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19 Février 2006

David Soltany

Diversity

par Djul
La vie est affaire de rencontres. Et sous notre ère moderne, elles ont souvent lieu de la manière la plus désincarnée qui soit, à savoir sur la toile. Pourtant, ce moyen de communication donne parfois naissance à de beaux projets, permettant de conjuguer à distance les talents. C’est ce qui explique, pour une petite partie, la réussite de ce disque, qui bien entendu reste l’œuvre de son unique compositeur, le jeune guitariste français David Soltany.

En effet, c’est sur notre forum que David, alias « Lixir », a fait connaissance d’autres artistes qui se retrouvent aujourd’hui sur ce premier essai solo. Autant de personnalités qui viennent enrichir ce disque : Greg Filibert et Jean-Pierre Louveton (de Nemo) à la guitare, les interventions au sax de Cyril Queneau-Pitol du groupe Hyskal, ou encore Dominique Picone, concepteur du splendide livret. Mais ce ne serait pas faire honneur à David Soltany de proposer une chronique pleines de private joke et d’autocongratulations, car ce disque mérite, comme toute œuvre, une oreille et une attention qui nécessitent un peu de recul.

Premier constat, pour une première tentative, le bien nommé Diversity frappe par son aspect très professionnel, malgré un enregistrement... en appartement. Pourtant, même si la section rythmique sonne parfois un peu trop mécanique, les effets de production et le mixage d’ensemble sont bien au-dessus du niveau moyen d’une autoproduction. Et d’ailleurs, « Dissolution », premier titre, étonne par son introduction électronique, ses percussions savamment distillées, avant de faire découvrir sa vraie nature, que l’on pourrait qualifier d’« Acid Rain » du disque. Car, à l’instar de ce titre culte de Liquid Tension Experiment, le morceau de Soltany est un excellent condensé, en version accélérée, de l’album : variété de tonalités, goût pour le metal progressif, et morceaux majoritairement techniques et instrumentaux. Mais si « Fastline » est issu de la même veine, dans une version plus mid-tempo et proposant une belle intervention de JP Louveton à la guitare, la suite est beaucoup plus variée, le guitariste s’effaçant pour accompagner élégamment chanteurs, bassistes, et même violoncelliste (la belle conclusion du disque). « Madjid », par exemple, pourrait être tirée d’une bande originale de film (à l’instar de la première partie de « Liquid World ») avec ses climats orientaux portés par une belle voix féminine, tandis qu’« Orbital Dream » inclut intelligemment des influences électroniques dans un morceau qui ne dépareillerait pas sur un album de Gordian Knot. Notons enfin qu’avec « Urban Mood », jazz rock paisible un peu Satrianien, et enluminé par les cuivres de Cyril, et « Sidewalk », Soltany démontre un goût prononcé pour des titres au « groove » irrésistible.

Etrangement, ce sont les deux seuls morceaux chantés qui semblent un peu en deçà, alors qu’ils devraient au contraire permettre de « souffler » dans un disque si porté sur l’instrumentation. « Mindscape » est peut être un peu trop inspiré par Dream Theater et Vanden Plas, avec un chant un peu nasillard et à l’accent assez prononcé, même si les refrains passent bien la rampe. Mais le titre démontre que Soltany pourrait tout à fait s’intégrer à un « vrai » groupe et proposer une musique de qualité. Quant à « Sous Ton Regard », chanté dans la langue de Molière par Muriel Schreiber, ses influences presque « variété » risquent de rebuter certains.

C’est une impression de grande maturité qui ressort de ce Diversity. Pour preuve, pas une seule fois dans cette chronique, nous ne nous sommes attardées sur un descriptif de la technique guitariste du musicien, pourtant impressionnante. Au contraire, nous avons parlé de composition, d’influences et d’idées, des éléments bien plus importants en matière musicale. Avec ce premier disque, déjà très achevé tant sur le fond que sur la forme, c’est un univers de possibles que dessine « Lixir », puisqu’il semble aussi à l’aise dans une expression soliste qu’avec d’autres musiciens, et ce dans différents styles musicaux. Bref, l’avenir nous dira où ce premier pas mènera David Soltany, mais où que ce soit, ce sera sans doute loin.
  • Année: 2006
  • Label: Autoproduction

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