{"id":19904,"date":"2016-06-06T00:00:00","date_gmt":"2016-06-05T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/15817\/PhilipGlass_KulturvCredit_SplitArt_04.jpg"},"modified":"2016-06-06T00:00:00","modified_gmt":"2016-06-05T22:00:00","slug":"19904","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2016\/06\/06\/19904\/","title":{"rendered":"Philip Glass &#8211; Au commencement \u00e9tait le son"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>La venue de Philip Glass au festival Click d\u2019Elseneur \u00e9tait un \u00e9v\u00e8nement \u00e0 ne pas manquer pour la Chromateam d\u2019autant plus qu\u2019il \u00e9tait dans la petite ville c\u00f4ti\u00e8re danoise pour y interpr\u00e9ter <em>Music in Twelve Parts<\/em>, pierre angulaire des musiques minimalistes, ainsi que pour y donner une conf\u00e9rence sur ses collaborations cin\u00e9matographiques. <\/strong><br \/><br \/> Le festival Click est un \u00e9v\u00e8nement pluridisciplinaire regroupant concerts, ateliers scientifiques et performances artistiques autour d\u2019une th\u00e9matique. Cette ann\u00e9e, c\u2019est le mythe de D\u00e9dale qui est \u00e0 l\u2019honneur, un th\u00e8me qui sied \u00e0 merveille \u00e0 la musique du compositeur am\u00e9ricain . Oeuvre monumentale d\u2019une dur\u00e9e d\u2019environ trois heures trente, <em>Music in Twelve Parts<\/em> est interpr\u00e9t\u00e9e par le Philip Glass Ensemble depuis sa cr\u00e9ation dans les ann\u00e9es soixante-dix. Inspir\u00e9e par les musiques hindoues, <em>Music in Twelves Parts<\/em> est l\u2019une des oeuvres les plus radicales de Glass. En d\u00e9laissant la m\u00e9lodie, il fait de la r\u00e9p\u00e9tition son principe unique. Le concert d\u00e9bute \u00e0 19 heures dans un ancien entrep\u00f4t du port d\u2019Elseneur, dont le toit laisse passer la lumi\u00e8re naturelle, changeante au fil des passages de nuages. Elle va peu \u00e0 peu s\u2019att\u00e9nuer au cours de la soir\u00e9e. Difficile de r\u00eaver d\u2019un meilleur \u00e9crin pour la musique de Glass. <br \/><br \/> D\u00e8s les premiers instants de la premi\u00e8re partie, le public nombreux se retrouve plong\u00e9 dans le labyrinthe de l\u2019oeuvre de Glass. Les six musiciens de l\u2019ensemble (deux pour les bois, deux pour les claviers, une vocaliste soprano et Glass lui-m\u00eame \u00e0 l\u2019orgue \u00e9lectrique) sont parfaitement en place dans une partition exigeante faite de contrepoints qui ne tol\u00e8rent pas les erreurs. Apr\u00e8s un premier mouvement calme et doux, la suite sera nettement plus rythm\u00e9e et exaltante. Les parties s\u2019encha\u00eenent sans aucune pause pendant la premi\u00e8re heure du concert. Il y aura tout de m\u00eame trois entractes au long de la soir\u00e9e afin de m\u00e9nager les musiciens et leur public. Tout au long de la soir\u00e9e la musique \u00e9volue par touches subtiles, les boucles ont beau se r\u00e9p\u00e9ter, elles sont toujours changeantes et progressives.<br \/><br \/> \u00catre confront\u00e9 \u00e0 la musique de Glass, c\u2019est ressentir un sentiment d\u2019universalit\u00e9, comme faire face \u00e0 un oc\u00e9an dont les courants plus ou moins forts, plus ou moins profonds circulent dans une immensit\u00e9 infinie. En s\u2019affranchissant des conventions de rythme et de m\u00e9lodie, Glass retrouve le caract\u00e8re mythique des musiques orientales. Ses battements ne sont que les tr\u00e8s lointains \u00e9chos des ondes gravitationnelles du Big Bang \u00e0 la naissance de l\u2019univers. <br \/><br \/> \u00c0 chaque entracte, le public applaudit de plus en plus fort les musiciens et, au fil de la soir\u00e9e, les personnes pr\u00e9sentes dans le hall 14 du Kulturv\u00e6rftet se retrouvent dans une sorte de transe. Certains sont allong\u00e9s au pied de la sc\u00e8ne les yeux ferm\u00e9s. D\u2019autres sont riv\u00e9s sur les mains des clavi\u00e9ristes hypnotis\u00e9s par les arabesques qu\u2019elles d\u00e9crivent. Enfin, apr\u00e8s avoir d\u00e9but\u00e9 plus de quatre heures auparavant, il est temps pour l\u2019ensemble de jouer les derni\u00e8res notes de <em>Music in Twelves Parts<\/em>. Malgr\u00e9 les petites erreurs qu\u2019on pardonne ais\u00e9ment tant la partition est complexe, les six musiciens ont accompli une performance m\u00e9morable et donn\u00e9 au public une exp\u00e9rience tout \u00e0 fait fascinante. <br \/><br \/> Le lendemain, le hall 14 fait peau neuve et les gradins install\u00e9s temporairement pour le concert de la veille font place \u00e0 une vaste \u00e9tendue qui accueille les performances artistiques et ateliers scientifiques. Au milieu du hall, un espace a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu pour une conf\u00e9rence avec Philip Glass. Il y \u00e9voque ses collaborations avec les r\u00e9alisateurs de cin\u00e9ma. On apprend notamment que Glass souhaite d\u00e9buter la composition au plus t\u00f4t dans le processus de cr\u00e9ation. Il consid\u00e8re que Woody Allen (<em>Le R\u00eave de Cassandre<\/em>) et Martin Scorsese (<em>Kundun<\/em>) sont les seuls r\u00e9alisateurs d\u2019Hollywood avec lesquels il a travaill\u00e9 qui soient vraiment int\u00e9ress\u00e9s par la musique. Entre ses interventions, le musicien joue deux morceaux en solo au piano, <em>Metamorphosis two<\/em> et <em>Mad Rush<\/em>. Si son interpr\u00e9tation n\u2019est pas aussi vivace que celle qu\u2019il a enregistr\u00e9e sur disque il y a quelques ann\u00e9es, elle poss\u00e8de une gravit\u00e9 et une profondeur nouvelle. L\u2019artiste en profite pour expliquer que <em>Mad Rush<\/em> est une pi\u00e8ce qu\u2019il a compos\u00e9e pour orgue avant de lui pr\u00e9f\u00e9rer le piano (pour les curieux, une version jou\u00e9e \u00e0 l\u2019orgue se trouve sur l\u2019album <em>Analog<\/em> paru en 2006). Apr\u00e8s une heure d\u2019\u00e9changes et de musique, Philip Glass salue son public, on regrette seulement qu\u2019il n\u2019ait pas eu le temps d\u2019\u00e9voquer son travail sur la trilogie des <em>Qatsi<\/em>(Koyaanisqatsi, Powaqqatsi, Naqoyqatsi trois films exp\u00e9rimentaux de Godfrey Reggio).<br \/><br \/> \u00c0 79 ans, Philip Glass a montr\u00e9 qu\u2019il est encore toujours pertinent tant dans sa musique que dans son interpr\u00e9tation. <em>Music in Twelve Parts<\/em> est un formidable exemple de ce que Glass a \u00e9crit de meilleur, beaucoup de son oeuvre d\u00e9coule d\u2019ailleurs directement de ses explorations qu\u2019il a entreprises avec cette composition. Au del\u00e0, la venue de l\u2019artiste am\u00e9ricain rappelle son influence incomparable dans la musique ou le cin\u00e9ma en g\u00e9n\u00e9ral. \u00c0 Elseneur, la ville d\u2019<em>Hamlet<\/em>, personnage principal d\u2019une histoire sans cesse r\u00e9invent\u00e9e et mythe aux th\u00e9matiques fondatrices, la musique de Philip Glass a pris toute sa mesure.<\/p>\n<figure class=\"wp-block-gallery columns-3 is-cropped\"><ul class=\"blocks-gallery-grid\"><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img src=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/15817\/PhilipGlass_Kulturv_Credit_SplitArt_09.jpg\" alt=\"\" data-id=\"19906\" data-full-url=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/15817\/PhilipGlass_Kulturv_Credit_SplitArt_09.jpg\" data-link=\"http:\/\/www.chromatique.net\/?attachment_id=19906\" class=\"wp-image-19906\"\/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img 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