Cuba Missouri - Things I Wish I Had Not Just..

Sorti le: 14/04/2008

Par Mathieu Carré

Label: Make My Day Records

Site:

Quand on regarde de trop près un objet dans un miroir déformant, il arrive parfois que l’on perde tout repère et que l’on ne sache plus ce que dernier reflète. En prenant un peu de distance, on distingue alors les contours familiers, distendus, qui nous semblaient inconnus. La formation allemande Cuba Missouri provoque semblables réactions avec ce dernier album. Ecoutées une à une, les pistes s’accumulent sans trouver d’homogénéité globale a priori. L’ensemble est précis, produit avec un équilibre sonore remarquable mais on ne sait jamais trop sur quelle oreille écouter une ballade rehaussée d’électronique (« Outliving » en très bonne introduction), un hymne survitaminé et efficace (« Slow Ground ») ou un « White Barracks Resolution » et sa progression de neuf minutes aux effluves insistantes d’Oceansize.

Qualités indéniables, redondances horripilantes et donc ambiances changeantes, on appréhende difficilement Things I Wish I Had Not Just Called Things dans sa globalité ; comme le chantait Gilles Gabriel, « Faut que j’fasse le point, j’suis plus focus », pourrait s’exclamer l’auditeur désorienté. Deux pas de recul, un peu de détachement et les contours de l’album deviennent moins flous. Caché derrière le travail remarquable de mise en valeur, on découvre en fait un disque de power pop avec toutes les caractéristiques du genre originel. Jouant de tous ces clichés, Cuba Missouri livre un exercice de voltige sous haute-tension. Si les inévitables ritournelles gagnent peu dans l’émancipation, les morceaux plus énergiques trouvent dans ce traitement un regain d’intérêt, comme « Lover’s Leap » et sa mélodie si immédiate que l’on est persuadé de l’avoir déjà entendue. Quelques bons points certes, mais malheureusement, il manque souvent une matière première de qualité supérieure.

Fruit d’un savoir-faire germanique, usiné au micron près comme une pièce sortant rutilante des chaines de production de la Ruhr, Things I Wish I Had Not Just Called Things pourra, en roulant ses mécaniques, se faire une place au soleil dans le paysage musical actuel. Espérons toutefois qu’à l’avenir, Cuba Missouri trouve quelques idées et une grosse pointe de folie pour faire tourner cette prometteuse machine à plein régime.