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18 Septembre 2007

Eye 2 Eye

One in Every Crowd

par Jérôme Walczak
Eye To Eye est un groupe français chantant en Anglais. Deux craintes immédiates dans cette simple constatation : l’accent, les textes. La première appréhension s’estompe d’emblée : le chanteur sait parler l’Anglais, et ce qui pourra seulement lui être reproché, c’est sa petite faiblesse lorsqu’il s’agira de monter en puissance (le milieu de « Half of Me » ou « Private Fears »).
Les textes posent un peu plus de problèmes, mais qui, aujourd’hui, ira acheter un album uniquement dans le but d’entendre de la véritable poésie ? N’est pas Christian Décamps ou Fish qui veut. Cédons cependant à la facilité en commettant quelques traductions ricanantes mais n’enfonçons pas pour autant le clou plus allant, car le disque vaut mieux que cela. A première vue, le narrateur passe son temps à errer dans des espaces hostiles, bleus, pleins de nuages infernaux et durant ses errements, il « attend la symétrie, mais (problème), il n’y a que le chaos autour de lui » (« Half of Me »). Il explique aussi que « lorsque nous sommes amoureux, il y a quand même de la douleur » (« Love and Pain ») et que ce n’est pas parce qu’on a rencontré son amoureux sur Internet qu’on le connaît vraiment (« You »). Tout cela est saupoudré des inénarrables voix de cours de récréations, des klaxons, des voix au téléphone, des échos, des chuchotements qui sont la cheville ouvrière du genre.

Ce ne seront pas les paroles qui vont faire apprécier ce disque. Le style néo-progressif est de moins en moins affaire de textes, il faut s’y résoudre et chercher son bonheur ailleurs, ce qui, en l’occurrence, n’est pas si difficile à faire dans le cas présent car One in Every Crowd se laisse, malgré une production brouillonne, écouter avec plaisir, là est l’essentiel.

Eye To Eye invite donc dans un monde où le clavier aura la plus belle part. Celui-ci est bien maîtrisé et Philippe Benabes, un des co-producteurs, livre avec talent toute la gamme d’ambiances qu’est susceptible d’apporter son instrument. Des introductions au piano conférant à l’étrangeté (« Half of Me », « You », « One Day », des nappes dégoulinantes nolanesques, sans en abuser, et ce qui est véritablement la force de ce disque, ces harmonies longues où l’instrumentiste fait volontairement durer la note en la faisant discrètement et progressivement évoluer : on retrouve cela chez Sigur Ròs, par exemple, ou chez Tangerine Dream. Ici, on aurait largement pu abuser de tels procédés, car ils sont bien maîtrisés et ils permettent de présenter des transitions très habiles.

Certains défauts de la production sont à noter. Ainsi, la construction en boléro de « You » aurait mérité plus d’emphase, la basse « floydienne » est un peu trop prédominante sur « Private Fears » alors que, dans ce même morceau, il y a de somptueux effets de batterie (une marche militaire, qui rappelle ce qu’on entend sur Almost Human de Sensitive To Light) qui auraient amplement mérité d’être un peu exagéré : c’est du prog, que diable !

Ceci dit, on sent que les structures ont été travaillées et il faut laisser du temps à ce groupe : les morceaux longs sont très bien pensés, avec un effet circulaire où le piano de la fin vient rappeler celui du début (« Half of Me » et « One Day… ») et encore une fois, les claviers sont la véritable force de ce groupe. Les amateurs de Collage, de Sensitive to Light ou de Solar Project seront conquis. Les fans du grand Lucassen qui se laisseraient tenter par la reprise de « Back to Planet Earth » d’Ayreon (Actual Fantasy) peuvent se dispenser de la dépense, car elle apporte peu : le parti pris est acoustique (guitare, piano) mais le chanteur a du mal à monter dans les aigus sur le refrain.

Essai à transformer !
  • Année: 2006
  • Label: Musea

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