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15 Mars 2010

Oh No Ono

Eggs

par Aleksandr Lézy
Les Scandinaves ont décidément le vent en poupe. Après les succès d’une flopée de Suédois, de Norvégiens et autres briseurs de glace, c’est au tour des Danois de Oh No Ono de faire parler la poudre. Avec ce jeu de mot ludique en guise de moquerie en direction de Yoko, veuve de feu-John Lennon, c’est avec décontraction et beaucoup de second degré masqué que cette formation atypique propose un deuxième album haut en couleurs et en émotion.

Après un premier pied de nez sorti en 2006 et ironiquement intitulé Yes, la formation devenue quintette avec la venue de Nis Svoldgaard à la basse modifie les contrastes et apporte une touche plus relevée à sa musique. Œuvre fantasmagorique, Eggs prend les allures d’une grande comédie musicale de Broadway menée par la troupe d’une communauté hippie extra-terrestre. Empreints de rock progressif par des envolées lyriques et des mélodies sophistiquées, les jeunes musiciens danois s’affranchissent de certains clichés rock pour évoluer dans une sphère légèrement plus pop et surtout truffée de sons électroniques.

C’est avec une certaine délectation que l’écoute de ce disque confère une impression chaleureuse et mystique. Les moments s’enchaînent intelligemment sans trop de précipitations et d’incohérences. En revanche, le côté « pop » apparaît rapidement comme un frein à une époustouflante inventivité. Malgré des morceaux longs et touffus, les différentes séquences manquent de répondant pour l’amateur de sensations fortes. Enfin, la voix de Malthe Fischer, sous ses aspects de jeune fausset, fatigue à la manière des aigus des frères Gibb des Bee Gees, dont on peut le rapprocher ; heureusement qu’il module dans les graves.

Il est à souligner en sus l’impressionnante production de cet album. Enregistré en différents lieux comme une forêt, des églises, la plage ou des usines abandonnées, Eggs respire la remarquable créativité et l’insoupçonné professionnalisme d’une nouvelle génération avide de reconnaissance. Dire non à Oh No Ono consisterait en un refus de voir se métamorphoser la musique progressive en une nouvelle ramification plus simple mais tout aussi subtile et recherchée.
  • Année: 2010
  • Label: The Leaf Label

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