{"id":18299,"date":"2005-06-20T00:00:00","date_gmt":"2005-06-19T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/352c177ad8eae1833b66f1e676ddb532_XL.jpg"},"modified":"2005-06-20T00:00:00","modified_gmt":"2005-06-19T22:00:00","slug":"18299","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2005\/06\/20\/18299\/","title":{"rendered":"Magma &#8211; Magma"},"content":{"rendered":"<table width=\"100%\" border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">   <tr>      <td class=\"tablecentre\">        <h1> CONCERT : MAGMA<\/h1>       <table width=\"100%\" border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">         <tr>            <td width=\"50%\" valign=\"top\"><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/live_magma05_main.jpg\" width=\"220\" height=\"150\" border=\"1\" onClick='javascript:afficheMaxi(\"\/files\/images\/articles\/live_magma05_main_big.jpg\", \"Magma\")'><\/td>           <td width=\"3%\" valign=\"top\">&nbsp;<\/td>           <td width=\"47%\" valign=\"top\" class=\"maintext\">              \n<p><b>Artiste<\/b> : Magma<br \/> <b>Lieu<\/b> : Les Lilas, Le Triton<br \/> <b>Date<\/b> : Du 10 mai au 4 juin 2005<br \/> <b>Photos<\/b> : F.J.                <\/span>            <\/td>         <\/tr>         <\/table>       <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"><b>Magma semble avoir pris ses quartiers au Triton. Depuis 2002, la m\u00e9canique implacable de la zeuhl revient, chaque printemps, arpenter la sc\u00e8ne lilasienne. Elle tra\u00eene dans son sillage un peuple bigarr\u00e9 de fid\u00e8les et d\u2019acharn\u00e9s.<\/b><br \/> \t<br \/>         Apr\u00e8s quelques dates en 2002, une magnifique recr\u00e9ation d\u2019Offering en 2003 et sept d\u00e9flagrations lors des Tritonales de 2004, la question du \u00ab toujours plus vite, toujours plus haut \u00bb se posait. Comment aller plus loin ? L\u2019id\u00e9e fut d\u2019abord lanc\u00e9e comme une boutade, puis comme un d\u00e9fi, finalement relev\u00e9 : \u00ab alors, l\u2019an prochain, on fait un mois ? \u00bb. <br \/> Restait \u00e0 structurer l\u2019ensemble en un projet coh\u00e9rent et attractif : passer en revue l\u2019ensemble de l\u2019histoire du groupe en une immense r\u00e9trospective couvrant, sur trois semaines, la d\u00e9cennie 1970-1981, avant de clore par l\u2019\u00e9vocation de la p\u00e9riode actuelle. R\u00e9actualisation et red\u00e9couverte d\u2019un r\u00e9pertoire vieux de trente ans, pr\u00e9sence de \u00ab grands anciens \u00bb ayant marqu\u00e9 profond\u00e9ment l\u2019histoire du groupe et occasion pour les plus jeunes, de plus en plus nombreux ces derni\u00e8res ann\u00e9es, de d\u00e9couvrir enfin des morceaux qui n\u2019avaient parfois plus \u00e9t\u00e9 jou\u00e9s sur sc\u00e8ne depuis leur sortie discographique\u2026 tout concourrait \u00e0 faire de ce \u00ab mois Magma \u00bb un \u00e9v\u00e9nement proprement historique.<br \/> Ainsi, du 10 mai au 4 juin, Magma a pris ses quartiers au Triton, transformant pour un mois l\u2019antre du batracien en temple de la zeuhl.<br \/><br \/>  <b>ACTE I : mise en place des personnages.<\/b><br \/><br \/>  <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/live_magma05_1.jpg\" width=\"190\" height=\"143\" align=\"right\" border=\"1\" onClick='javascript:afficheMaxi(\"\/files\/images\/articles\/live_magma05_1_big.jpg\", \"Magma\")'>La premi\u00e8re semaine passait en revue les deux premiers albums de la tribu, qu\u2019\u00e0 l\u2019exception de l\u2019hymne \u00ab Koba\u00efa \u00bb, plus personne n\u2019esp\u00e9rait jamais entendre encore sur sc\u00e8ne. Lorsqu\u2019 \u00ab Aura\u00eb \u00bb ou \u00ab Malaria \u00bb retentissent pour la premi\u00e8re fois, en ce f\u00e9brile mardi soir, un \u00e9trange frisson parcourt la colonne vert\u00e9brale, entre bonheur et effroi. Les racines du grand Magma du milieu des ann\u00e9es soixante-dix sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, toutes les fondations sont ancr\u00e9es : rythmiques obs\u00e9dantes, progressions d\u2019accords parall\u00e8les \u00e0 l\u2019effet hypnotique, lignes m\u00e9lodiques distordues et enivrantes \u00e0 la fois, une musique faite de strates qui se superposent et s\u2019entrem\u00ealent \u00e0 n\u2019en plus finir. Les arrangements ont \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement travaill\u00e9s, et la pr\u00e9sence de trois jeunes musiciens (saxophones divers, clarinette et fl\u00fbte) donne \u00e0 l\u2019ensemble des couleurs parfois \u00e9trangement proches d\u2019un Messiaen ou d\u2019un Var\u00e8se ! \u00ab Stoah \u00bb, exhum\u00e9e des limbes, est d\u2019une violence extr\u00eame, qui ne cessera de se renforcer au cours de la semaine. La guitare hurle et se d\u00e9chire, toute en distorsion paroxystique et la basse gronde, mena\u00e7ante, tandis que Klaus Blasquiz, chanteur \u00ab historique \u00bb du groupe et invit\u00e9 de cette premi\u00e8re semaine, oscille entre borborygmes infernaux et chant lumineux, toujours en pleine puissance. <br \/><br \/>  Replac\u00e9 dans le contexte musical des toutes premi\u00e8res ann\u00e9es 70, ce r\u00e9pertoire prend une dimension suppl\u00e9mentaire. Rendues \u00e0 la vie sur sc\u00e8ne en ce d\u00e9but de si\u00e8cle, cette folie et cette violence musicales qui, aujourd\u2019hui encore sont actuelles, ne peuvent que rappeler combien Magma \u00e9mergeant en plein <i>flower-power<\/i> a pu retourner les esprits et les \u00e2mes, saccageant sauvagement le \u00ab bon go\u00fbt \u00bb du gotha musical du moment, pi\u00e9tinant sans le moindre m\u00e9nagement les conventions musicales, choquant all\u00e8grement tout \u00e0 la fois l\u2019esth\u00e9tique clinquante de la vari\u00e9t\u00e9 dominante et la d\u00e9jante fleurie <i>peace-and-love<\/i>. <br \/><br \/>  <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/live_magma05_2.jpg\" width=\"190\" height=\"143\" align=\"left\" border=\"1\" onClick='javascript:afficheMaxi(\"\/files\/images\/articles\/live_magma05_2_big.jpg\", \"Magma\")'>La seconde partie du concert reprend \u00ab Theusz Hamtaak \u00bb, dans une version plus sombre et puissante que celle pr\u00e9sente sur l\u2019enregistrement du Trianon (2000). Christian Vander joue comme un damn\u00e9, les yeux r\u00e9vuls\u00e9s, et propulse l\u2019ensemble des musiciens avec une \u00e9nergie farouche, lorsqu\u2019il ne s\u2019empare pas du micro pour un noir et s\u00e9pulcral duo avec Klaus Blasquiz. Le dernier soir, la violence de l\u2019interpr\u00e9tation est intense, Magma d\u00e9ploie une puissance imparable, le public du Triton est \u00e9lectris\u00e9 et finit litt\u00e9ralement assomm\u00e9 par un \u00ab So\u00ef-So\u00ef\/KMX \u00bb incandescent en rappel\u2026 qui ne l\u2019emp\u00eache pas de r\u00e9clamer, avec les forces qui lui restent, un ultime retour des musiciens, hurlant et temp\u00eatant pendant plusieurs dizaines de minutes.  <br \/><br \/>  <b>ACTE II : intrigue et premiers r\u00e8glements de comptes<\/b><br \/><br \/>   <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/live_magma05_3.jpg\" width=\"190\" height=\"143\" align=\"right\" border=\"1\" onClick='javascript:afficheMaxi(\"\/files\/images\/articles\/live_magma05_3_big.jpg\", \"Magma\")'>La seconde semaine soulevait sans doute le plus d\u2019attentes, \u00e0 la fois en raison du r\u00e9pertoire \u2013 celui de la p\u00e9riode commun\u00e9ment consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab mythique \u00bb allant de 1973 \u00e0 1976, reprenant deux des trois mouvements de la trilogie <i>Theusz Hamtaahk<\/i> \u2013 et de la pr\u00e9sence \u00e0 la fois attendue, critiqu\u00e9e d\u2019avance et largement controvers\u00e9e de Jannick Top. <br \/> En guise d\u2019entr\u00e9e en mati\u00e8re, les quarante-cinq minutes de \u00ab Wurdah Itah \u00bb font leur grand retour au Triton et ram\u00e8nent le public un an en arri\u00e8re. Stella Vander, Himiko Paganotti, Isabelle Feuillebois et Antoine Paganotti sont encore plus investis, et le duo de la fratrie Paganotti sur \u00ab Bl\u00fcm Tendiwa \u00bb est chaque soir un peu plus d\u00e9velopp\u00e9, et pouss\u00e9 un pas plus loin. Philippe Bussonnet joue comme si sa vie en d\u00e9pendait, plus puissant et incisif, comme s\u2019il fallait qu\u2019il donne, en un seul morceau, autant d\u2019\u00e9nergie et d\u2019intensit\u00e9 qu\u2019il n\u2019en d\u00e9ploie d\u2019ordinaire en un concert entier. Et pour cause\u2026 il a sur les \u00e9paules le poids d\u2019une saga enti\u00e8re, celle de Jannick Top : un nom, un pass\u00e9, une r\u00e9putation, un \u00ab son Magma \u00bb reconnaissable entre mille, des d\u00e9bats sulfureux, des retours maintes fois annonc\u00e9s et avort\u00e9s au sein du groupe\u2026 et accessoirement, un immense bassiste, tout simplement. <br \/><br \/>  Au cours des semaines pr\u00e9c\u00e9dentes, les discussions \u00e9taient all\u00e9es bon train. Viendra, viendra pas ? Les paris fusaient, tout comme les critiques, remarques sceptiques ou manifestations d\u2019enthousiasme. Souvent annonc\u00e9, jamais revenu, le petit bassiste \u00e0 lunettes \u00e9tait attendu au tournant, et ce d\u2019autant plus nettement qu\u2019outre sa r\u00e9putation de savonnette mouill\u00e9e d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agissait de rejouer avec Magma, une partie du public koba\u00efen ne lui a jamais pardonn\u00e9 sa carri\u00e8re de vari\u00e9t\u00e9s. Condamn\u00e9 d\u2019avance par certains, Jannick Top n\u2019avait pourtant rien \u00e0 prouver \u00e0 personne et a d\u00e9montr\u00e9 d\u00e8s les premi\u00e8res minutes de \u00ab Mekanik Destr\u00fcktiw Kommand\u00f6h \u00bb que m\u00eame en jouant derri\u00e8re Johnny Hallyday ou en participant \u00e0 toutes les grandes com\u00e9dies musicales des vingt-cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, il n\u2019avait pas totalement d\u00e9sert\u00e9 les rivages de la zeuhl. <br \/><br \/>  <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/live_magma05_4.jpg\" width=\"190\" height=\"143\" align=\"left\" border=\"1\" onClick='javascript:afficheMaxi(\"\/files\/images\/articles\/live_magma05_4_big.jpg\", \"Magma\")'>Son jeu a gagn\u00e9 en sobri\u00e9t\u00e9 et en impact : sans doute moins de notes qu\u2019auparavant, moins d\u2019effets sonores et moins de d\u00e9monstration technique, mais une puissance et une intensit\u00e9 nouvelles. Localis\u00e9 au plus bas des fr\u00e9quences, le son de son instrument passe en grande partie dans les infra-basses, propulsant la rythmique de Christian Vander avec une acuit\u00e9 douloureuse et faisant entrer l\u2019ensemble de la salle en vibration. Si le solo qu\u2019il propose n\u2019est pas des plus int\u00e9ressants, il a au moins le m\u00e9rite de l\u2019originalit\u00e9 : Top ne cherche pas \u00e0 renvoyer \u00e0 sa stature mythique de la p\u00e9riode 1973-1975 et vise l\u00e0 o\u00f9 personne ne l\u2019attendait, en d\u00e9calage complet avec les canons de la zeuhl. Il s\u2019en \u00e9loigne m\u00eame tant qu\u2019il propose le dernier soir, avant le rappel\u2026 une interpr\u00e9tation d\u2019un extrait d\u2019une suite de Bach pour violoncelle. Quoi qu\u2019il en soit, ce ma\u00eetre de la basse accorde son monde par son jeu implacable de pr\u00e9cision rythmique et de puissance sur \u00ab MDK \u00bb et, comme si cela n\u2019avait pas suffit, Magma se lance en rappel dans un \u00ab De Futura \u00bb d\u2019anthologie, qui r\u00e9unit sur sc\u00e8ne les deux bassistes de la soir\u00e9e (Philippe Bussonnet \u00e0 la basse piccolo). Lent, lourd et magistral de ma\u00eetrise, fulgurant dans ses acc\u00e9l\u00e9rations et apocalyptique lors de son final, \u00ab De Futura \u00bb n\u2019a sans doute jamais \u00e9t\u00e9 aussi tellurique. Il faudra pourtant r\u00e9cup\u00e9rer un minimum avant la semaine suivante.     <\/p>        <p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"> <b>ACTE III : d\u00e9monstration de puissance<\/b><br \/><br \/>  <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/live_magma05_5.jpg\" width=\"190\" height=\"143\" align=\"right\" border=\"1\" onClick='javascript:afficheMaxi(\"\/files\/images\/articles\/live_magma05_5_big.jpg\", \"Magma\")'>En troisi\u00e8me semaine, Magma abordait sa \u00ab p\u00e9riode \u00e9gyptienne \u00bb, avec deux des trois mouvements de la \u00ab seconde trilogie \u00bb, <i>Emehnteht-R\u00ea<\/i>. L\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne est silencieuse et solennelle, les trois chanteuses arborent sur leurs tenues noires une s\u00e9rie de hi\u00e9roglyphes et se tiennent, hi\u00e9ratiques, derri\u00e8re leur micro. Le silence se fait, le public est en haleine, enti\u00e8rement tendu dans son attente du cri ouvrant \u00ab Kohntark\u00f6sz \u00bb. Le fameux \u00ab Hamata\u00ef \u00bb retentit, suivi de quelques secondes d\u2019un silence pesant, qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019apocalypse. Les premiers accords de cette pierre angulaire du r\u00e9pertoire magma\u00efen sont d\u2019une intensit\u00e9 proprement incroyable. Les escarbilles volent des baguettes de Christian Vander qui massacre ses cymbales avec un sourire f\u00e9roce et jouissif. L\u2019ensemble est de plus en plus violent au cours de la semaine, et on en aurait presque fini par crier gr\u00e2ce, d\u00e8s les premi\u00e8res minutes, tant au bout d\u2019un moment, ni l\u2019esprit ni le corps ne sont plus capables d\u2019encaisser pareille puissance. <br \/><br \/>  <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/live_magma05_6.jpg\" width=\"143\" height=\"190\" align=\"left\" border=\"1\" onClick='javascript:afficheMaxi(\"\/files\/images\/articles\/live_magma05_6_big.jpg\", \"Magma\")'>\u00ab Kohntark\u00f6sz \u00bb est, dans l\u2019\u00e9criture, plus lourd, plus herm\u00e9tique et moins rythmique que le r\u00e9pertoire de la semaine pr\u00e9c\u00e9dente, l\u2019\u00e9criture s\u2019y fait plus monolithique encore, et les quelques vingt-cinq minutes du morceau passent promptement. Le public subjugu\u00e9 voyage, absent de lui-m\u00eame et ayant quitt\u00e9 toute r\u00e9f\u00e9rence rationnelle au monde. Magma \u2013 ou Herm\u00e8s ? &#8211; transporte, sur les traces de Kohntark\u00f6sz, dans la pyramide \u2013 \u00e0 moins que l\u2019on ne voyage en fait au c\u0153ur du mastaba. <br \/> Fr\u00e9d\u00e9ric d&rsquo;Oelsnitz, le second clavier du groupe, a laiss\u00e9 pour cette semaine place \u00e0 Benoit Widemann, complice de Christian Vander \u00e0 partir de 1975 et grand ma\u00eetre du mini-moog. Son implication est totale, ses interventions sont souvent lumineuses et fusent \u00e0 grande vitesse, s\u2019entrem\u00ealant dans des dialogues \u00e9chevel\u00e9s avec Emmanuel Borghi (claviers) ou James MacGaw (guitare). On a ainsi parfois l\u2019impression qu\u2019il n\u2019a jamais quitt\u00e9 le groupe ou presque tant la complicit\u00e9 semble pr\u00e9sente, comme si l\u2019exp\u00e9rience du Alien Quintett (qui r\u00e9unit Christian Vander, Philippe Bussonnet, Emmanuel Borghi, James MacGaw et Beno\u00eet Widemann, pour un r\u00e9pertoire tr\u00e8s jazz-rock) se trouvait ici prolong\u00e9e et approfondie. <br \/><br \/>  Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre dissout dans le creuset de \u00ab Kohntark\u00f6sz \u00bb, le public est lentement ramen\u00e9 vers la lumi\u00e8re par un \u00abLihns\u00bb qui voit Christian Vander prendre le chant, pour un moment de douceur, d\u2019apaisement, presque de tendresse. Les lueurs dans les yeux des spectateurs lors de la pause qui suit ne trompent pas : le voyage \u00e9gyptien est long, intense et ne laisse pas indemne, mais met du baume \u00e0 l\u2019\u00e2me. <br \/><br \/>  <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/live_magma05_7.jpg\" width=\"190\" height=\"143\" align=\"right\" border=\"1\" onClick='javascript:afficheMaxi(\"\/files\/images\/articles\/live_magma05_7_big.jpg\", \"Magma\")'>En seconde partie, Magma s\u2019attaque \u2013 enfin \u2013 \u00e0 \u00ab Emehteht-R\u00ea \u00bb, pi\u00e8ce ma\u00eetresse de la trilogie et sa nouvelle \u0153uvre \u00e0 venir. L\u2019histoire de ce morceau est similaire \u00e0 celle de \u00ab K.A. \u00bb, qui a fait l\u2019objet du dernier album du groupe : on ne connaissait jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent que quelques extraits de cette longue oeuvre, diss\u00e9min\u00e9s sur diff\u00e9rents disques et enregistrements pirates, \u00e9parpill\u00e9s aux quatre coins d\u2019une discographie foisonnante et d\u00e9sordonn\u00e9e (\u00ab Hhai \u00bb figurait sur le <i>Live<\/i> de 1975, \u00ab Zombies \u00bb sur l\u2019album <i>\u00dcd\u00fc W\u00fcd\u00fc<\/i> etc.). Aujourd\u2019hui, Magma s\u2019attache \u00e0 donner enfin vie \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019\u0153uvre et, comme \u00e0 son habitude, rode et laisse m\u00fbrir le r\u00e9pertoire sur sc\u00e8ne avant de le graver. Ce \u00abnouveau\u00bb titre est plus coh\u00e9rent et plus travaill\u00e9 dans ses arrangements que la version donn\u00e9e \u00e0 l\u2019Olympia en janvier dernier, \u00ab Hha\u00ef \u00bb explose de lumi\u00e8re avant que \u00ab Zombies \u00bb ne replonge sans m\u00e9nagement dans les t\u00e9n\u00e8bres les plus \u00e9paisses. Le dernier soir, \u00ab Emehnteht-R\u00ea \u00bb est pouss\u00e9 au-del\u00e0 des limites du supportable, des gens seront retrouv\u00e9s physiquement prostr\u00e9s, un homme tombe, une sensation g\u00e9n\u00e9rale d\u2019\u00e9puisement, une \u00e9trange impression d\u2019infini vertige, lorsque les applaudissements retentissent apr\u00e8s un long voyage. <br \/> L\u00e0 encore, le spectacle s\u2019ach\u00e8ve sur un morceaux moins \u00e9motionnellement violent, \u00ab Nono \u00bb, comme pour soigner et ramener lentement vers le r\u00e9el, et \u00ab The Last Seven Minutes \u00bb en rappel \u00e9lectrise \u00e0 nouveau la salle, avec son riff \u00e0 deux basses \u00e9pileptique. <br \/><br \/>  <b>Dernier acte : d\u00e9nouement<\/b><br \/><br \/>  <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/live_magma05_8.jpg\" width=\"190\" height=\"143\" align=\"right\" border=\"1\" onClick='javascript:afficheMaxi(\"\/files\/images\/articles\/live_magma05_8_big.jpg\", \"Magma\")'>La quatri\u00e8me et \u2013 d\u00e9j\u00e0 \u2013 derni\u00e8re semaine est plus \u00e9clectique, et reprend en premi\u00e8re partie ce qui constitue sans doute son r\u00e9pertoire le plus controvers\u00e9 : \u00ab Z\u00ebss \u00bb, sa mythologie du Kreuhn Kohrman et ses c\u00e9r\u00e9monies dans un grand stade antique, et \u00ab Otis \u00bb, \u00e0 la rythmique tr\u00e8s lin\u00e9aire et totalement atypique pour Magma, aux arrangements de cuivres moins travaill\u00e9s, plus directs, en doublure et ne reposant que sur l\u2019\u00e9nergie. <br \/> Ce r\u00e9pertoire \u00e9tait redout\u00e9 par une partie du public, apr\u00e8s la puissance ind\u00e9fectible des deux semaines pr\u00e9c\u00e9dentes qui rassemblaient les plus grandes \u0153uvres de Magma. Toutefois, transcend\u00e9es par un Christian Vander sans cesse au bord de la rupture, s\u2019arrachant sans le moindre remord les cordes vocales en duel avec la guitare sur \u00ab Z\u00ebss \u00bb ou \u00e0 la recherche du \u00ab cri \u00bb ultime sur \u00ab Otis \u00bb, ces deux pi\u00e8ces n\u2019apparaissent pas si d\u00e9cal\u00e9es et retrouvent m\u00eame une certaine coh\u00e9rence par rapport au reste de l\u2019\u0153uvre. <br \/> Enfin, pour clore ce \u00ab mois Magma \u00bb, en seconde partie, le groupe ferme la boucle avec \u00ab K.A. \u00bb, qui fait l\u2019objet d\u2019un r\u00e9cent album, brisant un silence discographique de plus de vingt ans. Si ce titre a d\u00e9j\u00e0 maintes fois fait la preuve qu\u2019il fonctionnait au mieux sur sc\u00e8ne, une question se posait tout de m\u00eame dans ce contexte : allait-il tenir la distance face au r\u00e9pertoire des semaines pr\u00e9c\u00e9dentes ? Que donnerait la comparaison, dans l\u2019\u00e9nergie du concert ? La soir\u00e9e du mardi laissait concevoir des inqui\u00e9tudes : peu coh\u00e9rent, largement d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, sans r\u00e9elle \u00e9nergie commune et tout en tension, \u00ab K.A. \u00bb faisait bien pi\u00e8tre figure. La suite de la semaine permettra \u00e0 Magma de montrer que ce titre fonctionne en fait tr\u00e8s bien. Plus a\u00e9r\u00e9 que les autres \u00abgrandes pi\u00e8ces\u00bb du groupe, il est sans doute aussi plus construit et plus ma\u00eetris\u00e9 dans l\u2019\u00e9criture. <br \/><br \/>  <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/live_magma05_9.jpg\" width=\"190\" height=\"143\" align=\"left\" border=\"1\" onClick='javascript:afficheMaxi(\"\/files\/images\/articles\/live_magma05_9_big.jpg\", \"Magma\")'>Les deux nouveaux morceaux annonc\u00e9s ne seront finalement pas jou\u00e9s : le dernier soir, le groupe offre \u00e0 un public fid\u00e8le et \u00e9puis\u00e9 un troisi\u00e8me set d\u2019anthologie, r\u00e9trospective de la r\u00e9trospective, venant couronner dans un esprit joyeux un mois de joie et de complicit\u00e9 (les plaisanteries et les sourires auront \u00e9t\u00e9 l\u00e9gion sur sc\u00e8ne tout au long de ces quatre semaines). \u00ab Iss Lansei Do\u00efa \u00bb avec les trois saxophonistes de la premi\u00e8re semaine et Klaus Blasquiz, la fin de \u00ab MDK \u00bb avec Jannick Top\u2026 et toujours Klaus Blasquiz, ce qui nous vaut la r\u00e9union sur sc\u00e8ne d\u2019une bonne partie du Magma de la mythique p\u00e9riode \u00ab Vandertop \u00bb, puis \u00ab De Futura \u00bb \u00e0 nouveau, toujours \u00e0 deux basses, plus lent encore qu\u2019en deuxi\u00e8me semaine. Les regards sur sc\u00e8ne ne trompent pas, ce soir est vraiment une grande f\u00eate. Le public est depuis longtemps au-del\u00e0 du d\u00e9lire, danse, saute, tr\u00e9pigne, chante, et confine \u00e0 l\u2019hyst\u00e9rie collective sur \u00ab Koba\u00efa \u00bb, qui met le Triton en \u00e9bullition en rassemblant les seize musiciens du mois sur sc\u00e8ne &#8211; seul manque \u00e0 l\u2019appel Beno\u00eet Widemann, alors aux Etats-Unis &#8211; sur le seul v\u00e9ritable refrain de la discographie de Magma, repris en c\u0153ur par quelques cent-quatre-vingt gosiers qui se d\u00e9pouillent des derniers lambeaux de cordes vocales qui leur restent. On voit m\u00eame quelques larmes embuer certains yeux dans ce moment historique de la zeuhl. <br \/><br \/>  <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/live_magma05_10.jpg\" width=\"190\" height=\"143\" align=\"right\" border=\"1\" onClick='javascript:afficheMaxi(\"\/files\/images\/articles\/live_magma05_10_big.jpg\", \"Magma\")'>Puis, tout \u00e0 coup, le silence, et la lumi\u00e8re se rallume une derni\u00e8re fois. Les yeux hagards, le sourire b\u00e9at, une partie du public quitte la salle, l\u2019air vaguement niais ou enfantin, c\u2019est selon. Tout le monde est sous le choc, atterr\u00e9 que \u00ab cela \u00bb soit d\u00e9j\u00e0 fini\u2026 et profond\u00e9ment heureux d\u2019y avoir particip\u00e9. Une frange d\u2019irr\u00e9ductibles cherche \u00e0 \u00e9terniser la soir\u00e9e au maximum. Ne pas partir, ne pas se quitter, tout faire pour que ce moment ne soit pas termin\u00e9, que demain n\u2019arrive pas encore. <br \/> Alors, d\u2019un m\u00eame mouvement, tous se mettent \u00e0 participer au d\u00e9montage et au rangement de la salle, comme pour mettre de soi-m\u00eame dans ce point final qu\u2019il faudra donner \u00e0 cette aventure exceptionnelle, humaine autant que musicale, entre les \u00abhabitu\u00e9s\u00bb du public (nombreux sont ceux qui ont assist\u00e9 \u00e0 deux ou trois soirs par semaine) et le groupe, mais aussi avec l\u2019\u00e9quipe du Triton, plus que jamais ouverte, accueillante, souriante et efficace. Au cours de la nuit, les conversations vont bon train. Toujours sourire aux l\u00e8vres et les yeux pleins d\u2019\u00e9toiles, le public se sent au Triton comme \u00ab\u00e0 la maison\u00bb, et c\u2019est, l\u00e0 aussi, une profonde r\u00e9ussite.    <\/p>       <p align=\"right\" class=\"dateconcert\"><b>Fanny Layani<\/b><br \/>Photos : F.J.<\/p>       <p align=\"center\" class=\"dateconcert\"> <strong><a href=\"http:\/\/http:\/\/www.chromatique.net\/index.php?option=com_k2&#038;view=itemlist&#038;layout=category&#038;task=category&#038;id=2&#038;Itemid=4\"><font color=\"#CA0B4E\"><font color=\"#157175\">          retour au sommaire<\/font><\/font><\/a><br \/>         <\/strong><\/p>   <\/tr> <\/table>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CONCERT : MAGMA &nbsp; Artiste : Magma Lieu : Les Lilas, Le Triton Date :&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":18300,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18299"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=18299"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18299\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18300"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=18299"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=18299"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=18299"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}