Yugen - Labirinto d'Acqua

06/03/2007

Par Jean-Philippe Haas

Label: AltrOck Productions

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La liste des titres en dit déjà long sur le contenu musical de ce Labirinto d’Acqua. De même que la liste des invités participant à ce projet, qu’il s’agisse de Udi Koorman aux manettes ou de Dave Kerman qui vient faire un bref coucou derrière les fûts. Il suffit en outre de jeter un œil au livret : les références à Satie et les commentaires décalés sont nombreux. On nage évidemment en plein RIO. Pourtant, qui aurait cru que l’un des pères de Yūgen, Francesco Zago, se lancerait avec l’aide de Marcello Marinone dans une telle aventure musicale, lui qui auparavant officiait dans The Night Watch (rebaptisé The Watch), spécialiste en mimétisme du Genesis de Peter Gabriel ?

Alors que le RIO peut paraître (et être) abscons sous de nombreux aspects, Yūgen le présente sous sa forme la plus dynamique, mélodique, mais toujours aussi audacieuse. Et les compositions sont souvent bien nommées. « Corale metallurgico » par exemple, étouffante de ruptures virtuoses, offre des passages parfois à la limite du prog metal, tout comme la première partie de « Le rovine circolari ». L’autre penchant de Labirinto d’Acqua, c’est évidemment la musique de chambre. Dès « Catacresi » Yūgen entreprend de délurer une batterie d’instruments classiques (violons, piano, clarinettes…) avec une formation progressive aux claviers foisonnants et au jeu névrotique.
En alternance avec ces compositions ambitieuses se place l’humour et l’autodérision de Satie. Ainsi, certaines transitions comme « Omelette norvegese » ou « Danse cuirassée » apportent une bouffée de détente après un maelström d’émotions, tout en gardant un caractère purement expérimental parfois comme c‘est le cas sur « Anastomosi » et ses ronronnements de cordes et de cuivres.
En eaux moins troubles se situe l’énorme « Quando la morte mi colse nel sonno » (« quand la mort me cueille dans le sommeil ») qui balaie un impressionnant spectre d’émotions. Mélancolie soutenue par les bois, angoisse générée par le saxophone et des cordes dissonantes, fureur exprimée par des guitares métalliques. Plus « classique » encore est le final « Incubi concentrici », à la structure hypnotique d’une redoutable efficacité.

Yūgen démontre sur cet exercice de haute voltige que le Rock In Opposition n’est pas encore enfermé dans ses propres clichés, que simplifier les structures par moments (pour peu qu’on puisse parler de simplification dans un tel style) n’est pas honteux lorsqu’il s’agit d’aller à l’essentiel : solliciter les émotions ataviques de l’auditeur. Si décousu qu’il puisse paraître, Labirinto d’Acqua est un rafraîchissant témoignage de la vivacité et de la diversité du style, trente ans après sa naissance.