{"id":19166,"date":"2012-05-13T00:00:00","date_gmt":"2012-05-12T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-6.jpg"},"modified":"2012-05-13T00:00:00","modified_gmt":"2012-05-12T22:00:00","slug":"19166","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2012\/05\/13\/19166\/","title":{"rendered":"Banlieues Bleues &#8211; Sleep Song \/ Guillaume Perret &#038; The Electric Epic"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Sleep Song (27 mars 2012), Espace 1789 (Saint Ouen)<\/strong><br \/><br \/> La guerre d&rsquo;Irak, initi\u00e9e par les acharn\u00e9s de l&rsquo;\u00e9quipe de G.W. Bush au pr\u00e9texte d&rsquo;armes de destruction massive que l&rsquo;on savait pourtant fictives, n&rsquo;en finit pas d&#8217;empoisonner les Etats-Unis, des plaies toujours b\u00e9antes que Guantanamo ne cesse d&rsquo;infecter aux m\u00e9moires terrifiantes de Haditha et autres lieux de massacres. Le monde entier garde en m\u00e9moire ces images de soldats am\u00e9ricains diffus\u00e9es par Michael Moore dans <em> Fahrenheit 9\/11<\/em>, gamins de vingt ans terrifi\u00e9s sous leur acn\u00e9 adolescente, terrorisant \u00e0 leur tour la population irakienne du haut de chars \u00e9normes, que l&rsquo;on dirait tout droit issus d&rsquo;un film d&rsquo;anticipation, hurlant un <em>heavy metal<\/em> aussi brutal que colonialiste et symboliquement \u00e9crasant.<br \/><br \/> Une fois rentr\u00e9s, qui amput\u00e9, qui en apparence indemne mais souffrant de sympt\u00f4mes qui restent souvent peu analys\u00e9s et encore moins trait\u00e9s, ces soldats sont venus grossir les troupes de leurs a\u00een\u00e9s : ceux qui, de retour de la guerre du Golfe \u00e0 celle du Vietnam (mais sans doute peut-on aussi remonter jusqu&rsquo;\u00e0 la Seconde Guerre mondiale m\u00eame si l&rsquo;Am\u00e9rique triomphante d&rsquo;alors ne se posait pas ces questions), ont d\u00fb, sans v\u00e9ritable conscience de la part de la soci\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;ils retrouvaient, se faire une place dans un monde civil occidental qu&rsquo;ils ne reconnaissaient plus. Apr\u00e8s chacun de ces conflits, ils durent se r\u00e9ins\u00e9rer seuls, sans que soient prises en compte les s\u00e9quelles des combats, mais aussi de tout ce qui les entourait : la peur, la parano\u00efa, un racisme d&rsquo;autant plus profond qu&rsquo;il n&rsquo;est jamais clairement formalis\u00e9 par l&rsquo;arm\u00e9e, et toutes les substances plus ou moins l\u00e9gales absorb\u00e9es pour tenir, co\u00fbte que co\u00fbte, au feu et apr\u00e8s, lorsque reviennent les hanter les fant\u00f4mes de ces silhouettes \u00e0 peine entrevues et d\u00e9j\u00e0 pulv\u00e9ris\u00e9es, dans cette guerre contemporaine, anonyme et technologique o\u00f9 celui que l&rsquo;on tue n&rsquo;est plus un homme, pas m\u00eame un ennemi, tout juste une cible, floue, entrevue par le prise d&rsquo;une lunette de vis\u00e9e, ou pire, un simple \u00ab\u00a0d\u00e9g\u00e2t collat\u00e9ral\u00a0\u00bb.<br \/><br \/> S&rsquo;il n&rsquo;est plus question aujourd&rsquo;hui pour d\u00e9signer les s\u00e9quelles de ce dernier conflit, de <em>shell stock<\/em> ou de syndrome de la guerre du Golfe, il n&rsquo;en reste pas moins que ce que l&rsquo;on classe pudiquement sous le terme g\u00e9n\u00e9rique de SSPT (syndrome de stress post-traumatique) \u00e0 d\u00e9faut de vouloir r\u00e9ellement nommer ce dont il s&rsquo;agit, rend la vie impossible \u00e0 des milliers de v\u00e9t\u00e9rans dont le retour \u00e0 la vie civile ne parvient pas \u00e0 se faire, mais aussi \u00e0 leurs familles, perp\u00e9tuant de ce fait les troubles de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Quant aux populations ayant subi la guerre, personne ne s&rsquo;en soucie r\u00e9ellement, chacun \u00e9tant trop occup\u00e9 \u00e0 se congratuler d&rsquo;une si belle victoire apportant une merveilleuse libert\u00e9 aux peuples opprim\u00e9s du monde.<br \/><br \/> C&rsquo;est cette exp\u00e9rience intime que Mike Ladd (rappeur am\u00e9ricain adepte d\u2019un <em>spoken words<\/em> po\u00e9tique et fils d&rsquo;un v\u00e9t\u00e9ran de la bataille des Ardennes en d\u00e9cembre 1944 et janvier 1945) et Maurice Decaul (v\u00e9t\u00e9ran de la guerre d&rsquo;Irak) ont transcrit dans les textes constituant l&rsquo;armature de ce <em>Sleep Song<\/em>, textes anglophones auxquels les po\u00e8mes de l&rsquo;Irakien Ahmed Abdul Hussein viennent apporter le contrepoint arabe.<br \/><br \/> En compagnie du pianiste Vijay Ayer, Mike Ladd travaille depuis trois ans d\u00e9j\u00e0 au recueil de paroles de v\u00e9t\u00e9rans d\u2019Irak et d\u2019Afghanistan, et c\u2019est dans ce cadre que les deux musiciens ont rencontr\u00e9 Maurice Decaul. De retour d\u2019Irak, ce dernier a entrepris des \u00e9tudes de litt\u00e9rature et c\u2019est en participant \u00e0 un atelier d\u2019\u00e9criture qu\u2019il a d\u00e9couvert l\u2019expression po\u00e9tique. La rencontre de ces trois pr\u00e9occupations ne pouvait que produire des \u00e9tincelles, et c\u2019est de la collision de ces deux mondes qu\u2019est n\u00e9 le projet <em>Sleep Song<\/em>, aller-retour permanent entre l\u2019Irak et Brooklyn ou Los Angeles, le pass\u00e9 des combats et le pr\u00e9sent des traumatismes.<br \/><br \/> D\u2019une voix un brin cass\u00e9e, avec une \u00e9locution toujours calme et rythm\u00e9e, presque lancinante, au <em>flow<\/em> rappelant par moment celui des pr\u00e9dicateurs ou des grands orateurs politiques \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine, Mike Ladd d\u00e9clame les souvenirs de son p\u00e8re disparu en 1973, dans la neige des Ardennes, les mains plong\u00e9es dans les entrailles encore chaudes d\u2019un camarade de combat. Il donne aussi la parole aux cauchemars d\u00e9lirants d\u2019un soldat jama\u00efcain, et aux r\u00eaveries hallucin\u00e9es d\u2019un ancien combattant revivant chaque nuit ses actes de guerre sous le soleil br\u00fblant du d\u00e9sert irakien <em>(\u00ab\u00a0in the ripples of this heat My finger molten bone I squeeze intent on watching my victim\u2019s head explode, my gun is jammed my friends\u2019 horror is my reflection in the puddles of my sweat soaked sheets\u00a0\u00bb)<\/em>. De ces r\u00eaves, il n\u2019est possible de se d\u00e9barrasser que par la chimie, et \u00ab\u00a0Rem killer\u00a0\u00bb \u00e9num\u00e8re la longue litanie des pilules encombrant la table de nuit de ces anciens soldats. Le verbe plus lent, moins assur\u00e9, Maurice Decaul \u00e9voque ses souvenirs du front dans un aller-retour entre la guerre et la \u00ab\u00a0paix\u00a0\u00bb qu\u2019il ne peut r\u00e9ellement retrouver, r\u00eave ses propres fun\u00e9railles et la douleur de sa m\u00e8re, \u00e9voque la photo de cette femme coll\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son casque et \u00e9chang\u00e9e \u00e0 un gamin combattant contre un Coca, et constate que huit ans apr\u00e8s, les fant\u00f4mes des soldats qu\u2019il a abattus ne viennent plus l\u2019emp\u00eacher de dormir, mais qu\u2019il parle toujours \u00e0 sa femme des yeux bleus et du regard de cette m\u00e8re irakienne dont il fouillait l\u2019appartement \u00e0 la recherche des armes de son fils, sentant le canon de son arme battre contre sa cuisse, et qu\u2019il continue \u00e0 dialoguer avec Simon, le compagnon d\u2019armes disparu qu\u2019il restaure dans ses r\u00eaves.<br \/><br \/> Entre ces paroles en anglais viennent s\u2019int\u00e9grer des improvisations, o\u00f9 il est question d\u2019une lavandi\u00e8re s\u2019en allant rincer dans l\u2019Euphrate tous les cauchemars qu\u2019on lui apporte, et des textes po\u00e9tiques en arabe, dits par leur auteur, Ahmed Abdul Hussein (ayant fui l\u2019Irak en 1990), parfois doubl\u00e9 par Mike Ladd comme pour ce \u00ab\u00a0Dialogue entre deux soldats morts\u00a0\u00bb, aux allures de long fragment d\u2019\u00e9criture automatique, une forme de surr\u00e9alisme onirique, sur fond de d\u00e9sert, de poussi\u00e8re, d\u2019\u00e9pines, de mythe \u00e9pique et de sang. Partout reviennent la chaleur, le goudron en \u00e9bullition, la lumi\u00e8re br\u00fblante et la poussi\u00e8re, omnipr\u00e9sente, qui d\u00e9s\u00e8che tout et qui assoiffe. On ne peut s\u2019emp\u00eacher, \u00e0 l\u2019\u00e9coute des rythmes et des sonorit\u00e9s de la po\u00e9sie arabe, charriant dans ses sonorit\u00e9s des torrents de nostalgie, de penser \u00e0 Mahmoud Darwich, porte-\u00e9tendard du genre, aur\u00e9ol\u00e9 de son combat pour la cause palestinienne et mort en 2008. Cette langue po\u00e9tique, qui a chant\u00e9 les d\u00e9lices du vin et des femmes avec Abou Nawas au huiti\u00e8me si\u00e8cle,  devenue aujourd\u2019hui langue de l\u2019exil, d\u00e9plore la perte, la guerre et le chemin sans retour : signe des temps ?<br \/><br \/> Cet ensemble de textes est port\u00e9 par un tissu musical composite et continu, dont Vijay Ayer (piano et diverses bidouilles \u00e9lectroniques), Serge Teyssot-Gay (guitare) et Ahmed Mukhtar (oud), mais aussi Mike Ladd (samples) entrem\u00ealent les fibres \u00e9paisses et tortueuses, pour produire une toile d\u00e9pouill\u00e9e et aride, mais qui n\u2019est pas sans gr\u00e2ce. C\u2019est qu\u2019en mati\u00e8re de dialogue entre oud et guitare, Serge Teyssot-Gay a de l\u2019exp\u00e9rience, et l\u2019on repense, par moment, dans le jeu des timbres, aux deux disques du projet <em>Interzone<\/em> (d\u2019autant que son complice Khaled Aljaramani est pr\u00e9sent dans la salle). Les deux instruments \u00e0 corde dialoguent, se poursuivent ou s\u2019effacent l\u2019un devant l\u2019autre, tandis que Vijay Ayer leur offre un terrain de jeu des plus confortables. Alternant entre le clavier du piano et celui de son ordinateur, il assure le r\u00f4le rythmique avec finesse et subtilit\u00e9, mais n\u2019en oublie pas pour autant les m\u00e9lodies, comme lorsqu\u2019il accompagne, seul, les voix. Mike Ladd vient ajouter, par moments, des samples d\u2019ambiance, dont d\u2019anciens enregistrements de musique orientale, dont les th\u00e8mes sont repris par les instruments sur sc\u00e8ne, qui s\u2019y m\u00ealent peu \u00e0 peu.<br \/><br \/> A l\u2019issue du spectacle, les musiciens quittent progressivement la sc\u00e8ne, revenant chacun, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, au silence, et ne laissant plus la parole qu\u2019\u00e0 Maurice Decaul, Ahmed Adbul Hussein et Mike Ladd qui \u00e0 leur tour s\u2019\u00e9clipsent sur un \u00ab\u00a0amin\u00a0\u00bb tombant, comme un couperet, sur ce <em>Sleep Song<\/em>. On ne dira rien de la rencontre d&rsquo;apr\u00e8s concert, monopolis\u00e9e par un universitaire aux questionnements navrants et tellement occup\u00e9 \u00e0 parler que les principaux acteurs du projet se retrouvent rel\u00e9gu\u00e9s au rang de figurants, pour ne retenir que l\u2019essentiel de ce projet, proche du chef-d\u2019\u0153uvre sans en \u00eatre un pour le moment, sans doute du fait d\u2019une guitare un peu trop monocorde dans ses sonorit\u00e9s, et d\u2019un fil qui se perd parfois d\u2019un texte \u00e0 l\u2019autre, nonobstant leurs qualit\u00e9s intrins\u00e8ques. Mais ce beau spectacle reste un <em>work in progress<\/em>, qui fait la part belle au texte et \u00e0 la parole. La po\u00e9sie annule la diff\u00e9rence des langues, les unifiant dans un propos commun, comme se fondent les souffrances des bless\u00e9s et morts des deux camps, d\u00e8s lors que l\u2019on raisonne en terme d\u2019humanit\u00e9 et non de politique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: right;\">par Fanny Layani<\/p>\r\n\n<p><br \/><strong>Guillaume Perret &amp; The Electric Epic (30 mars 2012),\u00a0Deux pi\u00e8ces cuisine (Blanc-Mesnil)<\/strong><br \/><br \/>Il en aura fallu du courage aux Parisiens pour s\u2019aventurer dans la banlieue lointaine du Blanc-Mesnil \u00e0 la recherche d\u2019un concert jazz de grande qualit\u00e9 ! C\u2019est en effet dans le cadre du festival Banlieues Bleues que Guillaume Perret et son Electric Epic se produisent \u00e0 Deux Pi\u00e8ces Cuisine en premi\u00e8re partie de Magic Malik. L\u2019occasion de pr\u00e9senter son premier album sortant encore chaud du studio ! <br \/> <br \/> La petite salle accueille d\u00e8s son ouverture des flots de visiteurs, venus passer une soir\u00e9e jazz en bonne compagnie dans une charmante salle. L\u2019introduction annonce imm\u00e9diatement la couleur : une nappe d\u2019ambiance cr\u00e9\u00e9e par Guillaume Perret et son saxophone. Une nappe d\u2019ambiance ? Oui, car la particularit\u00e9 de Guillaume Perret ne se situe pas uniquement dans son jeu, mais dans la myriade d\u2019effets par lesquels passe son saxophone. Le son est en effet trafiqu\u00e9 \u00e0 outrance pour notre plus grand plaisir. En r\u00e9sulte une atmosph\u00e8re \u00e9trange mais particuli\u00e8rement intrigante et attirante. <br \/><br \/> Bien \u00e9videmment, le saxophone ne serait rien s\u2019il \u00e9tait seul. Il faut avouer que Guillaume Perret est admirablement entour\u00e9 ce soir. Si l\u2019Electric Epic n\u2019est \u00ab\u00a0qu\u2019un\u00a0\u00bb trio accompagnant le saxophoniste, les bougres savent particuli\u00e8rement bien remplir l\u2019espace sonore. Le jeu irr\u00e9prochable de Jim Grandcamp \u00e0 la guitare et la frappe chirurgicale de Yoann Serra entourent, donnent un contexte au d\u00e9luge d\u2019id\u00e9es de Perret, jouent avec lui et gonflent cette ambiance \u00e0 la fois rock, jazz, fusion, presque <em>metal<\/em> par moments. Et que dire du son de basse de Philippe Bussonnet si ce n\u2019est qu\u2019il est particuli\u00e8rement rond et pr\u00e9sent ? Le mixage un peu fort de la basse la rend \u00e9crasante, mais fait aussi ressortir tout le <em>groove<\/em> des morceaux, ce c\u0153ur qui bat et donne vie \u00e0 la musique. <br \/><br \/> Comme le dit Perret lui-m\u00eame, ce concert, ces titres et cet album constituent une sorte de film auditif que le quatuor se compla\u00eet \u00e0 nous laisser entrevoir, dans les notes et les ambiances visuelles. Le concert atteint son apog\u00e9e sur un \u00ab\u00a0Circ\u00e9\u00a0\u00bb de toute beaut\u00e9, cette mont\u00e9e en puissance s\u2019achevant sur des motifs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s o\u00f9 l\u2019on sent cette complicit\u00e9 entre les musiciens, o\u00f9 il n\u2019y a plus de r\u00e9elle distinguo entre ce qui est \u00e9crit et le libre recours \u00e0 l\u2019expression musicale. <br \/><br \/> Cette soir\u00e9e \u00e0 la rencontre des genres montre les qualit\u00e9s de Perret en tant qu\u2019artiste complet et plus seulement de musicien. Il est d\u2019ailleurs tr\u00e8s \u00e9tonnant de voir le contraste avec la seconde partie assur\u00e9e par Magic Malik qui n\u2019aura malheureusement pas su conserver la foule, la salle se vidant progressivement apr\u00e8s le d\u00e9part de Perret de la sc\u00e8ne. Est-ce l\u00e0 une preuve que cette premi\u00e8re partie aurait sa place en t\u00eate d\u2019affiche ? Ou simplement que sa musique intense et profonde ait tant fatigu\u00e9 les esprits que le public se soit senti oblig\u00e9 de se coucher apr\u00e8s ?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: right;\">par Maxime Delorme<\/p>\n<figure class=\"wp-block-gallery columns-3 is-cropped\"><ul class=\"blocks-gallery-grid\"><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img src=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-1.jpg\" alt=\"\" data-id=\"19168\" data-full-url=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-1.jpg\" data-link=\"http:\/\/www.chromatique.net\/?attachment_id=19168\" class=\"wp-image-19168\"\/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img src=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-4.jpg\" alt=\"\" data-id=\"19169\" data-full-url=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-4.jpg\" data-link=\"http:\/\/www.chromatique.net\/?attachment_id=19169\" class=\"wp-image-19169\"\/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img src=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-5.jpg\" alt=\"\" data-id=\"19170\" data-full-url=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-5.jpg\" data-link=\"http:\/\/www.chromatique.net\/?attachment_id=19170\" class=\"wp-image-19170\"\/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img src=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-2.jpg\" alt=\"\" data-id=\"19171\" data-full-url=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-2.jpg\" data-link=\"http:\/\/www.chromatique.net\/?attachment_id=19171\" class=\"wp-image-19171\"\/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img src=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-3.jpg\" alt=\"\" data-id=\"19172\" data-full-url=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-3.jpg\" data-link=\"http:\/\/www.chromatique.net\/?attachment_id=19172\" class=\"wp-image-19172\"\/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img src=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-7.jpg\" alt=\"\" data-id=\"19173\" data-full-url=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-7.jpg\" data-link=\"http:\/\/www.chromatique.net\/?attachment_id=19173\" class=\"wp-image-19173\"\/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img src=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-9.jpg\" alt=\"\" data-id=\"19174\" data-full-url=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-9.jpg\" data-link=\"http:\/\/www.chromatique.net\/?attachment_id=19174\" class=\"wp-image-19174\"\/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img src=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-8.jpg\" alt=\"\" data-id=\"19175\" data-full-url=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-8.jpg\" data-link=\"http:\/\/www.chromatique.net\/?attachment_id=19175\" class=\"wp-image-19175\"\/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img src=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-6.jpg\" alt=\"\" data-id=\"19176\" data-full-url=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-6.jpg\" data-link=\"http:\/\/www.chromatique.net\/?attachment_id=19176\" class=\"wp-image-19176\"\/><\/figure><\/li><\/figure><\/ul>\n<p><strong>Sleep Song (27 mars 2012), Espace 1789 (Saint Ouen)<\/strong><br \/><br \/> La guerre d&rsquo;Irak, initi\u00e9e par les acharn\u00e9s de l&rsquo;\u00e9quipe de G.W. Bush au pr\u00e9texte d&rsquo;armes de destruction massive que l&rsquo;on savait pourtant fictives, n&rsquo;en finit pas d&#8217;empoisonner les Etats-Unis, des plaies toujours b\u00e9antes que Guantanamo ne cesse d&rsquo;infecter aux m\u00e9moires terrifiantes de Haditha et autres lieux de massacres. Le monde entier garde en m\u00e9moire ces images de soldats am\u00e9ricains diffus\u00e9es par Michael Moore dans <em> Fahrenheit 9\/11<\/em>, gamins de vingt ans terrifi\u00e9s sous leur acn\u00e9 adolescente, terrorisant \u00e0 leur tour la population irakienne du haut de chars \u00e9normes, que l&rsquo;on dirait tout droit issus d&rsquo;un film d&rsquo;anticipation, hurlant un <em>heavy metal<\/em> aussi brutal que colonialiste et symboliquement \u00e9crasant.<br \/><br \/> Une fois rentr\u00e9s, qui amput\u00e9, qui en apparence indemne mais souffrant de sympt\u00f4mes qui restent souvent peu analys\u00e9s et encore moins trait\u00e9s, ces soldats sont venus grossir les troupes de leurs a\u00een\u00e9s : ceux qui, de retour de la guerre du Golfe \u00e0 celle du Vietnam (mais sans doute peut-on aussi remonter jusqu&rsquo;\u00e0 la Seconde Guerre mondiale m\u00eame si l&rsquo;Am\u00e9rique triomphante d&rsquo;alors ne se posait pas ces questions), ont d\u00fb, sans v\u00e9ritable conscience de la part de la soci\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;ils retrouvaient, se faire une place dans un monde civil occidental qu&rsquo;ils ne reconnaissaient plus. Apr\u00e8s chacun de ces conflits, ils durent se r\u00e9ins\u00e9rer seuls, sans que soient prises en compte les s\u00e9quelles des combats, mais aussi de tout ce qui les entourait : la peur, la parano\u00efa, un racisme d&rsquo;autant plus profond qu&rsquo;il n&rsquo;est jamais clairement formalis\u00e9 par l&rsquo;arm\u00e9e, et toutes les substances plus ou moins l\u00e9gales absorb\u00e9es pour tenir, co\u00fbte que co\u00fbte, au feu et apr\u00e8s, lorsque reviennent les hanter les fant\u00f4mes de ces silhouettes \u00e0 peine entrevues et d\u00e9j\u00e0 pulv\u00e9ris\u00e9es, dans cette guerre contemporaine, anonyme et technologique o\u00f9 celui que l&rsquo;on tue n&rsquo;est plus un homme, pas m\u00eame un ennemi, tout juste une cible, floue, entrevue par le prise d&rsquo;une lunette de vis\u00e9e, ou pire, un simple \u00ab\u00a0d\u00e9g\u00e2t collat\u00e9ral\u00a0\u00bb.<br \/><br \/> S&rsquo;il n&rsquo;est plus question aujourd&rsquo;hui pour d\u00e9signer les s\u00e9quelles de ce dernier conflit, de <em>shell stock<\/em> ou de syndrome de la guerre du Golfe, il n&rsquo;en reste pas moins que ce que l&rsquo;on classe pudiquement sous le terme g\u00e9n\u00e9rique de SSPT (syndrome de stress post-traumatique) \u00e0 d\u00e9faut de vouloir r\u00e9ellement nommer ce dont il s&rsquo;agit, rend la vie impossible \u00e0 des milliers de v\u00e9t\u00e9rans dont le retour \u00e0 la vie civile ne parvient pas \u00e0 se faire, mais aussi \u00e0 leurs familles, perp\u00e9tuant de ce fait les troubles de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Quant aux populations ayant subi la guerre, personne ne s&rsquo;en soucie r\u00e9ellement, chacun \u00e9tant trop occup\u00e9 \u00e0 se congratuler d&rsquo;une si belle victoire apportant une merveilleuse libert\u00e9 aux peuples opprim\u00e9s du monde.<br \/><br \/> C&rsquo;est cette exp\u00e9rience intime que Mike Ladd (rappeur am\u00e9ricain adepte d\u2019un <em>spoken words<\/em> po\u00e9tique et fils d&rsquo;un v\u00e9t\u00e9ran de la bataille des Ardennes en d\u00e9cembre 1944 et janvier 1945) et Maurice Decaul (v\u00e9t\u00e9ran de la guerre d&rsquo;Irak) ont transcrit dans les textes constituant l&rsquo;armature de ce <em>Sleep Song<\/em>, textes anglophones auxquels les po\u00e8mes de l&rsquo;Irakien Ahmed Abdul Hussein viennent apporter le contrepoint arabe.<br \/><br \/> En compagnie du pianiste Vijay Ayer, Mike Ladd travaille depuis trois ans d\u00e9j\u00e0 au recueil de paroles de v\u00e9t\u00e9rans d\u2019Irak et d\u2019Afghanistan, et c\u2019est dans ce cadre que les deux musiciens ont rencontr\u00e9 Maurice Decaul. De retour d\u2019Irak, ce dernier a entrepris des \u00e9tudes de litt\u00e9rature et c\u2019est en participant \u00e0 un atelier d\u2019\u00e9criture qu\u2019il a d\u00e9couvert l\u2019expression po\u00e9tique. La rencontre de ces trois pr\u00e9occupations ne pouvait que produire des \u00e9tincelles, et c\u2019est de la collision de ces deux mondes qu\u2019est n\u00e9 le projet <em>Sleep Song<\/em>, aller-retour permanent entre l\u2019Irak et Brooklyn ou Los Angeles, le pass\u00e9 des combats et le pr\u00e9sent des traumatismes.<br \/><br \/> D\u2019une voix un brin cass\u00e9e, avec une \u00e9locution toujours calme et rythm\u00e9e, presque lancinante, au <em>flow<\/em> rappelant par moment celui des pr\u00e9dicateurs ou des grands orateurs politiques \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine, Mike Ladd d\u00e9clame les souvenirs de son p\u00e8re disparu en 1973, dans la neige des Ardennes, les mains plong\u00e9es dans les entrailles encore chaudes d\u2019un camarade de combat. Il donne aussi la parole aux cauchemars d\u00e9lirants d\u2019un soldat jama\u00efcain, et aux r\u00eaveries hallucin\u00e9es d\u2019un ancien combattant revivant chaque nuit ses actes de guerre sous le soleil br\u00fblant du d\u00e9sert irakien <em>(\u00ab\u00a0in the ripples of this heat My finger molten bone I squeeze intent on watching my victim\u2019s head explode, my gun is jammed my friends\u2019 horror is my reflection in the puddles of my sweat soaked sheets\u00a0\u00bb)<\/em>. De ces r\u00eaves, il n\u2019est possible de se d\u00e9barrasser que par la chimie, et \u00ab\u00a0Rem killer\u00a0\u00bb \u00e9num\u00e8re la longue litanie des pilules encombrant la table de nuit de ces anciens soldats. Le verbe plus lent, moins assur\u00e9, Maurice Decaul \u00e9voque ses souvenirs du front dans un aller-retour entre la guerre et la \u00ab\u00a0paix\u00a0\u00bb qu\u2019il ne peut r\u00e9ellement retrouver, r\u00eave ses propres fun\u00e9railles et la douleur de sa m\u00e8re, \u00e9voque la photo de cette femme coll\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son casque et \u00e9chang\u00e9e \u00e0 un gamin combattant contre un Coca, et constate que huit ans apr\u00e8s, les fant\u00f4mes des soldats qu\u2019il a abattus ne viennent plus l\u2019emp\u00eacher de dormir, mais qu\u2019il parle toujours \u00e0 sa femme des yeux bleus et du regard de cette m\u00e8re irakienne dont il fouillait l\u2019appartement \u00e0 la recherche des armes de son fils, sentant le canon de son arme battre contre sa cuisse, et qu\u2019il continue \u00e0 dialoguer avec Simon, le compagnon d\u2019armes disparu qu\u2019il restaure dans ses r\u00eaves.<br \/><br \/> Entre ces paroles en anglais viennent s\u2019int\u00e9grer des improvisations, o\u00f9 il est question d\u2019une lavandi\u00e8re s\u2019en allant rincer dans l\u2019Euphrate tous les cauchemars qu\u2019on lui apporte, et des textes po\u00e9tiques en arabe, dits par leur auteur, Ahmed Abdul Hussein (ayant fui l\u2019Irak en 1990), parfois doubl\u00e9 par Mike Ladd comme pour ce \u00ab\u00a0Dialogue entre deux soldats morts\u00a0\u00bb, aux allures de long fragment d\u2019\u00e9criture automatique, une forme de surr\u00e9alisme onirique, sur fond de d\u00e9sert, de poussi\u00e8re, d\u2019\u00e9pines, de mythe \u00e9pique et de sang. Partout reviennent la chaleur, le goudron en \u00e9bullition, la lumi\u00e8re br\u00fblante et la poussi\u00e8re, omnipr\u00e9sente, qui d\u00e9s\u00e8che tout et qui assoiffe. On ne peut s\u2019emp\u00eacher, \u00e0 l\u2019\u00e9coute des rythmes et des sonorit\u00e9s de la po\u00e9sie arabe, charriant dans ses sonorit\u00e9s des torrents de nostalgie, de penser \u00e0 Mahmoud Darwich, porte-\u00e9tendard du genre, aur\u00e9ol\u00e9 de son combat pour la cause palestinienne et mort en 2008. Cette langue po\u00e9tique, qui a chant\u00e9 les d\u00e9lices du vin et des femmes avec Abou Nawas au huiti\u00e8me si\u00e8cle,  devenue aujourd\u2019hui langue de l\u2019exil, d\u00e9plore la perte, la guerre et le chemin sans retour : signe des temps ?<br \/><br \/> Cet ensemble de textes est port\u00e9 par un tissu musical composite et continu, dont Vijay Ayer (piano et diverses bidouilles \u00e9lectroniques), Serge Teyssot-Gay (guitare) et Ahmed Mukhtar (oud), mais aussi Mike Ladd (samples) entrem\u00ealent les fibres \u00e9paisses et tortueuses, pour produire une toile d\u00e9pouill\u00e9e et aride, mais qui n\u2019est pas sans gr\u00e2ce. C\u2019est qu\u2019en mati\u00e8re de dialogue entre oud et guitare, Serge Teyssot-Gay a de l\u2019exp\u00e9rience, et l\u2019on repense, par moment, dans le jeu des timbres, aux deux disques du projet <em>Interzone<\/em> (d\u2019autant que son complice Khaled Aljaramani est pr\u00e9sent dans la salle). Les deux instruments \u00e0 corde dialoguent, se poursuivent ou s\u2019effacent l\u2019un devant l\u2019autre, tandis que Vijay Ayer leur offre un terrain de jeu des plus confortables. Alternant entre le clavier du piano et celui de son ordinateur, il assure le r\u00f4le rythmique avec finesse et subtilit\u00e9, mais n\u2019en oublie pas pour autant les m\u00e9lodies, comme lorsqu\u2019il accompagne, seul, les voix. Mike Ladd vient ajouter, par moments, des samples d\u2019ambiance, dont d\u2019anciens enregistrements de musique orientale, dont les th\u00e8mes sont repris par les instruments sur sc\u00e8ne, qui s\u2019y m\u00ealent peu \u00e0 peu.<br \/><br \/> A l\u2019issue du spectacle, les musiciens quittent progressivement la sc\u00e8ne, revenant chacun, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, au silence, et ne laissant plus la parole qu\u2019\u00e0 Maurice Decaul, Ahmed Adbul Hussein et Mike Ladd qui \u00e0 leur tour s\u2019\u00e9clipsent sur un \u00ab\u00a0amin\u00a0\u00bb tombant, comme un couperet, sur ce <em>Sleep Song<\/em>. On ne dira rien de la rencontre d&rsquo;apr\u00e8s concert, monopolis\u00e9e par un universitaire aux questionnements navrants et tellement occup\u00e9 \u00e0 parler que les principaux acteurs du projet se retrouvent rel\u00e9gu\u00e9s au rang de figurants, pour ne retenir que l\u2019essentiel de ce projet, proche du chef-d\u2019\u0153uvre sans en \u00eatre un pour le moment, sans doute du fait d\u2019une guitare un peu trop monocorde dans ses sonorit\u00e9s, et d\u2019un fil qui se perd parfois d\u2019un texte \u00e0 l\u2019autre, nonobstant leurs qualit\u00e9s intrins\u00e8ques. Mais ce beau spectacle reste un <em>work in progress<\/em>, qui fait la part belle au texte et \u00e0 la parole. La po\u00e9sie annule la diff\u00e9rence des langues, les unifiant dans un propos commun, comme se fondent les souffrances des bless\u00e9s et morts des deux camps, d\u00e8s lors que l\u2019on raisonne en terme d\u2019humanit\u00e9 et non de politique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: right;\">par Fanny Layani<\/p>\r\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><br \/><strong>Guillaume Perret &amp; The Electric Epic (30 mars 2012),\u00a0Deux pi\u00e8ces cuisine (Blanc-Mesnil)<\/strong><br \/><br \/>Il en aura fallu du courage aux Parisiens pour s\u2019aventurer dans la banlieue lointaine du Blanc-Mesnil \u00e0 la recherche d\u2019un concert jazz de grande qualit\u00e9 ! C\u2019est en effet dans le cadre du festival Banlieues Bleues que Guillaume Perret et son Electric Epic se produisent \u00e0 Deux Pi\u00e8ces Cuisine en premi\u00e8re partie de Magic Malik. L\u2019occasion de pr\u00e9senter son premier album sortant encore chaud du studio ! <br \/> <br \/> La petite salle accueille d\u00e8s son ouverture des flots de visiteurs, venus passer une soir\u00e9e jazz en bonne compagnie dans une charmante salle. L\u2019introduction annonce imm\u00e9diatement la couleur : une nappe d\u2019ambiance cr\u00e9\u00e9e par Guillaume Perret et son saxophone. Une nappe d\u2019ambiance ? Oui, car la particularit\u00e9 de Guillaume Perret ne se situe pas uniquement dans son jeu, mais dans la myriade d\u2019effets par lesquels passe son saxophone. Le son est en effet trafiqu\u00e9 \u00e0 outrance pour notre plus grand plaisir. En r\u00e9sulte une atmosph\u00e8re \u00e9trange mais particuli\u00e8rement intrigante et attirante. <br \/><br \/> Bien \u00e9videmment, le saxophone ne serait rien s\u2019il \u00e9tait seul. Il faut avouer que Guillaume Perret est admirablement entour\u00e9 ce soir. Si l\u2019Electric Epic n\u2019est \u00ab\u00a0qu\u2019un\u00a0\u00bb trio accompagnant le saxophoniste, les bougres savent particuli\u00e8rement bien remplir l\u2019espace sonore. Le jeu irr\u00e9prochable de Jim Grandcamp \u00e0 la guitare et la frappe chirurgicale de Yoann Serra entourent, donnent un contexte au d\u00e9luge d\u2019id\u00e9es de Perret, jouent avec lui et gonflent cette ambiance \u00e0 la fois rock, jazz, fusion, presque <em>metal<\/em> par moments. Et que dire du son de basse de Philippe Bussonnet si ce n\u2019est qu\u2019il est particuli\u00e8rement rond et pr\u00e9sent ? Le mixage un peu fort de la basse la rend \u00e9crasante, mais fait aussi ressortir tout le <em>groove<\/em> des morceaux, ce c\u0153ur qui bat et donne vie \u00e0 la musique. <br \/><br \/> Comme le dit Perret lui-m\u00eame, ce concert, ces titres et cet album constituent une sorte de film auditif que le quatuor se compla\u00eet \u00e0 nous laisser entrevoir, dans les notes et les ambiances visuelles. Le concert atteint son apog\u00e9e sur un \u00ab\u00a0Circ\u00e9\u00a0\u00bb de toute beaut\u00e9, cette mont\u00e9e en puissance s\u2019achevant sur des motifs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s o\u00f9 l\u2019on sent cette complicit\u00e9 entre les musiciens, o\u00f9 il n\u2019y a plus de r\u00e9elle distinguo entre ce qui est \u00e9crit et le libre recours \u00e0 l\u2019expression musicale. <br \/><br \/> Cette soir\u00e9e \u00e0 la rencontre des genres montre les qualit\u00e9s de Perret en tant qu\u2019artiste complet et plus seulement de musicien. Il est d\u2019ailleurs tr\u00e8s \u00e9tonnant de voir le contraste avec la seconde partie assur\u00e9e par Magic Malik qui n\u2019aura malheureusement pas su conserver la foule, la salle se vidant progressivement apr\u00e8s le d\u00e9part de Perret de la sc\u00e8ne. Est-ce l\u00e0 une preuve que cette premi\u00e8re partie aurait sa place en t\u00eate d\u2019affiche ? Ou simplement que sa musique intense et profonde ait tant fatigu\u00e9 les esprits que le public se soit senti oblig\u00e9 de se coucher apr\u00e8s ?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: right;\">par Maxime Delorme<\/p>\n<!-- wp:gallery {\"ids\":[19168,19169,19170,19171,19172,19173,19174,19175,19176]} --><figure class=\"wp-block-gallery columns-3 is-cropped\"><ul class=\"blocks-gallery-grid\"><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img src=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-1.jpg\" alt=\"\" data-id=\"19168\" data-full-url=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-1.jpg\" data-link=\"http:\/\/www.chromatique.net\/?attachment_id=19168\" class=\"wp-image-19168\"\/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img src=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/13830\/120330_GuillaumePerret_BanlieuesBleues-4.jpg\" alt=\"\" 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