc, oui, pour revenir \u00e0 ta question\u2026 un Kaddish. C\u2019est la pri\u00e8re des morts r\u00e9cit\u00e9e par les enfants du disparu. Notre g\u00e9n\u00e9ration est constitu\u00e9e des enfants de Superman : soit nous sommes de futurs super h\u00e9ros \u2014 auquel cas, je suis d\u00e9j\u00e0 grill\u00e9 ! \u2014 soit on en attend un nouveau, mais \u00e7a fait longtemps qu\u2019on attend. On y a vraiment cru, au \u00ab\u00a0Yes we can\u00a0\u00bb d\u2019Obama&#8230; pendant trois mois. <br \/><br \/> <strong>Donc Superman est mort. \u00c7a, c\u2019est r\u00e9gl\u00e9. Et Dieu ?<\/strong><br \/> Cette question est vraiment compliqu\u00e9e. Je lisais r\u00e9cemment un recueil d\u2019entretiens avec Elie Wiesel, qui pose toutes sortes de questions : est-ce que Dieu est mort ? Est-ce qu\u2019il d\u00e9tourne les yeux de temps en temps ? Est-ce qu\u2019il est conscient de tout ce qui se passe ? \u00c7a d\u00e9passe mes comp\u00e9tences. Non, Dieu n\u2019est pas mort. Mais Dieu n\u2019est pas ce qu\u2019on croit <em>(Rires)<\/em>. Si \u00e7a se trouve, il est en train de faire une partie de Playstation avec ses amis, et il va revenir, sauf que \u00e7a dure depuis 1500 ans ! Apr\u00e8s tout, il a droit \u00e0 sa pause, lui aussi. Mais il n\u2019est pas mort. S\u2019il l\u2019\u00e9tait, \u00e7a ne se passerait pas comme \u00e7a.<br \/><br \/> <strong>\u00c7a se passerait comment ?<\/strong><br \/> Va savoir ! Je pense \u00e0 une superbe blague juive, l\u00e9g\u00e8rement hors-sujet mais pas tout \u00e0 fait : Dieu, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 par l\u2019humanit\u00e9, d\u00e9cide un jour qu\u2019il est temps de passer \u00e0 l\u2019Apocalypse. Il appelle donc les principaux chefs d\u2019Etat du monde et le Grand Rabbin Isaac de Berditchev, pour que chacun r\u00e9unisse son peuple et lui explique que la vie s\u2019arr\u00eate l\u00e0. Le Pr\u00e9sident am\u00e9ricain annonce \u00e0 son pays : <em>\u00ab\u00a0J\u2019ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle, c\u2019est que Dieu existe, je lui ai parl\u00e9, et la mauvaise, c\u2019est que dans une semaine, c\u2019est termin\u00e9. Une immense inondation recouvrira la plan\u00e8te et nous finirons tous noy\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em>. Sur ce, les Am\u00e9ricains passent la semaine \u00e0 boire du whisky, \u00e0 faire des partouzes g\u00e9antes et \u00e0 s\u2019entretuer au fusil \u00e0 pompe. Poutine r\u00e9unit les Russes : <em>\u00ab\u00a0J\u2019ai deux mauvaises nouvelles : Dieu existe, je lui ai parl\u00e9 au t\u00e9l\u00e9phone et on va tous mourir\u00a0\u00bb<\/em>. Et l\u00e0, tonneaux de vodka. Enfin, le Grand Rabbin Isaac de Berditchev : <em>\u00ab\u00a0J\u2019ai deux bonnes nouvelles. La premi\u00e8re, c\u2019est qu\u2019on a maintenant la confirmation que Dieu existe. La seconde, c\u2019est qu\u2019il nous reste une semaine pour apprendre \u00e0 vivre sous l\u2019eau<\/em>\u00bb. <em>(Rires)<\/em> <em>A Serious Man<\/em> des Fr\u00e8res Coen parle tr\u00e8s bien de \u00e7a, c\u2019est de l\u00e0 que je tire l\u2019appellation \u00ab\u00a0wonder rabbis\u00a0\u00bb et la r\u00e9f\u00e9rence que je fais dans la BD faisant office de livret : le film est ponctu\u00e9 par les apparitions de trois rabbins myst\u00e9rieux, dont le dernier est un sp\u00e9cialiste de Jefferson Airplane alors qu\u2019il doit avoir 85 ans. Il est impossible de savoir si ce film rec\u00e8le un sens cach\u00e9 et profond ou s\u2019il est juste absurde. J\u2019aime bien ce doute.<br \/><br \/> <strong>C\u2019est donc vous qui avez enti\u00e8rement \u00e9crit la BD ?<\/strong><br \/> Oui, avec toute ma famille entre No\u00ebl et le Jour de l\u2019An, \u00e0 l\u2019heure de l\u2019ap\u00e9ro ! Ce sont tous des intellectuels rigolos : ma s\u0153ur est linguiste, d\u2019o\u00f9 ma r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Gustave Guillaume, un linguiste du d\u00e9but du si\u00e8cle, grand g\u00e9nie m\u00e9connu mais adul\u00e9 par les sp\u00e9cialistes \u00e0 cause d\u2019un livre que personne n\u2019a encore r\u00e9ussi \u00e0 comprendre en entier. Absurde ! Bref, c\u2019est moi qui ai finalis\u00e9 l\u2019\u00e9criture de la BD, \u00e0 partir de dessins qui existaient d\u00e9j\u00e0. Au d\u00e9but je voulais \u00e9crire un sc\u00e9nario qui n\u2019aurait rien eu \u00e0 voir avec les images, puis je me suis rendu compte que \u00e7a fonctionnait mieux quand il y avait un lien, m\u00eame t\u00e9nu, entre textes et dessins. En tout cas, je voulais une sc\u00e8ne de combat, pendant laquelle tout le monde parle philosophie, psychanalyse et linguistique.<br \/><br \/> <strong>Toute la BD vient donc d\u2019un d\u00e9lire d\u2019ap\u00e9ro ?!<\/strong><br \/> Oui, mais l\u2019ap\u00e9ro, c\u2019est s\u00e9rieux ! Chez moi, en tout cas <em>(Rires)<\/em>. J\u2019aurais bien aim\u00e9 faire des sciences, mais je n\u2019avais pas le temps, il fallait que je travaille ma clarinette !<br \/><br \/> <strong>Tu as bifurqu\u00e9 t\u00f4t vers la musique ?<\/strong><br \/> D\u00e8s la classe de sixi\u00e8me, j\u2019\u00e9tais en horaires am\u00e9nag\u00e9s (mi-temps scolaire et mi-temps musique), et \u00e0 partir de la premi\u00e8re, j\u2019ai vraiment privil\u00e9gi\u00e9 la musique. Je n\u2019ai pas pris la fili\u00e8re scientifique expr\u00e8s pour avoir plus de temps ! Mais j\u2019aurais ador\u00e9 faire des maths par exemple. Manuel Peskine en a fait, lui ! Et maintenant, il est clavier chez Yom. Quelle d\u00e9ch\u00e9ance ! <em>(Rires)<\/em>.<br \/><br \/><strong>Tu fais des blagues, aussi, sur sc\u00e8ne ?<\/strong> <br \/> Oui ! Au tout d\u00e9but, sur <em>New King of Klezmer Clarinet<\/em> (avant le disque, sur le spectacle qu\u2019on a beaucoup jou\u00e9 au Tambour Royal), c\u2019\u00e9tait carr\u00e9ment un <em>one man show<\/em>. Il y avait autant de paroles que de musique. Maintenant, je me suis calm\u00e9, mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, ce n\u2019\u00e9tait pas une blague que je racontais&#8230; ! C\u2019est d\u2019ailleurs quelque chose de tr\u00e8s partag\u00e9, les jazzmen en g\u00e9n\u00e9ral sont friands de blagues ! <br \/><br \/><em>(en collaboration avec Rapha\u00eblle Tchamitchian de Citizen Jazz)<\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019occasion de la sortie de With Love, road trip psych\u00e9d\u00e9lique qui emprunte autant \u00e0&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":21568,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[4],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21567"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=21567"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21567\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/21568"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=21567"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=21567"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=21567"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}