{"id":18553,"date":"2011-05-05T00:00:00","date_gmt":"2011-05-04T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/12697\/110404_AvishaiCohen_Olympia-92.jpg"},"modified":"2011-05-05T00:00:00","modified_gmt":"2011-05-04T22:00:00","slug":"18553","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2011\/05\/05\/18553\/","title":{"rendered":"Avishai Cohen &#8211; Jazz \u00e0 contre-pied"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Jouer devant un Olympia complet plusieurs mois \u00e0 l\u2019avance (et avant m\u00eame la sortie de son dernier disque) n\u2019est pas chose courante pour un musicien de jazz, d\u2019autant plus qu\u2019une seconde date parisienne, programm\u00e9e pour le mois d\u2019octobre, est d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 sur le point de conna\u00eetre le m\u00eame sort. D\u2019aucuns ne manqueront pas d\u2019y voir une preuve suppl\u00e9mentaire de l\u2019affreuse compromission mercantile du contrebassiste. Quant aux autres, ils seraient bien mal avis\u00e9s de bouder leur plaisir, tant Avishai Cohen a prouv\u00e9 ce soir-l\u00e0 qu\u2019il savait rebondir o\u00f9 on ne l\u2019attendait pas et qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas du genre \u00e0 choisir la voie de la facilit\u00e9.<\/strong><br \/><br \/> En effet, alors que <em>Seven Seas<\/em> est sans doute son disque le plus orchestr\u00e9 et arrang\u00e9, Avishai Cohen fait le choix de laisser aux vestiaires ses comparses Karen Malka et Amos Hoffman, et de sillonner les routes en petit comit\u00e9 (Shai Maestro au piano et Amir Bresler \u00e0 la batterie, jeune gamin de vingt-et-un ans rempla\u00e7ant au pied lev\u00e9 un Itamar Doari retenu en ses p\u00e9nates par la naissance d\u2019un enfant). Il revient en cela au trio jazz ayant fait les heures de gloire de <em>Gently Disturbed<\/em>. D\u00e8s l\u2019introductif \u00ab Dreaming\u00a0\u00bb le ton est donn\u00e9 : la partie d\u2019ordinaire la plus charg\u00e9e du morceau est remplac\u00e9e par\u2026 un solo de contrebasse. Ce concert sera donc plac\u00e9 sous le signe de l\u2019improvisation et du d\u00e9pouillement, en contraste maximal avec les versions enregistr\u00e9es. Ce parti pris n\u2019est pas fait pour plaire \u00e0 tout le monde et on ne pourra pas accuser Avishai Cohen d\u2019avoir cherch\u00e9 le consensus. Comme pour parachever cette impression, la voix est relativement peu mise en avant, trait\u00e9e comme un instrument parmi d\u2019autres, et le contrebassiste semble prendre un malin plaisir \u00e0 jouer essentiellement les morceaux instrumentaux de ses deux derniers disques chant\u00e9s ! Les trois musiciens, tass\u00e9s en avant-sc\u00e8ne, sont ramass\u00e9s sur eux-m\u00eames malgr\u00e9 l&rsquo;immense plateau : il s\u2019agit bel et bien ce soir d\u2019un concert en trio et non d\u2019une vedette entour\u00e9e de simples faire-valoir.<br \/><br \/> Non content de jouer avec les rep\u00e8res d\u2019un public dont on sent bien pourtant qu\u2019une partie importante est arriv\u00e9e r\u00e9cemment dans le petit monde de l\u2019Isra\u00e9lien, tant les titres de <em>Seven Seas<\/em> l\u2019emportent \u00e0 l\u2019applaudim\u00e8tre, Avishai Cohen propose, d\u00e8s le second titre, une longue suite de nouveaux morceaux, ainsi qu\u2019il l\u2019avait annonc\u00e9 dans l\u2019entretien accord\u00e9 \u00e0 Chromatique en janvier dernier. On y retrouve, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019ailleurs de compositions ou de vieilles chansons tir\u00e9es d\u2019une tradition musicale ou d\u2019une autre, une signature, une \u00e9criture particuli\u00e8re et imm\u00e9diatement reconnaissable : un texte simple et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 sur une m\u00eame note  comme sur \u00ab\u00a0Halelia\u00a0\u00bb, ou un motif simple \u00e0 la contrebasse, autour desquels Avishai Cohen ou Shai Maestro modulent peu \u00e0 peu, en arabesque, et l\u2019on assiste \u00e0 la naissance progressive d\u2019une m\u00e9lodie. D\u2019autres titres sont trait\u00e9s de mani\u00e8re totalement instrumentale et les influences classiques des musiciens ressortent, au d\u00e9tour des chemins pris par l\u2019improvisation (ainsi, Shai Maestro s\u2019embarque dans un solo totalement mozartien sur le final de \u00ab\u00a0Halelia\u00a0\u00bb). Et si la formule instrumentale reste essentiellement orient\u00e9e vers l\u2019efficacit\u00e9 et le rythme, ce qu\u2019Amir Bresler ne se g\u00eane pas pour rappeler \u00e0 de fr\u00e9quents intervalles, les trois musiciens s\u2019autorisent des moments de grande finesse, avec une souplesse de nuances sans doute trop rare dans le monde du jazz.<br \/><br \/> Lorsque le trio revient en terres connues, comme avec \u00ab\u00a0Seven Seas\u00a0\u00bb, morceau phare du dernier album, ou \u00ab\u00a0Aurora\u00a0\u00bb, accueilli par une clameur de la salle, le soulagement d\u2019une partie du public est palpable : enfin, des rep\u00e8res auxquels se raccrocher ! Et pourtant, chacun de ces titres, d\u00e9pouill\u00e9 de ses arrangements et parcouru d\u2019improvisations, sonne de mani\u00e8re moins imm\u00e9diate. Ainsi \u00ab\u00a0Seven Seas\u00a0\u00bb d\u00e9bouche sur le premier solo de batterie d\u2019une longue s\u00e9rie, qui verra Amir Bresler se d\u00e9cha\u00eener, chaque fois un peu plus, jusqu\u2019\u00e0 ne plus savoir s\u2019arr\u00eater \u00e0 temps ! Avishai Cohen conclut en reprenant la parole, d\u2019un solo de contrebasse bien senti, voyageant d\u2019harmoniques en \u00e9pais sons graves, en passant par un jeu percussif sur la caisse de l\u2019instrument, renfor\u00e7ant encore le <em>groove<\/em> qu\u2019il ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019insuffler \u00e0 tout morceau lui passant entre les mains. Et c\u2019est un nouveau titre, superbe reprise de la chanson ladino \u00ab\u00a0Avraham Avinu\u00a0\u00bb, qui constitue le grand moment de la soir\u00e9e, en cl\u00f4ture du concert, et qui cette fois remporte une adh\u00e9sion sans r\u00e9serves et voit le public se lever comme un seul homme aussit\u00f4t le dernier accord plant\u00e9.<br \/><br \/> Le rappel prend des allures de messe (au sens propre d\u2019ailleurs, puisque le public ne cesse de se lever et de s\u2019asseoir) et voit revenir Avishai Cohen pour un d\u00e9sormais classique \u00ab\u00a0Alfonsina y el Mar\u00a0\u00bb interpr\u00e9t\u00e9 en solo. L\u2019intention diff\u00e8re de celle qui pr\u00e9valait lors de ses derniers passages en France : on est loin de la version rapide et presque l\u00e9g\u00e8re qui s\u2019\u00e9tait impos\u00e9e, le chant y retrouve une certaine densit\u00e9, avec un final dans les aigus virant au flamenco, d\u2019une grande aisance malgr\u00e9 la tessiture. Suit la sempiternelle salsa \u00ab\u00a0Para Monte Me Voy\u2026\u00a0\u00bb qui cette fois ne cl\u00f4t pas le concert puisque le trio y est rejoint par Sandra Carrasco, chanteuse flamenco ayant assur\u00e9 la premi\u00e8re partie. La troupe conclut sur un \u00ab\u00a0Besame Mucho\u00a0\u00bb amusant et d\u00e9cha\u00een\u00e9, sur lequel Amir Bresler semble avoir eu l\u2019intention de caser toutes les rythmiques possibles et imaginables, allant jusqu\u2019\u00e0 y glisser un beat disco, un plan metal et une partie purement funk, sous l\u2019\u0153il hilare de ses camarades, alors que les lumi\u00e8res se sont rallum\u00e9es depuis bien longtemps dans une salle manifestement aux anges.<br \/><br \/> Avishai Cohen a enregistr\u00e9 avec <em>Seven Seas<\/em> un disque que l\u2019on pourrait qualifier de \u00ab\u00a0grand public\u00a0\u00bb. Mais ce soir, c\u2019est \u00e0 un v\u00e9ritable concert de jazz, d\u00e9pouill\u00e9 et sans concessions, mais toujours intelligible, que l\u2019Olympia a assist\u00e9. Pari os\u00e9, mais pari gagn\u00e9. Voil\u00e0 qui risque une nouvelle fois de faire jaser dans le microcosme du jazz parisien.<\/p>\n<figure class=\"wp-block-gallery columns-3 is-cropped\"><ul class=\"blocks-gallery-grid\"><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img src=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/12697\/110404_AvishaiCohen_Olympia-2.jpg\" alt=\"\" data-id=\"18555\" data-full-url=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/12697\/110404_AvishaiCohen_Olympia-2.jpg\" data-link=\"http:\/\/www.chromatique.net\/?attachment_id=18555\" class=\"wp-image-18555\"\/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img src=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/12697\/110404_AvishaiCohen_Olympia-6.jpg\" alt=\"\" data-id=\"18556\" data-full-url=\"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/12697\/110404_AvishaiCohen_Olympia-6.jpg\" data-link=\"http:\/\/www.chromatique.net\/?attachment_id=18556\" class=\"wp-image-18556\"\/><\/figure><\/li><li 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