{"id":1957,"date":"2010-12-11T00:00:00","date_gmt":"2010-12-10T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/1957"},"modified":"2010-12-11T00:00:00","modified_gmt":"2010-12-10T22:00:00","slug":"1957","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2010\/12\/11\/1957\/","title":{"rendered":"Miles Davis &#8211; Bitches Brew"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-style: italic;\"><\/span>&#171;&nbsp;Il y a quelques enregistrements&nbsp;publics que, je suppose, Columbia sortira quand elle pourra en faire le plus d&rsquo;argent&#8230; probablement apr\u00e8s ma mort&nbsp;&#187;,<span style=\"font-style: italic;\"> <\/span>Miles Davis <span style=\"font-style: italic;\">dixit<\/span>, dans son autobiographie. Il ne pensait pas si bien dire, le bougre. Apr\u00e8s les innombrables coffrets <span style=\"font-style: italic;\">Complete Sessions<\/span>, sans m\u00eame mentionner l&rsquo;\u00e9norme int\u00e9grale <span style=\"font-style: italic;\">The Complete Columbia Album Collection<\/span>, voici une nouvelle \u00e9dition de l&rsquo;ind\u00e9tr\u00f4nable <span style=\"font-style: italic;\">Bitches Brew<\/span>, qui c\u00e9l\u00e8bre cette ann\u00e9e son quaranti\u00e8me anniversaire.<\/p>\n<p>Deux formats sont propos\u00e9s par Sony : le coffret double CD de l&rsquo;album original avec des prises in\u00e9dites agr\u00e9ment\u00e9 d&rsquo;un DVD en concert \u00e0 Copenhague en novembre 1969, et la magnifique \u00e9dition collector qui comprend en sus un CD <span style=\"font-style: italic;\">live <\/span>\u00e0 Tanglewood (Massachusetts) en ao\u00fbt 1970 ainsi que l&rsquo;\u00e9dition double vinyle de la b\u00eate.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;\u00e9l\u00e9giaque <span style=\"font-style: italic;\">In a Silent Way<\/span> (1969) avait d\u00e9j\u00e0 forc\u00e9 la voie \u00e9lectrique et exp\u00e9rimentale emprunt\u00e9e par Miles Davis,<span style=\"font-style: italic;\"> Bitches Brew<\/span>, enregistr\u00e9 quelques mois plus tard en trois jours \u00e0 peine, s&rsquo;engage dans les eaux les plus tourment\u00e9es de la black music. Le trompettiste r\u00e9unit un v\u00e9ritable big band d&rsquo;une quinzaine d&rsquo;instrumentistes aussi dou\u00e9s les uns que les autres. Le temps o\u00f9 Betty Mabry, devenue Madame Davis, montrait \u00e0 son amant la musique nouvelle de James Brown, Cream, Jimi Hendrix et Sly &amp; The Family Stone  d\u00e9bouche sur un monstre en fusion dont l&rsquo;aura reste encore aujourd&rsquo;hui d\u00e9mentielle.&nbsp; &nbsp; <\/p>\n<p> Le d\u00e9veloppement de longues pi\u00e8ces en parties improvis\u00e9es, initi\u00e9 dans <span style=\"font-style: italic;\">Filles de Kilimanjaro <\/span>en 1968 (&#171;&nbsp;Mademoiselle Mabry&nbsp;&#187;), atteint ici sa pl\u00e9nitude et restera la norme jusqu&rsquo;\u00e0 la retraite de 1975. Le morceau \u00e9ponyme et ses vingt-six minutes deviennent l&rsquo;\u00e9talon-or du Miles \u00e9lectrique. Les d\u00e9coupages d&rsquo;orf\u00e8vre effectu\u00e9s par le producteur de longue date, Teo Macero, donnent l&rsquo;illusion d&rsquo;une composition tr\u00e8s \u00e9crite. Toutefois, le g\u00e9nial th\u00e8me d&rsquo;une seule note de la trompette r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 l&rsquo;envi avec moult \u00e9chos est avant tout une reconstruction en studio destin\u00e9e \u00e0 structurer une longue improvisation dirig\u00e9e par le <span style=\"font-style: italic;\">groove <\/span>infernal d&rsquo;une des meilleures sections rythmiques jamais r\u00e9unies : Jack DeJohnette et Lenny White \u00e0 la batterie, Dave Holland et Harvey Brooks \u00e0 la (contre)basse. <\/p>\n<p>Les accords disparaissent sous les coups de butoir des lignes de basse et du tapis de notes jou\u00e9es au Fender Rhodes par Chick Corea et Joe Zawinul (&#171;&nbsp;Pharaoh&rsquo;s Dance&nbsp;&#187;, &#171;&nbsp;Sanctuary&nbsp;&#187;) tandis que John McLaughlin inaugure en quelque sorte son Mahavishnu Orchestra sous un tsunami de s\u00e9quences distordues (&#171;&nbsp;Spanish Key&nbsp;&#187;, &#171;&nbsp;Miles Runs the Voodoo Down&nbsp;&#187;). Les interventions de Wayne Shorter au saxophone soprano et Bernie Maupin \u00e0 la clarinette basse figurent parmi les plus belles pages musicales de cette p\u00e9riode. Le charisme de Miles permet \u00e0 tout ce petit monde de tenir le cap. Par de courtes instructions, des th\u00e8mes succincts \u00e0 la trompette, il indique la structure g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 ses musiciens puis les laisse totalement libres. Cette m\u00e9thode de travail, alli\u00e9e au d\u00e9coupage des bandes de Macero, est bien mise en \u00e9vidence dans les in\u00e9dits retrouv\u00e9s pour l&rsquo;occasion.<\/p>\n<p>Le DVD est un compl\u00e9ment indispensable au coffret. Admirablement film\u00e9 par la t\u00e9l\u00e9vision danoise trois mois apr\u00e8s les sessions d&rsquo;enregistrement et cinq mois avant la sortie de l&rsquo;album<span style=\"font-style: italic;\"><\/span>, ce concert \u00e0 la prise de son impeccable montre Miles Davis dans le cadre plus restreint d&rsquo;un quintette essentiellement acoustique. Seul Chick Corea est ses tapisseries au Fender Rhodes rappellent la furie \u00e9lectrique du disque. Pourtant les m\u00eames morceaux sont jou\u00e9s dans un seul jet : soixante-dix minutes de musique intense sans pause. Du grand art qui navigue parfois vers des sommets d&rsquo;abstraction (les soli de saxophone de Wayne Shorter), s\u00e9v\u00e8rement remis en place par les coups de cymbales d&rsquo;un Jack DeJohnette d\u00e9cha\u00een\u00e9.<\/p>\n<p>De ces sessions d\u00e9sormais mythiques naquirent ensuite les Mahavishnu Orchestra, Weather Report et autres Return to Forever. Miles Davis s&rsquo;en ira fouler des horizons de plus en plus extr\u00eames et avant-gardistes, au risque de d\u00e9boussoler, pour leur plus grand bien, les amateurs de jazz. Quarante ans apr\u00e8s, les cendres de cette \u0153uvre au titre bien \u00e9trange (&#171;&nbsp;l&rsquo;infusion des garces&nbsp;&#187;) rougeoient encore de mille feux.&nbsp; <span style=\"font-style: italic;\"><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#171;&nbsp;Il y a quelques enregistrements&nbsp;publics que, je suppose, Columbia sortira quand elle pourra en faire&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":1958,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1957"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1957"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1957\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1958"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1957"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1957"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1957"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}