David Gilmour - Remember That Night (DVD)

24/11/2007

Par Jean-Philippe Haas

Label: EMI

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2006 fut une année très particulière pour feu Pink Floyd. Alors que le groupe version 1969 au grand complet se reforme, l’année précédente, le temps d’un concert pour le Live 8, Syd Barrett meurt en juillet des complications d’un diabète et David Gilmour, semi-retraité depuis la tournée The Division Bell en 1995, sort un album solo, On an Island. Enregistré du 29 au 31 mai 2006 dans ce légendaire sanctuaire dédié aux arts, Remember That Night : Live at the Royal Albert Hall est le témoignage en images de la tournée qui suivit cet album.

Pour ces concerts destinés d’avance à être mémorables, David Gimour s’est entouré de fidèles : Richard Wright et Dick Parry évidemment, mais aussi Jon Carin et Guy Pratt, tous deux présents dans l’histoire de Pink Floyd depuis A Momentary Lapse of Reason, Phil Manzanera (Roxy Music), producteur de l’album solo de Gilmour, et le batteur Steve DiStanislao. Malgré l’ampleur de l’événement, la scène est sobre, le jeu de lumières simple bien que parfois un peu envahissant, lorsqu’il sature les musiciens de bleu ou d’orange. On est bien loin de la débauche d’effets spéciaux que proposait Pink Floyd pendant ses shows.
David Gilmour a pensé comme il se doit aux nostalgiques de Pink Floyd, venus dans l’espoir de retrouver des fragments de rêves anéantis par la séparation de leurs légendaires idoles. Le concert s’ouvre sur le début de The Dark Side of The Moon devant un public en extase. Beaucoup d’autres grands classiques de Pink Floyd (du moins ceux auxquels Gilmour a contribué) seront donnés en offrande pendant deux heures trente. D’aucuns s’interrogeront sans doute sur l’opportunité de reproduire On an Island dans son intégralité, mais le guitariste-chanteur a décidé sur cette tournée de jouer ce qui lui fait vraiment plaisir, à lui. Après tout, On an Island forme un tout et représente son œuvre solo la plus aboutie, toute en retenue, paisible, à l’image de son compositeur.
Une belle brochette d’invités, tous plus prestigieux les uns que les autres, se succèdent aux côtés de Gilmour : David Crosby et Graham Nash (dont Gilmour reprend le titre « Find The Cost of Freedom »), Robert Wyatt, et pour finir David Bowie, qui outre « Confortably Numb », interprète l’inattendu « Arnolds Layne », premier single de Pink Floyd, sorti avant même The Piper at the Gates of Dawn ! La foule, bien que sagement assise, manifeste vigoureusement sa joie.

L’esthétique de ce coffret est quasi-irréprochable. Les animations sont soignées et malgré la quantité impressionnante de matériel, on s’y retrouve assez facilement. L’option 5.1 est naturellement présente, tout comme de nombreux sous-titres, surtout utiles pour la partie documentaire du second DVD, qui mériterait d’ailleurs qu’on lui consacre une pleine page tant il regorge de petites perles. Pour ce qui concerne le contenu purement musical, d’autres titres tirés de ces deux grandes soirées sont présentés (notamment « Wearing the Inside Out », « Arnold Layne », « Comfortably Numb », chantés tous trois par Richard Wright), et des extraits de divers shows, dont plusieurs compositions écrites par Syd Barrett, en hommage posthume à son fantasque ami. La plus convaincante de ces prestations est sans aucun doute celle donnée pour la BBC au Mermaid Theatre. Gilmour y interprète la première partie de On an Island ainsi que « High Hopes ».
Trois documentaires s’ajoutent à ces titres bonus. L’un d’eux suit le groupe sur la tournée « On an Island » et s’ouvre sur une rencontre impromptue et très… polie entre Waters et Gilmour. Une scène qui vaut son pesant d’émotion pour le fan de Pink Floyd. Ce documentaire tente de recréer l’ambiance de la tournée, familiale et détendue, qui montre une bande de copains heureux de jouer, sans pression. Le making of de On an Island et quelques courtes séquences de la tournée US, s’ils sont moins intéressants, complètent fort logiquement ce portrait attachant de l’un des guitaristes les plus célèbres de l’histoire du rock. Enfin, des clips vidéo et une galerie de photos achèvent de faire déborder ce double DVD. Et pour les plus acharnés, quelques bonus cachés parviennent encore à se glisser au milieu de plus de cinq heures de matériel !

Remember That Night montre un Gilmour apaisé, rangé des voitures, jouant avec un plaisir évident ce qu’il a envie de jouer, tout simplement, avec ses amis, aux côtés de sa famille. Lorsque le rideau tombe, on se dit que ce grand monsieur aura enfin trouvé sa propre route artistique et gardé l’essentiel de Pink Floyd : la musique.