{"id":21068,"date":"2008-01-20T00:00:00","date_gmt":"2008-01-19T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/4e5f68ccd7846cf4261b9c1f918993e3_XL.jpg"},"modified":"2008-01-20T00:00:00","modified_gmt":"2008-01-19T22:00:00","slug":"21068","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2008\/01\/20\/21068\/","title":{"rendered":"Familha Artus &#8211; Familha Artus"},"content":{"rendered":"<table width=\"100%\" border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tr>\n<td class=\"tablecentre\">\n<h1>ENTRETIEN : FAMILHA ARTUS<\/h1>\n<table width=\"100%\" border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tr>\n<td width=\"50%\" valign=\"top\"><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/int_artus_main.jpg\" width=\"220\" height=\"150\" border=\"1\"><\/td>\n<td width=\"3%\" valign=\"top\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"47%\" valign=\"top\" class=\"maintext\">              <b>Origine :<\/b> France<br \/> <b>Style :<\/b> Cosmotrad radical de Gascogne<br \/> <b>Dernier album :<\/b> <i>Orb<\/i> (2007)                    <\/span>            <\/td>\n<\/tr>\n<\/table>\n<p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"> <b>Jeune formation des alentours de Pau, la Familha Artus propose, avec <i>Orb<\/i>, son second album, une production pour le moins originale, m\u00ealant avec audace les musiques traditionnelles de Gascogne \u00e0 l\u2019esprit aventureux des musiques progressives, sans d\u00e9daigner non plus des territoires \u00e9lectroniques. Voil\u00e0 qui m\u00e9ritait approfondissement ; le groupe s\u2019est pr\u00eat\u00e9 \u00e0 l\u2019exercice de l\u2019entretien en proposant quelques cl\u00e9s pour mieux p\u00e9n\u00e9trer son univers particulier. <\/b><\/p>\n<p> <b>Progressia : Commen\u00e7ons par une petite pr\u00e9sentation : pouvez-vous nous en dire plus sur vos origines, votre parcours, les membres qui composent le groupe aujourd\u2019hui ?<br \/> Familha Artus :<\/b>Il existe depuis 2001 mais le <i>line up<\/i> a \u00e9volu\u00e9. Malgr\u00e9 un fond identique &#8211; notre travail sur le r\u00e9pertoire tribal gascon &#8211; la forme actuelle est plus radicale. Le projet \u00e9volue logiquement, en fonction et avec les individus qui le composent et le fa\u00e7onnent. Actuellement, le groupe se compose de Roman Baudoin, vielleux, titulaire d\u2019un DE <i>(Ndlr : le terme DE d\u00e9signe le \u00ab&nbsp;dipl\u00f4me d\u2019Etat&nbsp;\u00bb, permettant d\u2019enseigner dans les conservatoires)<\/i> de musique traditionnelle mais sa formation initiale est plus \u00e0 chercher du c\u00f4t\u00e9 des musiques actuelles (rock progressif, alternatif, metal&#8230;), Mat\u00e8u Baudoin, chanteur traditionnel, joueur de fl\u00fbte \u00e0 trois trous et tambourin \u00e0 cordes, \u00e9galement titulaire du m\u00eame DE, Tom\u00e0s Baudoin, chanteur traditionnel et joueur de Boha (cornemuse des Landes) qui a suivi une formation \u00ab&nbsp;traditionnelle&nbsp;\u00bb par impr\u00e9gnation directe. Ces trois-l\u00e0 sont issus de la m\u00eame \u00ab&nbsp;familha&nbsp;\u00bb qui leur a transmis le r\u00e9pertoire traditionnel gascon, fondement de la musique de Familha Artus. S\u2019y ajoutent Romain Colautti, dit \u00ab&nbsp;Pairbon&nbsp;\u00bb, bassiste et batteur, titulaire d&rsquo;un DEM de musique actuelle et de jazz <i>(Ndlr : le DEM, dipl\u00f4me d\u2019Etudes musicales est le plus haut dipl\u00f4me d\u00e9livr\u00e9 par les conservatoires en France, il correspond \u00e0 ce qu\u2019on appelait auparavant le \u00ab&nbsp;prix&nbsp;\u00bb)<\/i>, et Nicolas Godin, \u00e9lectro-acousticien et batteur  avec un parcours punk-rock qui a d\u00e9riv\u00e9 peu \u00e0 peu vers l&rsquo;\u00e9lectro-acoustique. Nous sommes tous plus ou moins polyinstrumentistes et touche-\u00e0-tout en MAO.<\/p>\n<p>  Derri\u00e8re les manettes, nous avons Yannick Pr\u00e9vost au son et Olivier Granger \u00e0 la lumi\u00e8re, et tous, \u00e0 l&rsquo;exception de Nicolas qui est sur Agen, vivons pr\u00e8s de Pau. Nous avons tous particip\u00e9 \u00e0 de nombreux projets, comme ZAAR en ce qui concerne Roman et Pairbon mais actuellement, nous essayons de nous concentrer un maximum sur Artus pour canaliser nos \u00e9nergies. Le groupe a deux albums \u00e0 son actif, <i>\u00d2mi<\/i>, sorti en 2003 et <i>\u00d2rb<\/i>, sorti fin 2007, sans compter un CD maxi que nous avons produit entre les deux.<\/p>\n<p>  <b>D\u2019o\u00f9 vient le nom du groupe ? Le terme de \u00ab&nbsp;famille&nbsp;\u00bb semble renvoyer \u00e0 votre fonctionnement, avec un groupe manifestement tr\u00e8s soud\u00e9. Mais y a-t-il un autre sens ?<\/b><br \/> Il est vrai que nous voulions un terme collectif fort, qui refl\u00e8te notre \u00e9tat d&rsquo;esprit. La famille en est un. On dit que l&rsquo;on ne choisit pas sa famille mais ses amis. Nous, nous avons choisi nos amis, et nous en avons fait une famille&#8230; Notre aventure est avant tout humaine, notre mode de fonctionnement le prouve. Quant \u00e0 \u00ab&nbsp;Artus&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est la contraction en gascon d&rsquo;<i>\u00ab&nbsp;article dus&nbsp;\u00bb<\/i>. Cela fait allusion \u00e0 l&rsquo;article deux de la Constitution fran\u00e7aise, qui \u00e9nonce que la seule langue ayant droit de cit\u00e9 sur le territoire national est la langue fran\u00e7aise, autrement dit, qui b\u00e2tit une civilisation sur l&rsquo;effacement des diff\u00e9rences, l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9isation des cultures, la n\u00e9gation des particularismes pour forcer l&rsquo;unit\u00e9 ; en gros, qui confond \u00ab&nbsp;unit\u00e9&nbsp;\u00bb avec \u00ab&nbsp;unicit\u00e9&nbsp;\u00bb. Ce syst\u00e8me, on peut le retrouver maintenant au niveau mondial avec la \u00ab&nbsp;globalisation&nbsp;\u00bb. Notre nom est une fa\u00e7on de dire \u00ab&nbsp;qu&rsquo;il faut de tout pour faire un monde&nbsp;\u00bb, que chaque diff\u00e9rence est importante pour constituer une notion universelle et que ce que nous faisons s&rsquo;y inscrit.<\/p>\n<p>  <b>Passons ensuite \u00e0 votre musique : comment la d\u00e9cririez-vous \u00e0 quelqu\u2019un qui n\u2019en a jamais entendu une note ?<\/b><br \/> Elle est \u00e0 la fois d\u00e9routante et famili\u00e8re. D\u00e9routante, car les sonorit\u00e9s et les timbres sont difficilement identifiables au premier abord. Famili\u00e8re car ils font \u00e9cho \u00e0 d&rsquo;autres que tout le monde a pu entendre \u00e0 l&rsquo;occasion, et font partie de notre patrimoine. Combien de fois nous a-t-on dit que notre oeuvre avait des accents celtes, br\u00e9siliens, arabes, \u00e9lectro, que nous chantions en corse ou en on ne sait quoi d&rsquo;autre&#8230; Certains nous classent dans les musiques traditionnelles voire m\u00eame \u00ab&nbsp;musiques du monde&nbsp;\u00bb (par d\u00e9faut, c&rsquo;est d\u2019ailleurs souvent dans les rayons de cette cat\u00e9gorie que se retrouvent nos albums). D&rsquo;autres nous raccrochent au rock progressif ou au rock tout court. Plut\u00f4t que de donner une description, nous pr\u00e9f\u00e9rons que les gens nous \u00e9coutent  pour qu\u2019ils se fassent eux-m\u00eames leur avis et nous en parlent&#8230; Car si nous disons simplement que ce que nous jouons est issu du r\u00e9pertoire ethnique gascon confront\u00e9 aux musiques amplifi\u00e9es, \u00e7a ne parlera pas \u00e0 la majorit\u00e9 des lecteurs de cet article.<\/p>\n<p>  <b>Vous utilisez l\u2019\u00e9tiquette \u00ab&nbsp;sur mesure&nbsp;\u00bb de \u00ab&nbsp;cosmo-trad&nbsp;\u00bb, accompagn\u00e9e du sous-titre \u00ab&nbsp;musique radicale de Gascogne&nbsp;\u00bb. Que tout cela signifie-t-il ? <\/b><br \/> Cela vient du besoin de se d\u00e9finir au milieu de milliers d&rsquo;autres \u00e9tiquettes us\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 la corde et d&rsquo;interpeller sur ce que nous faisons. C&rsquo;est tr\u00e8s courant chez les groupes qui tentent de d\u00e9montrer leur originalit\u00e9&#8230; ce qui du coup n&rsquo;est pas tr\u00e8s original vu que tout le monde le fait ! Cosmotrad, c\u2019est un peu la contraction de \u00ab&nbsp;musique cosmique et cosmopolite de Gasconnie&nbsp;\u00bb&#8230; Et le terme \u00ab&nbsp;musique radicale de Gascogne&nbsp;\u00bb renvoie \u00e0 une \u00ab&nbsp;musique enracin\u00e9e&nbsp;\u00bb, avec une forme de provocation quant \u00e0 l&rsquo;adjectif employ\u00e9, souvent consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab&nbsp;politiquement incorrect&nbsp;\u00bb. Ce que nous cherchons \u00e0 dire par ces \u00ab&nbsp;d\u00e9finitions&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est que le fond que nous explorons est bien celui de notre identit\u00e9, enracin\u00e9e l\u00e0 o\u00f9 nous nous investissons artistiquement et socialement. Elle est enrichie par nos exp\u00e9rimentations, ouverte aux courants artistiques qui nous interpellent ou tout simplement nous traversent, que nous assimilons parfois, dig\u00e9rons et interpr\u00e9tons \u00e0 notre fa\u00e7on. En d&rsquo;autres termes, nous faisons une musique de quelque part et de maintenant, en perp\u00e9tuelle \u00e9volution. Un \u00ab&nbsp;quelque part&nbsp;\u00bb situ\u00e9 hors des sentiers battus par les m\u00e9dias nationaux, abonn\u00e9s \u00e0 une certaine culture dict\u00e9e par Paris, alors que notre \u00ab&nbsp;quelque part&nbsp;\u00bb reste volontairement \u00ab&nbsp;provincial&nbsp;\u00bb, local. C&rsquo;est notre fa\u00e7on intime de nous exprimer que nous donnons \u00e0 entendre. Cela reste une fa\u00e7on parmi beaucoup d&rsquo;autres. <\/p>\n<p>  <b>Faut-il voir une revendication derri\u00e8re ces termes ? Si oui, laquelle ?<\/b><br \/> S&rsquo;il y a une revendication, encore que le mot est sans doute trop fort, c&rsquo;est peut-\u00eatre simplement celle d&rsquo;\u00eatre nous, sans avoir \u00e0 \u00ab&nbsp;para\u00eetre&nbsp;\u00bb, \u00e0 \u00ab&nbsp;faire semblant d&rsquo;\u00eatre&nbsp;\u00bb, \u00e0 faire \u00ab&nbsp;comme les autres&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;comme tout le monde&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>  <b>Venons-en \u00e0 votre nouvel album. Il est \u00e0 la fois plus \u00e9lectrique, plus \u00e9clectique et plus \u00ab&nbsp;agressif&nbsp;\u00bb que le premier. Comment expliquez-vous cette \u00e9volution ? L\u2019\u00e9pisode Zaar y a-t-il jou\u00e9 un r\u00f4le ?<\/b><br \/> Comme nous l&rsquo;avons dit tout \u00e0 l\u2019heure, notre aventure est humaine. Notre musique est nourrie par l&rsquo;identit\u00e9 et la personnalit\u00e9 de chaque membre du groupe. Depuis le premier album, l&rsquo;\u00e9quipe a chang\u00e9, ce qui a provoqu\u00e9 un nouvel \u00e9quilibre sans compter l&rsquo;\u00e9volution artistique individuelle de ceux qui sont rest\u00e9s. Le souhait de l&rsquo;\u00e9quipe actuelle \u00e9tait d&rsquo;aller vers une musique plus percussive, \u00e9lectrique et satur\u00e9e, d&rsquo;o\u00f9 sans doute le c\u00f4t\u00e9 \u00ab&nbsp;agressif&nbsp;\u00bb dont tu parles. Les bases rock (de pr\u00e9f\u00e9rence progressif) se sont affirm\u00e9es, apport\u00e9es par Roman et Pairbon et appuy\u00e9es par les autres membres. Le c\u00f4t\u00e9 \u00ab&nbsp;\u00e9lectro&nbsp;\u00bb a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 par Fran\u00e7ois et maintenant par Nicolas qui l&rsquo;a remplac\u00e9 depuis quelques mois et nous am\u00e8ne vers un son plus \u00ab&nbsp;\u00e9lectro-rock&nbsp;\u00bb. L&rsquo;\u00e9pisode Zaar n&rsquo;a pas jou\u00e9 de r\u00f4le \u00ab&nbsp;direct&nbsp;\u00bb : c&rsquo;est plus \u00e0 consid\u00e9rer comme une aventure en parall\u00e8le, provoqu\u00e9e par le rapprochement de Roman, Pairbon et des fr\u00e8res Hazera qui partagent tous la culture du rock progressif. Cela dit, ils ont rapport\u00e9 avec eux quelques sonorit\u00e9s que l&rsquo;on peut retrouver aujourd\u2019hui dans le son de Familha Artus. Ce n&rsquo;est pas un hasard si nous avons invit\u00e9 Micha\u00ebl sur un morceau d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire de Yan <i>(Ndlr : Micha\u00ebl Hazera \u00e9tait le batteur de Zaar, et auparavant de Sotos. Son fr\u00e8re, Yan, qui l\u2019accompagnait dans ses aventures musicales, est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 accidentellement l\u2019an dernier)<\/i>. Chaque exp\u00e9rience en parall\u00e8le enrichit notre son.<\/p>\n<p>  <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/int_artus_2.jpg\" width=\"190\" height=\"127\" border=\"1\" align=\"right\"><b>Pouvez-vous \u00e9clairer le sens ou propos dominant des textes de chaque titre, pour qui ne parle pas l\u2019occitan couramment (ce qui est fr\u00e9quent parmi nos lecteurs) ?<\/b><br \/> Ce n&rsquo;est pas tant le propos des chansons qui nous fait les choisir mais plut\u00f4t leur aspect m\u00e9lodique et rythmique, l&rsquo;\u00e9nergie primitive qu&rsquo;elles d\u00e9gagent. Si le th\u00e8me de la chanson est pertinent, ce n&rsquo;est que du bonus. Il s&rsquo;agit de chansons anciennes dont les th\u00e8mes sont souvent \u00e9loign\u00e9s des pr\u00e9occupations d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Il y est bien question de gens qui travaillent ou font la f\u00eate, d&rsquo;histoires d&rsquo;amour ou de railleries, de pri\u00e8res, d&rsquo;animaux sauvages ou domestiques mais dans des termes qui font sens pour un Gascon du d\u00e9but du si\u00e8cle dernier. Apr\u00e8s, si on creuse un peu, il y a toujours moyen de trouver des choses \u00e0 dire sur leur sens profond et des parall\u00e8les \u00e0 faire mais nous laisserons \u00e0 chacun le soin de se faire sa propre id\u00e9e&#8230; Nous avons mis la traduction des chansons sur notre site.<\/p>\n<p>  <b>Vous utilisez des instruments traditionnels peu courants dans le milieu des musiques progressives. Pouvez-vous les pr\u00e9senter rapidement ?<\/b><\/p>\n<p> Tu veux parler de la basse, de la batterie et des pads midi ? Il nous semblait que d&rsquo;autres les avaient d\u00e9j\u00e0 largement exp\u00e9riment\u00e9s ! <i>(rires)<\/i> Pour ce qui est de la vielle \u00e0 roue \u00e9lectro-acoustique, de la cornemuse landaise, de la fl\u00fbte \u00e0 trois trous ou encore du tambourin \u00e0 cordes, on ne les pr\u00e9sente plus de nos jours&#8230; Pour les quelques extraterrestres qui ne conna\u00eetraient pas, ils peuvent n\u00e9anmoins se faire une id\u00e9e pr\u00e9cise en effectuant une petite recherche sur Internet <i>(voir http:\/\/sondaqui.com)<\/i>.<\/p>\n<p>  <b>Quelles sont, sur ce nouvel album, les parts respectives de la composition et des th\u00e8mes traditionnels ?<\/b><br \/> Les th\u00e8mes traditionnels et les compositions sont intimement li\u00e9s dans cet album, comme dans la grande majorit\u00e9 de nos morceaux. Il arrive m\u00eame de retrouver plusieurs de ces th\u00e8mes imbriqu\u00e9s ou juxtapos\u00e9s. Nous avons aussi compos\u00e9 des m\u00e9lodies pour certaines chansons traditionnelles. Sur d&rsquo;autres, nous avons ajout\u00e9 des couplets que nous avons cr\u00e9\u00e9s. Il est donc difficile de r\u00e9pondre \u00e0 ta question car tout d\u00e9pend du niveau auquel on se place. Parfois le th\u00e8me traditionnel  sert de th\u00e8me principal, parfois il joue le r\u00f4le de transition ou d&rsquo;accompagnement. Nous aimons jouer sur l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 et les faux-semblants. Pour ajouter \u00e0 la difficult\u00e9, beaucoup de th\u00e8mes traditionnels  sonnent \u00ab&nbsp;progressif&nbsp;\u00bb sans que nous ayons \u00e0 faire de modifications ; il suffit juste de savoir comment les faire sonner. C&rsquo;est comme si nous utilisions des \u00e9l\u00e9ments tr\u00e8s divers et que nous leur trouvions une coh\u00e9sion improbable au travers d&rsquo;un son global. A l&rsquo;arriv\u00e9e, le r\u00e9sultat ne permet pas de se faire une id\u00e9e pr\u00e9cise de ce qui, de l&rsquo;un ou de l&rsquo;autre, a pris le devant.<\/p>\n<p>  <b>Que l\u2019utilisation de l\u2019informatique vous apporte-t-elle ?<\/b><br \/> Pas mal de soucis de compatibilit\u00e9 et de stabilit\u00e9 ! <i>(Rires)<\/i> Rien ne vaut les bonnes vieilles p\u00e9dales d&rsquo;effets analogiques&#8230; Mais vu la place qu&rsquo;on gagne \u00e0 apporter un ou deux portables, ce n&rsquo;est  pas plus mal. Nous comptions au d\u00e9part sur l&rsquo;informatique pour all\u00e9ger les instrumentistes de la part des effets \u00e9lectro pour qu&rsquo;ils n&rsquo;aient que leur instrument \u00e0 g\u00e9rer sur sc\u00e8ne et pas une dizaine d&rsquo;effets \u00e0 d\u00e9clencher par morceau. Nous en revenons peu \u00e0 peu. Ainsi, nous d\u00e9laissons de plus en plus volontiers les boucles trop strictes pour des moments plus \u00ab&nbsp;libres&nbsp;\u00bb. Disons que c&rsquo;est un outil int\u00e9ressant, mais que nous devons encore exp\u00e9rimenter d&rsquo;autres modes de travail pour l&rsquo;utiliser plus intelligemment sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>  <b>Venons-en aux aspects techniques : la production et le son sont de grande qualit\u00e9, de m\u00eame que les supports de communication \u00ab&nbsp;visuels&nbsp;\u00bb (site, etc.). Comment un \u00ab&nbsp;petit&nbsp;\u00bb groupe, avec de \u00ab&nbsp;petits moyens&nbsp;\u00bb, peut-il arriver \u00e0 ce niveau de professionnalisme ?<\/b><br \/> Notre d\u00e9marche est proche de celle de l&rsquo;artisanat avec un int\u00e9r\u00eat \u00e0 la limite de la maniaquerie pour la qualit\u00e9 que nous voulons proposer. Se produire comme \u00ab&nbsp;entit\u00e9 musicale&nbsp;\u00bb permet de se frotter \u00e0 d&rsquo;autres domaines artistiques que nous ne sous-estimons pas ; ils sont tous importants  pour d\u00e9crire notre univers, d&rsquo;autant plus que nous avons fait le pari de prendre notre avenir en main en nous produisant nous-m\u00eame. La plupart d&rsquo;entre nous ne sont pas \u00ab&nbsp;que musiciens&nbsp;\u00bb : photo, graphisme, PAO, <i>webmastering<\/i> sont autant de domaines que nous explorons en parall\u00e8le m\u00eame si c&rsquo;est \u00e0 moindre \u00e9chelle. En nous r\u00e9partissant les t\u00e2ches, nous arrivons \u00e0 avoir la main sur chaque \u00e9tape de la production de nos albums. Et quand nous le sentons n\u00e9cessaire, nous nous en remettons \u00e0 des sp\u00e9cialistes du genre, comme par exemple Laurentx Etxemendi (du studio des Milans et du groupe Gojira) pour l&rsquo;enregistrement, le mixage et le <i>mastering<\/i> de notre dernier album ou Francis Mounier (occidentale de Fanfare) qui nous a aid\u00e9s sur la direction artistique. C&rsquo;est tr\u00e8s bon d&rsquo;avoir un point de vue ext\u00e9rieur sur son travail pour aller un peu plus loin, voire m\u00eame de le mettre entre d&rsquo;autres mains pour voir quelle direction il peut prendre.<\/p>\n<p>  <b>Le groupe b\u00e9n\u00e9ficie-t-il de l\u2019aide de structures publiques de soutien \u00e0 l\u2019action culturelle, en ces temps de vaches maigres pour la culture en France ?<\/b><\/p>\n<p> Le groupe n\u2019en b\u00e9n\u00e9ficie pas directement, mais c\u2019est le cas en revanche de la structure que nous avons mont\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et qui nous produit, le collectif \u00e7a-i. Ainsi, pour <i>Orb<\/i>, nous avons b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;aides du conseil g\u00e9n\u00e9ral des Landes et du conseil r\u00e9gional d&rsquo;Aquitaine.<\/p>\n<p>  <b>Peux-tu pr\u00e9senter davantage ce collectif dont tu parles, en expliquer le fonctionnement et ce que cette organisation apporte au groupe ?<\/b><\/p>\n<p> Le collectif \u00e7a-i, c&rsquo;est notre garantie d&rsquo;autonomie, notre parachute, notre moteur d&rsquo;action. Cela fait maintenant deux ans qu&rsquo;autour de Familha Artus se sont rassembl\u00e9s des artistes de tous horizons  pour cr\u00e9er un outil commun d&rsquo;administration, de communication et de diffusion. Cela nous permet, par un syst\u00e8me de solidarit\u00e9, d&#8217;embaucher un charg\u00e9 de diffusion qui assume avec nous le d\u00e9veloppement des projets artistiques et extra artistiques. Pour plus de renseignement, vous pouvez consulter notre site (www.ca-i.org).<\/p>\n<p>  <b>Comment vous positionnez-vous par rapport au monde des musiques progressives ? Et \u00e0 celui des musiques traditionnelles ? Vous semblez avoir grandi avec elles, tant l\u2019ensemble sonne naturellement&#8230; <\/b><br \/> C&rsquo;est exactement \u00e7a. Pour la plupart d&rsquo;entre nous, dire que nous avons \u00ab&nbsp;grandi avec&nbsp;\u00bb n&rsquo;est pas qu&rsquo;une image. Pour trois d&rsquo;entre nous, le c\u00f4t\u00e9 musique folk-traditionnelle nous a \u00e9t\u00e9 transmis par nos parents, musiciens-collecteurs des ann\u00e9es soixante-dix, joueurs de guitare \u00e0 douze cordes et de cornemuse des Landes. Le reste est venu naturellement, par affinit\u00e9, dans l&rsquo;environnement musical riche qui nous entourait : festivals, concerts, disques, rencontres, etc. Ces deux mondes (sans parler d&rsquo;autres influences musicales) \u00e0 nos yeux n&rsquo;en sont qu&rsquo;un, le n\u00f4tre, celui dans lequel nous avons grandi. Comment nous positionnons-nous ? On pourrait dire, comme des \u00ab&nbsp;fils de&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>  <b>Comment le groupe est-il re\u00e7u dans chacun de ces milieux, \u00e0 vue de nez \u00e9loign\u00e9s, si ce n\u2019est antinomiques ?<\/b><br \/> C&rsquo;est tr\u00e8s variable, cela d\u00e9pend surtout de l&rsquo;ouverture d&rsquo;esprit des gens qui nous d\u00e9couvrent. Cela peut aller de l&rsquo;incompr\u00e9hension totale \u00e0 l&rsquo;enthousiasme, voire les deux \u00e0 la fois&#8230; Mais nous avons en g\u00e9n\u00e9ral un tr\u00e8s bon accueil de part et d&rsquo;autre, peut-\u00eatre parce que ces deux milieux ont en commun des auditoires qui savent souvent faire preuve de curiosit\u00e9 et aiment \u00eatre surpris. On y trouve aussi les \u00e9ternels puristes, aupr\u00e8s desquels nous ne faisons pas l&rsquo;unanimit\u00e9.<\/p>\n<p>  <b>Comment le groupe et sa musique sont-ils re\u00e7us hors de leur r\u00e9gion d\u2019origine, dans des lieux o\u00f9 l\u2019aspect \u00ab&nbsp;traditionnel&nbsp;\u00bb n\u2019est pas forc\u00e9ment une \u00e9vidence ?<\/b><br \/> Il ne l&rsquo;est pas forcement non plus sur son territoire historique ! La culture traditionnelle dans laquelle nous puisons en partie notre musique s&rsquo;est beaucoup effac\u00e9e, dilu\u00e9e dans la masse, \u00e0 l&rsquo;exception de rares \u00eelots au sein desquels elle a \u00e9t\u00e9 transmise. La majorit\u00e9 de la population, d&rsquo;o\u00f9 quelle soit, en a une m\u00e9connaissance profonde. Nous sommes une sorte d&rsquo;OMNI, d\u2019Objet Musical Non-Identifiable, ou plut\u00f4t difficilement identifiable ; nous sommes \u00ab&nbsp;exotiques&nbsp;\u00bb dans notre propre pays. A partir de l\u00e0, toutes les r\u00e9actions sont possibles&#8230; Pour le moment, c&rsquo;est plut\u00f4t la \u00ab&nbsp;d\u00e9couverte&nbsp;\u00bb car nous donnons tr\u00e8s peu d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments directement \u00ab&nbsp;compr\u00e9hensibles&nbsp;\u00bb et assimilables au public : pas vraiment rock ni traditionnel, pas toujours progressif, bizarrement \u00e9lectro, pas celtique ni  br\u00e9silien&#8230; Il est difficile d&rsquo;avoir un recul critique face \u00e0 nous. L&rsquo;une des plus belles impressions et d\u00e9finitions que nous ayons pu avoir \u00e0 la fin d&rsquo;un de nos concerts, c&rsquo;est celle de musique \u00ab&nbsp;pa\u00efenne&nbsp;\u00bb. L&rsquo;adjectif trouve difficilement son sens par rapport \u00e0 ce que nous faisons mais il porte une \u00e9nergie primitive qui nous correspond bien. Cela dit, un certain nombre de gens chez nous commencent \u00e0 s&rsquo;approprier notre univers et d\u00e9passent cette phase de \u00ab&nbsp;d\u00e9couverte&nbsp;\u00bb pour se l\u00e2cher compl\u00e8tement en concert. Hors de France, c&rsquo;est encore une autre histoire car les consciences de cultures end\u00e9miques (autres que celles diffus\u00e9es par les t\u00e9l\u00e9s nationales) sont plus aff\u00fbt\u00e9es et les groupes ayant une d\u00e9marche comme la n\u00f4tre sont plus r\u00e9pandus. C&rsquo;est plus simple pour nous de nous y faire comprendre.<\/p>\n<p>  <b>Quels rapports entretenez-vous avec d\u2019autres groupes de musique \u00ab&nbsp;traditionnelles&nbsp;\u00bb innovants (ex. Dupain) ? Et avec d\u2019autres formations qui, \u00e0 vue de nez, semblent \u00eatre sans rapport avec votre musique (votre site mentionne entre autres de la musique africaine, mais aussi le guitariste de Gojira) ?<\/b><br \/> Encore une fois : des rapports humains avant tout. Disons que ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;un groupe se trouve dans la m\u00eame veine que nous que nous serons \u00ab&nbsp;copains&nbsp;\u00bb ; il faut que leur discours nous interpelle (et dans le domaine des musiques traditionnelles en France, ces groupes se comptent sur les doigts de la main). Ce n\u2019est pas parce qu&rsquo;un groupe est dans une autre veine que la n\u00f4tre que nous ne nous sentirons pas concern\u00e9s par sa d\u00e9marche. Nous travaillons avec les gens que nous aimons, dont nous appr\u00e9cions le travail et pour lesquels c&rsquo;est r\u00e9ciproque. Tout au long de notre parcours chaotique, nous croisons des musiciens d&rsquo;horizons tr\u00e8s diff\u00e9rents. C&rsquo;est pour nous la possibilit\u00e9 de rencontrer de nouvelles fa\u00e7ons de concevoir la musique et de nous y confronter. Parfois, nous cherchons les occasions de jouer ensemble ; derni\u00e8rement, nous avons invit\u00e9 sur sc\u00e8ne le vielleux de Dupain pour une reprise d&rsquo;un de leurs morceaux et une impro., lors de notre passage \u00e0 Marseille. Pour ce qui est de Christian du groupe Gojira, Roman et lui jouaient ensemble sur la c\u00f4te landaise bien avant de monter sur sc\u00e8ne. Enregistrer dans leurs studios, tout comme lui demander de jouer sur l\u2019un des morceaux de notre album \u00e9tait une \u00e9vidence, de part et d\u2019autre. Quant aux S\u00e9n\u00e9galais du groupe Bakh-Yaye, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;id\u00e9e de confronter deux cultures au travers de leurs pratiques musicales. Cela risque d&rsquo;\u00eatre reproduit dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. D&rsquo;autres projets de ce type devraient \u00eatre tent\u00e9s, du c\u00f4t\u00e9 des Bretons en particulier.<\/p>\n<p>  <b>Vous d\u00e9veloppez \u00e9galement une formule \u00ab&nbsp;bal&nbsp;\u00bb, plus acoustique. Pouvez-vous nous en dire plus ?<\/b><br \/> Nos morceaux sont pour la grande majorit\u00e9 issus du r\u00e9pertoire \u00e0 danser gascon. Cette formule parall\u00e8le qui porte le nom de \u00ab&nbsp;Mossur Artus&nbsp;\u00bb, plus acoustique et donc plus l\u00e9g\u00e8re en terme de logistique, nous permet de coller \u00e0 plusieurs types d&rsquo;animations : bals traditionnels, animations de quartier, f\u00eates. Le c\u00f4t\u00e9 festif des danses, notamment collectives, nous raccroche \u00e0 des valeurs sociales que nous souhaitons v\u00e9hiculer et transmettre. Le groupe \u00ab&nbsp;concert&nbsp;\u00bb est plus tourn\u00e9 vers le spectacle, la formation \u00ab&nbsp;bal&nbsp;\u00bb est compl\u00e8tement vou\u00e9 \u00e0 la danse, mais la limite entre les deux est de plus en plus floue. Car, quelle que soit l&rsquo;occasion, nous aimons faire bouger.<\/p>\n<p>  <b>Quelles sont vos aspirations pour l\u2019avenir du groupe ?<\/b><br \/> Affirmer nos position et d\u00e9couvrir de nouvelles fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>  <b>Quelque chose \u00e0 ajouter ?<\/b><br \/> Merci de nous avoir donn\u00e9 la parole, c&rsquo;est important pour nous de trouver des m\u00e9dias qui laissent s&rsquo;exprimer des OMNI&#8230; <\/p>\n<p align=\"right\" class=\"dateconcert\"><strong>Propos recueillis par Fanny Layani<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\" class=\"dateconcert\"><strong><a href=\"http:\/\/http:\/\/www.chromatique.net\/index.php?option=com_k2&#038;view=itemlist&#038;layout=category&#038;task=category&#038;id=2&#038;Itemid=4\"><font color=\"#CA0B4E\"><font color=\"#157175\">retour          au sommaire<\/font><\/font><\/a><\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ENTRETIEN : FAMILHA ARTUS &nbsp; Origine : France Style : Cosmotrad radical de Gascogne Dernier&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":21069,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[4],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21068"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=21068"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21068\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/21069"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=21068"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=21068"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=21068"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}