{"id":1245,"date":"2005-11-16T00:00:00","date_gmt":"2005-11-15T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/1245"},"modified":"2005-11-16T00:00:00","modified_gmt":"2005-11-15T22:00:00","slug":"1245","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2005\/11\/16\/1245\/","title":{"rendered":"Kate Bush &#8211; Aerial"},"content":{"rendered":"\n<p>Douze ans. C\u2019est ce qu\u2019il aura fallu attendre aux fans de Kate Bush pour que l\u2019Anglaise sorte d\u2019un hiatus musical prolong\u00e9 pour cause de maternit\u00e9. Au sortir d\u2019un <em>The Red Shoes<\/em> tr\u00e8s en de\u00e7\u00e0 de ses pr\u00e9c\u00e9dentes \u0153uvres, l\u2019ex-prot\u00e9g\u00e9e de David Gilmour avait tout simplement disparu de la surface du monde musical pendant presque toute la d\u00e9cennie 90, de sorte que l\u2019annonce de son retour sous forme d\u2019un double album avait attis\u00e9 toutes les rumeurs.<br \/><br \/> Le voici donc, cet <em>Aerial<\/em> bic\u00e9phal, \u00e0 l\u2019image du gigantesque <em>Hounds of Love<\/em> : une partie \u00ab chansons \u00bb et une partie concept, respectivement d\u00e9nomm\u00e9es <em>A Sea of Honey<\/em> et <em>A Sky of Honey<\/em>, et repr\u00e9sent\u00e9es par la pochette, qui \u00e9voque aussi une onde magn\u00e9tique. Une partie pour la vie quotidienne et une autre pour la r\u00eaverie, comme l\u2019atteste le splendide livret. <br \/><br \/> A l\u2019\u00e9vidence, <em>Aerial<\/em> est un tr\u00e8s bon disque. Mais il est tout aussi patent que la folie qui animait Kate Bush s\u2019en est all\u00e9e avec les ann\u00e9es : l\u2019adolescente tourment\u00e9e et un peu d\u00e9lur\u00e9e qui jouait de sa voix comme nulle autre a m\u00fbri, et c\u2019est aujourd\u2019hui une m\u00e8re de famille, qui s\u2019adresse d\u00e9sormais \u00e0 son public dans un registre plus conventionnel. En revanche, une nouvelle atmosph\u00e8re appara\u00eet : l\u2019isolement. Que ce soit dans sa description de sa vie quotidienne, de son entourage ou dans celle des jeux avec son fils Bertie, tout le disque semble bel et bien avoir \u00e9t\u00e9 construit en parall\u00e8le \u00e0 une vie priv\u00e9e un peu recluse, ce qui conf\u00e8re au disque une ambiance tr\u00e8s particuli\u00e8re, presque \u00ab Kubrickienne \u00bb. <br \/><br \/> <em>A Sea of Honey<\/em> est un recueil de morceaux plus ou moins imm\u00e9diats. \u00ab King of the Mountain \u00bb est bien entendu le titre le plus \u00e0 m\u00eame de constituer le \u00ab single \u00bb dont EMI avait besoin pour le lancement, avec ce qu\u2019il faut de sonorit\u00e9s r\u00e9tro pour attirer le \u00ab public cible \u00bb, mais qui se r\u00e9v\u00e8le aussi partiellement apr\u00e8s un certain nombre d\u2019\u00e9coutes.<br \/>Le reste est apais\u00e9, mais splendide : les cordes de \u00ab Bertie \u00bb proposent des m\u00e9lodies \u00ab baroques \u00bb d\u00e9cal\u00e9es du meilleur effet, et nous rappellent qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 du dernier travail de Michael Kamen, \u00ab How To Be Invisible \u00bb sonne comme du Talk Talk avec son <em>beat<\/em> atmosph\u00e9rique et \u00ab Pi \u00bb voit l\u2019Anglaise r\u00e9citer les chiffres du nombre magique avec sensualit\u00e9.<br \/> Mais point de sons invraisemblables, point de d\u00e9mesure. C\u2019est d\u2019ailleurs sur les morceaux les plus \u00e9pur\u00e9s que Kate Bush nous scotche vraiment, avec un simple piano : \u00ab Mrs. Bartolozzi \u00bb fait vibrer en contant la vie tristement monotone d\u2019une m\u00e9nag\u00e8re, et \u00ab A Coral Room \u00bb, d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la m\u00e8re de Kate Bush, r\u00e9cemment d\u00e9c\u00e9d\u00e9e, cloue litt\u00e9ralement d\u2019\u00e9motion pendant cinq minutes avant de terminer le disque de mani\u00e8re brutale et interrogative. Au final, sept chansons qui apportent toutes une variation int\u00e9ressante autour de l\u2019univers de l\u2019artiste.<br \/><br \/> La deuxi\u00e8me partie de l\u2019\u0153uvre ressemble \u00e0 un po\u00e8me pa\u00efen \u00e0 la gloire de m\u00e8re nature : s\u2019ouvrant sur des bruits d\u2019oiseaux, puis des chants et des rires et se cl\u00f4turant sur un envol assez \u00e9tonnant, on y retrouve en partie \u00ab l\u2019ancienne Kate Bush \u00bb. Ici, le talent de la compositrice est multiforme et emprunte au jazz-fusion (\u00ab Sunset \u00bb et ses guitares flamenco), \u00e0 la pop (\u00ab Somewhere In Between \u00bb), au rock (\u00ab Nocturn \u00bb), \u00e0 l\u2019\u00e9lectro (le br\u00fblant \u00ab Aerial \u00bb) voire \u2026 au progressif (\u00ab Prolog \u00bb, tr\u00e8s ax\u00e9 sur les claviers) ! Sur ce pav\u00e9 de quarante minutes, tout s\u2019encha\u00eene naturellement (les premiers morceaux \u00e9tant tr\u00e8s intelligemment li\u00e9s) et la musique est emprunte de f\u00e9minit\u00e9, une qualit\u00e9 finalement assez rare chez une artiste rock.<br \/><br \/> Moins hant\u00e9e qu\u2019auparavant, la voix reste reconnaissable entre mille et ne semble pas affect\u00e9e par les ann\u00e9es. De m\u00eame, elle persiste dans les acrobaties et \u00ab exp\u00e9rimentations \u00bb qui ont fait sa l\u00e9gende : murmures et chuintements sur \u00ab Mrs. Bartolozzi \u00bb, \u00ab p\u00e9tage de plombs \u00bb int\u00e9gral sur \u00ab Aerial \u00bb, etc. On retrouve \u00e9galement quelques voix masculines, ce qui ne manquera pas de surprendre \u00e0 la premi\u00e8re \u00e9coute : voix narr\u00e9es de Rolf Harris du second disque ou passage chant\u00e9 par Michael Wood au milieu de \u00ab A Coral Room \u00bb. <br \/><br \/> La production n\u2019est pas toujours optimale : avec des sonorit\u00e9s parfois trop synth\u00e9tiques et un mixage presque brouillon, les subtilit\u00e9s d\u2019<em>Aerial<\/em> ne sont pas toujours mises en valeur, m\u00eame si les passages calmes, les plus nombreux, sont irr\u00e9prochables. On aurait cependant appr\u00e9ci\u00e9 voir Kate Bush s\u2019allier \u00e0 un producteur ext\u00e9rieur plut\u00f4t que de s\u2019enfermer dans son propre studio avec son mat\u00e9riel d\u2019\u00e9poque, m\u00eame si elle n\u2019a que rarement proc\u00e9d\u00e9 autrement.<br \/><br \/> Le g\u00e9nie de la belle Kate s\u2019est donc patin\u00e9, contrairement \u00e0 celui de Peter Gabriel, rest\u00e9 intact : la folie a disparue pour laisser place \u00e0 l\u2019expression d\u2019une femme apais\u00e9e et particuli\u00e8rement talentueuse. Mais ce retour reste gagnant, pour de nombreuses raisons : l\u2019on n\u2019attendait plus ce disque apr\u00e8s un tel silence radio, et surtout, il est globalement tr\u00e8s bon. Enfin, on ressent un r\u00e9el plaisir \u00e0 voir les m\u00e9dias les plus \u00ab trendy \u00bb se prosterner devant Kate Bush, et lui reconna\u00eetre l\u2019ant\u00e9riorit\u00e9 sur Bjork, Tori Amos ou Alison Goldfrapp, et enterrer Madonna\u2026 Ce disque constitue donc aussi la preuve que l\u2019on peut vieillir heureux.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Douze ans. 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