{"id":21478,"date":"2007-10-20T00:00:00","date_gmt":"2007-10-19T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/e4aa7ca46911b7e299ee8dbae00d9585_XL.jpg"},"modified":"2007-10-20T00:00:00","modified_gmt":"2007-10-19T22:00:00","slug":"21478","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2007\/10\/20\/21478\/","title":{"rendered":"D. Palomo Vinuesa &#8211; D. Palomo Vinuesa"},"content":{"rendered":"<table width=\"100%\" border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tr>\n<td class=\"tablecentre\">\n<h1>ENTRETIEN : DANIEL PALOMO VINUESA<\/h1>\n<table width=\"100%\" border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tr>\n<td width=\"50%\" valign=\"top\"><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/int_palomo_main.jpg\" width=\"220\" height=\"150\" border=\"1\"><\/td>\n<td width=\"3%\" valign=\"top\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"47%\" valign=\"top\" class=\"maintext\">              <b>Origine :<\/b> France<br \/> <b>Style :<\/b> \u00c9lectro\/ jazz \/progressif<br \/> <b>Composition :<\/b> <br \/> Daniel Palomo Vinuesa &#8211; saxophones baryton, alto, soprano, tin wistle, sax midi, percussion, programmation orion platinum<br \/> Pascal Dalmasso &#8211;  guitares<br \/> David Fenech &#8211; voix<br \/> Franck Marguin &#8211; voix<br \/>  Geoffroy Montel &#8211; electronique, soundscape<br \/> Christofer Bjurstrom  &#8211; piano, flute, accord\u00e9on<br \/> Gerard Bouquin &#8211; contrebasse, basse \u00e9lectrique<br \/> Fran\u00e7ois Malet &#8211; percussions, d&rsquo;jemb\u00e9, udu, cuica, timbales<br \/> Stefano Cavazzini &#8211; batterie, timbales, voix<br \/> Elian Dalmasso &#8211; percussions<br \/> <b>Dernier album :<\/b> <i>L&rsquo;Homme Approximatif<\/i> (2006)                   <\/span>            <\/td>\n<\/tr>\n<\/table>\n<p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"> <b>Parce que son talent a parl\u00e9 pour lui, le prestigieux label Signature de Radio France a laiss\u00e9 carte blanche \u00e0 Daniel Palomo Vinuesa. Celui-ci a saisi cette formidable opportunit\u00e9 pour concevoir un album majeur, tant sur la forme que sur le fond. Daniel Palomo Vinuesa est un musicien passionnant et passionn\u00e9, presque \u00ab&nbsp;total&nbsp;\u00bb et, en entretien, une chose est certaine, il n\u2019a rien d\u2019un homme approximatif mais ressemble beaucoup \u00e0 son art : chaleureux, complexe et (tr\u00e8s) coh\u00e9rent !<\/b><\/p>\n<p>   <b>Progressia : Ta musique est atypique, ton parcours de musicien l\u2019est-il \u00e9galement ?<br \/> Daniel Palomo Vinuesa :<\/b> Certainement. J\u2019ai commenc\u00e9 la musique en autodidacte \u00e0 l\u2019\u00e2ge de dix-sept ans. \u00c0 cette \u00e9poque, j\u2019\u00e9coutais Soft Machine, King Crimson, Zappa, pas mal de groupes de progressif, de psych\u00e9d\u00e9lique comme Pink Floyd et de Kraut-rock, surtout Can et Kraftwerk. J\u2019aimais bien aussi les Beatles et les Who. Mais, d\u00e8s le d\u00e9but, j\u2019\u00e9tais tiraill\u00e9 entre plusieurs directions musicales. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, j\u2019\u00e9tais attir\u00e9 par l\u2019instrument, le saxophone en l&rsquo;occurence que j\u2019ai choisi parce que tous mes potes jouaient de la guitare. \u00c7a m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 \u00e9couter de plus en plus de jazz, surtout de cette p\u00e9riode charni\u00e8re qui va de 1955 \u00e0 1965, c\u2019est-\u00e0-dire de la fin du be-bop jusqu\u2019au free-jazz, de Charlie Parker \u00e0 John Coltrane et Ornette Coleman. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, j\u2019\u00e9tais attir\u00e9 par l\u2019univers du studio, de l\u2019enregistrement, du <i>rerecording<\/i>, de la bidouille et des sons \u00e9lectroniques.<\/p>\n<p>  <b>Et ensuite ? <\/b><br \/> Ensuite je me suis mis \u00e0 jouer dans toutes sortes de groupes de rock. Mais de fil en aiguille, j\u2019ai fini par me mettre au jazz en tant qu&rsquo;instrumentiste. J\u2019ai d\u00e9couvert que ce qui est merveilleux et flippant avec le jazz, c\u2019est que l\u2019on peut trouver rapidement son niveau maximal de difficult\u00e9 et qu&rsquo;il ne cesse de remonter au fur et \u00e0 mesure que l\u2019on pratique ; en gros il y a toujours mati\u00e8re \u00e0 travailler l&rsquo;instrument, c&rsquo;est sans fin. Alors que dans le rock, quand on a trouv\u00e9 son style, l\u2019\u00e9volution est plus limit\u00e9e. Il ne s&rsquo;agit pas l\u00e0 d&rsquo;un jugement de valeur, je pense m\u00eame que pour l&rsquo;auditeur, cet appel permanent vers la virtuosit\u00e9 peut \u00eatre parfaitement st\u00e9rile et ennuyeux. Pendant ce temps, j\u2019ai continu\u00e9 \u00e0 approfondir les techniques de studio avec un magn\u00e9tophone, un huit pistes \u00e0 bandes, et je me suis int\u00e9ress\u00e9 au travail de production de gens comme Eno, Bob Ezrin, Todd Rundgren, George Martin, Phil Spector&#8230; \u00c0 partir du milieu des ann\u00e9es quatre-vingt-dix j\u2019ai cess\u00e9 de m\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019aspect purement instrumental et sc\u00e9nique de ma musique. Je me suis concentr\u00e9 sur l&rsquo;enregistrement et la cr\u00e9ation avec des machines. La sc\u00e8ne jazz \u00e9tait ferm\u00e9e et,  en termes \u00e9conomiques, c\u2019\u00e9tait absolument invivable. On \u00e9tait toujours \u00e0 cavaler apr\u00e8s une date ou un musicien ! C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9courageant&#8230; En plus, dans mes autres projets, notamment les cin\u00e9-concerts avec Christofer Bjurtrom, j\u2019avais mon compte de contact avec le public, je n&rsquo;\u00e9tais donc pas frustr\u00e9 de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0. En plus, c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que la technologie m&rsquo;a rattrap\u00e9. Tout ce qui n&rsquo;\u00e9tait faisable que gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019utilisation de mat\u00e9riels lourds et co\u00fbteux, finalement, l\u2019ordinateur l\u2019a progressivement d\u00e9mocratis\u00e9. On allait enfin quitter le domaine \u00ab&nbsp;industriel&nbsp;\u00bb pour rentrer dans le celui de l\u2019artisanat. N\u2019importe quelle id\u00e9e pouvait \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9e \u00e0 la maison dans un home-studio et grav\u00e9 sur un support (le CD-R) quasiment identique au standard du march\u00e9. Cela m\u2019a fascin\u00e9. J\u2019ai pu ainsi concilier les deux points sur lesquels j\u2019avais travaill\u00e9 pendant toutes ces ann\u00e9es : \u00eatre un instrumentiste potable et proposer une musique enregistr\u00e9e qui utilise la technologie comme instrument de cr\u00e9ation et pas seulement comme outil pour fixer les choses.<\/p>\n<p>  <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/int_palomo_2.jpg\" width=\"126\" height=\"190\" align=\"right\" border=\"1\"><b><i>L\u2019Homme Approximatif<\/i> est sorti sur le label Signature de France Musique. Comment s\u2019est cr\u00e9\u00e9e cette opportunit\u00e9 ? <\/b><br \/> Aujourd\u2019hui encore, ma notori\u00e9t\u00e9 dans le monde de la musique est proche de z\u00e9ro. Depuis 1994, je travaille en tant que musicien professionnel dans le domaine assez obscur du cin\u00e9ma-concert. J\u2019accompagne des films muets projet\u00e9s sur \u00e9cran avec le pianiste et compositeur Christofer Bjurstr\u00f6m. En 1997, j\u2019ai fait la rencontre de mon ami Stefano Cavazzini qui travaillait avec un chanteur qui n\u2019\u00e9tait vraiment pas \u00e0 la hauteur de son propre projet. Au lieu de perdre notre temps avec lui, on s\u2019est dit qu\u2019il fallait tenter un truc ensemble sur le concept d\u2019un disque studio. \u00c7a nous a demand\u00e9 deux ans. L\u2019album s\u2019appelle <i>Y a-t-il de la Vie sur Terre ?<\/i> sign\u00e9 par le duo Serendipity. Mais, m\u00eame s\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s abouti et au niveau des standards qualitatifs du moment, ceux \u00e0 qui nous l\u2019avons envoy\u00e9 nous ont dit qu&rsquo;il ne correspondait pas \u00e0 leur label. On l\u2019a donc fait parvenir \u00e0 des radios, notamment \u00e0 l\u2019\u00e9mission <i>Tapage Nocturne<\/i> de Radio France. C\u2019\u00e9tait un programme que j\u2019appr\u00e9ciais beaucoup parce qu&rsquo;on pouvait y entendre des tas de choses tr\u00e8s diff\u00e9rentes. \u00c0 ma grande surprise, Bruno Letort, que je ne remercierai jamais assez, m\u2019a rappel\u00e9 et a consacr\u00e9 quarante minutes d\u2019\u00e9mission \u00e0 parler de ce disque dont personne ne voulait !\u2026 Ensuite, j\u2019ai attaqu\u00e9 un deuxi\u00e8me album en solo, <i>Le Projet Flou<\/i>, que je voulais plus \u00e9lectronique et qui me permettait de savoir jusqu\u2019o\u00f9 je pouvais aller dans l\u2019utilisation du studio. \u00c7a m\u2019a pris deux ans, de 2000 \u00e0 2002. Je l\u2019ai aussi envoy\u00e9 \u00e0 Bruno Letort qui, deux mois plus tard, m\u2019a demand\u00e9 de faire un disque pour son Label, Signature. C\u2019\u00e9tait un incroyable cadeau ! De 2002 \u00e0 2006 le disque est pass\u00e9 par diff\u00e9rentes \u00e9preuves mais a r\u00e9ussi \u00e0 sortir. Je dois dire que j\u2019ai eu une libert\u00e9 de cr\u00e9ation totale et que les moyens techniques qui m\u2019ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 sont all\u00e9s bien au-del\u00e0 de tout ce que j\u2019avais esp\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>  <b>C\u2019est un album marquant par sa richesse et son ambition. Dans quel \u00e9tat d\u2019esprit l\u2019as-tu con\u00e7u ?<\/b><br \/> Il y a une chose importante dans ce disque, c\u2019est la notion de dur\u00e9e. Sinon, la premi\u00e8re id\u00e9e que j\u2019ai eue \u00e9tait de voir comment je pouvais utiliser de vrais instruments et les m\u00ealer \u00e0 une palette de sons \u00e9lectroniques. Je voulais que le m\u00e9lange soit parfaitement coh\u00e9rent. C\u2019est ce que Radio France a rendu possible. \u00c9videmment, ce possible \u00e9tait avant tout d\u2019ordre technique. Je savais aussi que l\u2019occasion de pouvoir enregistrer un piano \u00e0 queue, par exemple, ne se repr\u00e9senterait pas de sit\u00f4t. Mais il y a un autre aspect important, plus conceptuel. J\u2019avais commenc\u00e9 \u00e0 travailler \u00e0 toute une s\u00e9rie de morceaux qui portaient des noms scientifiques. C\u2019est \u00e9vident, \u00e7a a eu une grosse influence sur le projet.<\/p>\n<p>  <b>C\u2019est vrai que les math\u00e9matiques sont tr\u00e8s pr\u00e9sentes dans l\u2019album ! <\/b><br \/> On n\u2019est tout de m\u00eame pas chez Boulez ! Mais bon\u2026 de toute fa\u00e7on la musique c\u2019est en partie des math\u00e9matiques. M\u00eame quand ce sont les Clash qui jouent (je tiens a pr\u00e9ciser que j&rsquo;adore les Clash). On a d\u2019ailleurs montr\u00e9 que les zones du cerveau qui servent \u00e0 faire de la musique et celle des math\u00e9matiques \u00e9taient tr\u00e8s proches. Bref, un musicien, c\u2019est souvent un math\u00e9maticien qui s\u2019ignore.<\/p>\n<p>  <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/int_palomo_3.jpg\" width=\"190\" height=\"127\" align=\"left\" border=\"1\"><b><i>L\u2019Homme Approximatif<\/i> fonctionne vraiment comme un tout dont il est difficile d\u2019extraire une partie. <\/b><br \/> Si je pense savoir \u00ab&nbsp;fabriquer&nbsp;\u00bb de la musique, mais ce qui me touche,  c\u2019est l\u2019au-del\u00e0 de la fabrication. Je voulais faire passer l\u2019auditeur par une s\u00e9rie de sentiments, d&rsquo;impressions, un contenu \u00e9motionnel direct qui soit en \u00e9quilibre entre une construction intellectuelle et quelque chose de tr\u00e8s humain. C\u2019est un premier liant. L\u2019id\u00e9e des math\u00e9matiques m\u2019a aussi guid\u00e9. Chaque morceau a sa petite combine. La plus \u00e9vidente c\u2019est celle de \u00ab&nbsp;Pythagore&nbsp;\u00bb qui contient une grosse artillerie math\u00e9matique\u2026 m\u00eame si elle est de niveau CM2 !! <i>(rires)<\/i>. Mais, pour l\u2019album, ce qui \u00e9tait clair pour moi d\u00e8s le d\u00e9but, c\u2019est que je voulais partir calme et finir dans l\u2019apocalypse. J\u2019avais en t\u00eate ces deux p\u00f4les et je voulais qu\u2019entre, il n\u2019y ait aucune lin\u00e9arit\u00e9 mais quand-m\u00eame une certaine logique.<\/p>\n<p>  <b>Justement, \u00ab&nbsp;Poincar\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00e0 la fin de l\u2019album, est un tr\u00e8s grand moment de musique.<\/b><br \/> Ce morceau-l\u00e0 c\u2019\u00e9tait le final auquel j\u2019avais pens\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t dans la conception du disque. C\u2019est l\u2019exag\u00e9ration totale du principe tension-d\u00e9tente. Poincar\u00e9 est un des premiers scientifiques qui a th\u00e9oris\u00e9 sur le chaos et l\u2019entropie, ce qui m\u2019a inspir\u00e9. J\u2019ai fait suivre un chaos \u00e0 un autre. Apr\u00e8s un long ralentissement, on passe de l\u2019entropie au rien !<\/p>\n<p>  <b>Ce qui est remarquable dans ton disque, c\u2019est que les instruments num\u00e9riques sonnent comme des instruments acoustiques.<\/b><br \/> C\u2019est ce que j\u2019ai essay\u00e9 de faire. Il doit y avoir de la mati\u00e8re et une complexit\u00e9 dans les textures \u00e9lectroniques. J\u2019aime bien, qu&rsquo;\u00e0 certains moments, on puisse se poser les questions : \u00ab&nbsp;C&rsquo;est qui ? C&rsquo;est quoi ?!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>  <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/int_palomo_4.jpg\" width=\"190\" height=\"127\" align=\"right\" border=\"1\"><b>Il y a un \u00e9cueil dans lequel tombent r\u00e9guli\u00e8rement les musiciens modernes, ou ceux qui cherchent \u00e0 \u00eatre per\u00e7us comme tels, c\u2019est de donner dans une noirceur souvent excessive. Ce n\u2019est pas le cas de ta musique. <\/b><br \/> Ma musique ce n\u2019est pas une douleur, j\u2019y place en son centre l\u2019amour, l&rsquo;humour et l\u2019ironie. Je ne suis pas quelqu\u2019un de toujours optimiste mais faire de la musique m\u2019amuse. Quant \u00e0 la noirceur et au monochrome, ce sont deux choses que j&rsquo;essaye d\u2019\u00e9viter, mais pas syst\u00e9matiquement, \u00e7a fait partie du possible. Bien s\u00fbr, je peux en placer de temps en temps, mais, ce que j\u2019aime avant tout, c\u2019est lorsqu&rsquo; on peut passer par diff\u00e9rents sentiments.<\/p>\n<p>  <b>Quels sont les musiques et musiciens qui t\u2019ont influenc\u00e9 ? <\/b><br \/> Mes amis musiciens constituent une influence importante. Sinon, j\u2019ai mis sur mon site une liste tr\u00e8s longue de tout ce que j\u2019ai \u00e9cout\u00e9 consciemment depuis le d\u00e9but. L\u2019\u00e9cole de Canterbury (Wyatt, Soft Machine&#8230;), Henry Cow, Fred Frith, King Crimson, Robert Fripp, Brian Eno, une partie du Kraut-rock comme Can, Kraftwerk. Toutes ces musiques des ann\u00e9es soixante\/soixante-dix. Hendrix, Zappa et le Captain Beefheart sont fondamentaux pour moi. Il y a bien s\u00fbr Brian Wilson et les Beatles qui sont \u00e0 l\u2019origine de compositions qui allient sophistication et ambition dans un contexte pop. Le jazz m\u2019a \u00e9galement influenc\u00e9, celui de Weather Report, Miles Davis, John Coltrane, Eric Dolphy, Ornette Coleman et Anthony Braxton. La musique classique du vingti\u00e8me si\u00e8cle : Ravel, Stravinsky, Bartok, Satie&#8230; celle dod\u00e9caphonique s\u00e9rielle de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle m\u2019ennuie assez vite, mais Berg, Webern, \u00e7a m\u2019a vraiment ouvert l\u2019oreille. La musique \u00e9lectronique comme Aphex Twin, Autechre, Mouse on Mars. Tout un pan de la pop, des artistes comme Kate Bush, Talking Head, XTC, Radiohead ou Bj\u00f6rk qui concilie l\u2019inconciliable et qui en remontrerait dans le domaine de la recherche \u00e0 certains musiciens \u00e9litistes et pr\u00e9tentieux, d\u2019autant plus qu\u2019ils le font en gardant une connexion avec un public nombreux. Les bandes originales de films m&rsquo;ont aussi beaucoup influenc\u00e9, je pense particuli\u00e8rement \u00e0 Ennio Morricone et Nino Rota. Je pourrais aussi parler des musiques du monde sans exclusive&#8230; les musiques concr\u00e8tes et \u00e9lectroacoustique m&rsquo;ont aussi pas mal inspir\u00e9, mais plus au niveau du concept ; je dirais pareil pour John Cage. Enfin, je suis compl\u00e8tement fascin\u00e9 par ce que fait Steve Reich. Ces derniers temps, j\u2019ai vraiment flash\u00e9 sur Sleepytime Gorilla Museum que je trouve fabuleux. J\u2019aime particuli\u00e8rement le travail de Carla Kihlstedt avec et en dehors de Sleepytime.<\/p>\n<p>  <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/int_palomo_5.jpg\" width=\"190\" height=\"127\" align=\"left\" border=\"1\"><b>Qu\u2019est ce qu&rsquo;un bon musicien pour toi ? <\/b><br \/> Pour moi, \u00e7a se joue au coup par coup. Un bon musicien peut \u00eatre mauvais dans certaines circonstances. N\u2019importe qui peut arriver \u00e0 n\u2019importe quel moment, virer toutes les r\u00e8gles et \u00eatre plus int\u00e9ressant que ceux qui les respectent. Un mauvais musicien est quelqu&rsquo;un qui joue toujours au mauvais moment. J\u2019ai beaucoup appris de Talk Talk par exemple, quand ils ont sorti <i>Spirit of Eden<\/i> et <i>Laughing Stock<\/i> dans lesquels ils ont cette fa\u00e7on de revenir vers une forme de simplicit\u00e9 vraiment hallucinante qui finit par les rapprocher de Debussy ou de Gil Evans.<\/p>\n<p>  <b>Comment con\u00e7ois-tu la sc\u00e8ne par rapport \u00e0 ta musique ? <\/b><br \/> Comme un probl\u00e8me ! <i>(rires)<\/i> Cette musique n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e du tout pour la sc\u00e8ne. Les compositions faites pour le disque devraient honn\u00eatement faire l\u2019impasse de la sc\u00e8ne. Dans le contexte actuel, les gens ont du mal \u00e0 consid\u00e9rer le disque comme \u00e9tant quelque chose de suffisant. Il est cens\u00e9 proposer le concert et inversement. Mais, pour moi, ce sont deux choses diff\u00e9rentes, un peu comme le th\u00e9\u00e2tre et le cin\u00e9ma. Mon probl\u00e8me est qu&rsquo;il est difficile de promouvoir sa musique sans la jouer sur sc\u00e8ne. Heureusement que pour France Musique, l&rsquo;enjeu n\u2019\u00e9tait pas dans les ventes\u2026<\/p>\n<p>  <b>\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 certains tentent de nuancer l\u2019apport qualitatif de la r\u00e9volution Internet, comment vois-tu cette r\u00e9volution du point de vue du musicien ? <\/b><br \/> Du point de vue de la diffusion l\u2019Internet met toute la production musicale sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9. Du coup, la position du \u201cmusicien pro\u201d devient d\u00e9licate. Il est de plus en plus difficile de tenir la position de vendre sa musique : pourquoi demander de l\u2019argent si d\u2019autres, talentueux, proposent tout gratuitement ? Moi-m\u00eame j\u2019ai un disque <i>Le Projet Flou<\/i> en libre t\u00e9l\u00e9chargement sur Internet, qui se diffuse mieux que celui qui est en vente. Est-ce li\u00e9 \u00e0 une diff\u00e9rence qualitative ? Ce n\u2019est pas \u00e0 moi de le dire. Contrairement \u00e0 ce que dit l\u2019industrie du disque qui pr\u00e9sente l\u2019Internet comme le tueur de la cr\u00e9ation musicale, on se rend compte que, qualitativement, l\u2019offre est hallucinante. On est m\u00eame \u00e0 la limite du trop plein et \u00e7a met l\u2019auditeur, m\u00eame exigeant, dans une situation de zapping. Je crois que les gens picorent \u00e9norm\u00e9ment et n\u2019\u00e9coutent plus leurs disques comme avant. Je vais parler comme un vieux, mais, lorsque j\u2019\u00e9tais jeune, quand on achetait un disque, on l\u2019\u00e9coutait: une fois, deux fois, trois fois, parce qu&rsquo;il nous avait co\u00fbt\u00e9 de l&rsquo;argent&#8230;. ainsi, on se rendait compte que c&rsquo;\u00e9tait parfois n\u00e9cessaire pour pouvoir rentrer enfin dans un album et saisir \u00ab&nbsp;le truc&nbsp;\u00bb ; cette insistance \u00e9tait largement r\u00e9compens\u00e9e. Maintenant, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que l&rsquo; on se donne de moins en moins l\u2019ambition d\u2019\u00e9couter plusieurs fois un album en entier si on n&rsquo;est pas s\u00e9duit de prime abord. Cela vaut m\u00eame pour les gens les plus curieux. Apr\u00e8s avoir honteusement t\u00e9l\u00e9charg\u00e9 des musiques avec un sentiment de curiosit\u00e9, d&rsquo;urgence et d&rsquo;impatience, il m\u2019est arriv\u00e9 de m\u2019apercevoir au bout d\u2019un certain temps qu&rsquo;elles \u00e9taient rest\u00e9\u00e9s des mois sur mon disque dur, sans que je ne les aie jamais \u00e9cout\u00e9es. Je vois \u00e9galement un autre d\u00e9faut, c\u2019est que la musique se dirige vers des dur\u00e9es courtes qui correspondent \u00e0 la mani\u00e8re de \u201cconsommer\u201d sur Internet. Du coup, le format album est entr\u00e9 en d\u00e9su\u00e9tude. C\u2019est dommage. Cela dit, je pr\u00e9cise que je suis pour l\u2019Internet, l\u2019aspect n\u00e9gatif \u00e9tant largement compens\u00e9 par l\u2019aspect positif.<\/p>\n<p>  <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/int_palomo_6.jpg\" width=\"190\" height=\"127\" align=\"right\" border=\"1\"><b>Quels sont tes projets ? <\/b><br \/> Ce disque m\u2019a pris quatre ann\u00e9es. Du coup, par rapport \u00e0 la musique enregistr\u00e9e je suis gav\u00e9 ! J\u2019ai donc envie de faire autre chose, de revenir au <i>live<\/i>, de travailler avec d\u2019autres gens sur d\u2019autres projets. de me mettre au service de mes amis. Je vais aussi continuer les cin\u00e9-concerts avec Christofer Bj\u00fcrstrom en y int\u00e9grant l&rsquo;\u00e9lectronique. Nous venons de cr\u00e9er une musique sur \u00ab&nbsp;Docteur Jekyll et Mister Hyde&nbsp;\u00bb et sur \u00ab&nbsp;Les mains d&rsquo;Orlac&nbsp;\u00bb, deux films des ann\u00e9es vingt. Dans le prolongement du disque, je travaille avec mon ami Pascal Dalmasso sur un projet <i>live<\/i> utilisant l\u2019\u00e9lectronique, certains proc\u00e9d\u00e9s et l&rsquo;esprit du disque,  mais ne visant absolument pas \u00e0 le recr\u00e9er. Je travaille aussi avec Vincenzo Grosso, dont je suis en train de devenir le partenaire pour la sc\u00e8ne. Il y a une couleur tr\u00e8s particuli\u00e8re dans sa musique, qui me pla\u00eet. Un peu plus tard, je pense aussi faire un album de chansons o\u00f9 la musique mettra syst\u00e9matiquement un texte en valeur\u2026 une sorte de disque pop.<\/p>\n<p align=\"right\" class=\"dateconcert\"><strong>Propos recueillis par Christophe Manh\u00e8s<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\" class=\"dateconcert\"><strong><a href=\"http:\/\/http:\/\/www.chromatique.net\/index.php?option=com_k2&#038;view=itemlist&#038;layout=category&#038;task=category&#038;id=2&#038;Itemid=4\"><font color=\"#CA0B4E\"><font color=\"#157175\">retour          au sommaire<\/font><\/font><\/a><\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ENTRETIEN : DANIEL PALOMO VINUESA &nbsp; Origine : France Style : \u00c9lectro\/ jazz \/progressif Composition&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":21479,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[4],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21478"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=21478"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21478\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/21479"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=21478"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=21478"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=21478"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}