coup de coeur
17 Août 2019

Free Human Zoo

No Wind Tonight

par Jean-Philippe Haas

Free Human Zoo fait partie de ces groupes français qu'il est difficile d'étiqueter avec précision tant il joue sur la perméabilité des genres, et ce dès 2014 et son premier EP Aïki Dõ RéMy, suivi en 2016 par Freedom Now !. Le public étant lui bien moins perméable (conservateur, puriste, segmenté, avez-vous dit ?), c'est peut-être la raison pour laquelle cette formation n'a pas encore la notoriété qu'elle mériterait, à l'image par exemple de Ghost Rhythms, autres audacieux de l'underground.

No Wind Tonight est un double album ambitieux, divisé, selon les termes du groupe en « quatre voyages, comme autant d’invitations à une Introspection partagée, comme autant de propositions de scenarii, tous propices à un Imaginaire mutualisé ». Le « Prologue » vous plonge immédiatement dans l'univers solennel de Magma, les chœurs en moins. Avec un petit côté martial, des motifs répétitifs entêtants, « Barbarossa » emboîte le pas sur une marche inexorable et vaguement inquiétante. Mais la référence à la bande à Vander ne fait pas long feu, Free Human Zoo n'étant guère du genre à garnir son arc d'une seule corde. On quitte alors la gravité des premiers titres pour se dérider avec les flûtes de « Die fröhlichen Kameraden », de « L'espoir au cœur », le jazz funky de « Pitchipoï ? », la légèreté de « My Little African Doll » ou encore la chaleur de la trompette et du saxophone sur « Revoir l'aurore », aussi sautillant que rythmé. Une multitude de genres se croisent ainsi, empruntant les passerelles du jazz sans forcément s'y attarder. Les thèmes de départ sont repris au terme de ce « Bab'Y », première partie d'un voyage ponctué de péripéties passionnantes.

Changement radical d'atmosphère sur le second disque qui s'ouvre sur une suite de six titres baptisés « Curritur ad Vocem ». Le premier d'entre eux, « Curritur », déploie un folk moyenâgeux interprété en latin par la chanteuse lyrique Camille Fritsch, bucolique et enjoué, qui donnerait presque envie de danser si l'on y entendait quelque chose en danses d'époque. « Sursum corda ! » remet la suite sur les rails d'une fusion jazz exubérante à souhait, mais on retrouve l'ambiance d'ouverture sur la deuxième moitié d'« Acta Est Fabula », avec une chanteuse quasi en transe lorsque le titre s'emballe, extatique. Les deux dernières parties de No Wind Tonight ne sont composées chacune que d'un seul morceau : « Talitha Koum », assez classique mais très chaleureux, suivi de « No Wind Tonight », dont le piano dominant, secondé par la contrebasse et le saxophone, clôt de façon apaisée quatre-vingt minutes de musique éminemment colorée.

La montée en puissance de Free Human Zoo depuis ses débuts est impressionnante. No Wind Tonight atteste que nous sommes en présence d'un grand, voire très grand groupe, qui sait puiser son inspiration au-delà de son champ de prédilection. Une ambition très largement couronnée de succès par un album dont chaque écoute ne cesse de vous ébahir par sa richesse et son dynamisme.

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir