{"id":19268,"date":"2012-07-03T00:00:00","date_gmt":"2012-07-02T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/3eda150fc5a76b8aae98476f2a4f34a9_XL.jpg"},"modified":"2012-07-03T00:00:00","modified_gmt":"2012-07-02T22:00:00","slug":"19268","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2012\/07\/03\/19268\/","title":{"rendered":"Les Tritonales &#8211; Fred Frith Solo"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Bel exploit pour le Triton qui a r\u00e9ussi \u00e0 programmer pour la premi\u00e8re fois dans ses lieux un artiste tel que Fred Frith. Compositeur et improvisateur r\u00e9put\u00e9, ce brillant musicien construit la l\u00e9gende de l\u2019avant rock depuis la fin des ann\u00e9es soixante, p\u00e9riode \u00e0 laquelle il commence sa carri\u00e8re en co-fondant le groupe culte Henry Cow. Depuis il n\u2019a cess\u00e9 d\u2019en rester un acteur majeur en jouant dans des formations comme Massacre, Rova Sax Quartet, Guitar Quartet et plus r\u00e9cemment Cosa Brava. Il a \u00e9galement collabor\u00e9 avec des pointures comme John Zorn, Brian Eno ou le tr\u00e8s regrett\u00e9 Lars Hollmer. On le voit, l\u2019homme et son art ont de l\u2019envergure.<\/strong><br \/><br \/> Chromatique ne pouvait donc rater ce moment rare. D\u2019autant que le Triton, par ses dimensions, offre toujours la possibilit\u00e9 d\u2019une immersion totale dans le jeu des musiciens et que Fred Frith, plus que tout autre, n\u00e9cessite cette relation privil\u00e9gi\u00e9e avec le public. B\u00e2tie autour de deux longues improvisations dont le ma\u00eetre d\u00e9tient le secret, il fera d\u2019ailleurs la d\u00e9monstration durant cette superbe soir\u00e9e qu\u2019il sait capter le spectateur, notamment gr\u00e2ce \u00e0 la fluide versatilit\u00e9 de ses performances.<br \/><br \/> C\u2019est devant une salle pleine que Fred Frith\u00a0amorce sa premi\u00e8re prestation. Les pieds nus, pr\u00eats \u00e0 broyer un escadron de p\u00e9dales d\u2019\u00e9chos, il est sobrement accompagn\u00e9 d\u2019une guitare pr\u00e9par\u00e9e pos\u00e9e sur les genoux et d\u2019une table rev\u00eatue d\u2019un drap noir sur lequel il semble avoir renvers\u00e9 l\u2019\u00e9tabli du garage. S&rsquo;y m\u00ealent sans ordre, boites, ficelles, cha\u00eenes et autres outils curieux dont il r\u00e9v\u00e9lera l\u2019usage peu \u00e0 peu.<br \/><br \/> Apr\u00e8s quelques secondes de br\u00e8ve concentration, le voyage commence sur des cris et des chuchotements. Puis des accessoires impossibles s\u2019\u00e9crasent sur les cordes pour cr\u00e9er une ambiance de plus en plus \u00e9paissie par de savantes r\u00e9verb\u00e9rations. Deux notes cristallines suffisent alors \u00e0 percer le n\u00e9ant et \u00e0 ancrer cette improvisation impressionnante dans un court rappel des beaut\u00e9s tonales. Grand manitou du chaos, Fred Frith\u00a0fait succ\u00e9der aux frottements, distorsions et autres tappings hyst\u00e9riques, sa propre voix, chuint\u00e9e, presque inaudible. La cage m\u00e9tallique des cordes de sa guitare laisse \u00e9chapper tout \u00e0 coup de superbes consonances orientales qui viennent mourir doucement sur un pont renvoyant aux pr\u00e9liminaires. Et la boucle est boucl\u00e9e. Tout le long, la salle se montrera respectueusement attentive, envo\u00fbt\u00e9e par la po\u00e9sie sonore et par la ma\u00eetrise de cette premi\u00e8re performance.<br \/><br \/> Le temps d\u2019une pause pendant laquelle Fred Frith\u00a0ira certainement se ressourcer pour nous servir de nouvelles impulsions, la seconde et derni\u00e8re improvisation d\u00e9bute, nettement plus \u00e9nergique. Elle s\u2019ouvre sur un coup de poing en forme de brosse \u00e0 chaussures martyrisant les cordes de la guitare. Le feu est partout. L\u2019impression est physique. Le public se fond malgr\u00e9 tout dans cette redoutable attaque. Heureusement, comme pour la premi\u00e8re impro, Fred Frith\u00a0r\u00e9ussit \u00e0 ench\u00e2sser des moments accrocheurs au milieu de ce tohu-bohu hendrixien. S&rsquo;ensuit une longue m\u00e9ditation m\u00e9lancolique. Le beau temps se l\u00e8ve m\u00eame si quelques \u00e9chos irr\u00e9pressibles font encore irruption, faisant penser aux vieux tripotages krautrock d\u2019A.R. Machines.<br \/> Pour conclure, se pointe alors la bouille amoch\u00e9e d&rsquo;un <em>blues<\/em> d\u2019un autre monde \u00e0 rendre jaloux ce d\u00e9glingu\u00e9 de Captain Beefheart. Ex\u00e9cut\u00e9 avec de la limaille de fer d\u00e9vers\u00e9e dans des bo\u00eetes en fer-blanc, c&rsquo;est comme si Fred Frith\u00a0rendait hommage \u00e0 ses premi\u00e8res amours quand il jouait dans l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re Les Chaperones.<br \/><br \/> Le public est conquis, les n\u00e9ophytes \u2014 il y en avait beaucoup \u2014 comme ceux d\u00e9j\u00e0 aguerris \u00e0 ce type d\u2019exp\u00e9rience. Plut\u00f4t que de provoquer le spectateur, Fred Frith\u00a0a d\u00e9montr\u00e9 de mani\u00e8re \u00e9clatante que lorsqu\u2019on pla\u00e7ait l&rsquo;\u00e9motion au c\u0153ur des exercices les plus exigeants, on pouvait d\u00e9payser violemment l&rsquo;auditeur tout en mobilisant son attention.<br \/> Devant l&rsquo;enthousiasme de la salle, Fred Frith\u00a0finit par revenir sur sc\u00e8ne en ajoutant ces mots : \u00ab\u00a0ce genre de musique provoque des choses impr\u00e9visibles. Penser que l\u2019on va pouvoir recommencer me para\u00eet un peu illusoire. Mieux vaut en rester l\u00e0\u00a0\u00bb. Voil\u00e0 qui scelle d\u00e9finitivement le respect que l&rsquo;on doit avoir pour ce grand musicien.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bel exploit pour le Triton qui a r\u00e9ussi \u00e0 programmer pour la premi\u00e8re fois dans&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":19269,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19268"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=19268"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19268\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19269"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=19268"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=19268"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=19268"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}