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26 Avril 2009

Divers (Colossus)

Dante's Inferno...

par Jean-Philippe Haas
Forts déjà d’une bonne brassée de collaborations (aux succès artistiques divers, dirons-nous), l’association finlandaise Colossus et le label français Musea gravissent une marche supplémentaire dans la démesure. Dante Alighieri, qui n’avait rien demandé à personne, voit son œuvre majeure, La Divine Comédie, être prise pour cible par ce nouveau projet pharaonique. Les trente-quatre cantos de l’Enfer – premier cantique de la trilogie – sont le fil conducteur de ce quadruple album au livret bien fourni sur lequel autant de groupes apportent leur vision des pérégrinations de Dante dans les abysses infernaux.

Puisque chaque artiste est chargé de mettre en musique l’un des chants de l’œuvre de Dante, les vingt minutes obligatoires du cahier des charges ont été abandonnées au profit de formats plus digestes (de six à huit minutes en moyenne), ce qui donne lieu à des titres plus directs, sans trop de développements soporifiques. Des pointures du progressif international, passé ou actuel (Ars Nova, Il Castello di Atalante, Nemo, Little Tragedies, Tempano, Sinkadus, etc.), certaines ressuscitées pour l’occasion, côtoient de nouveaux venus prometteurs (Willowglass, Brighteye Brison, Groovector, Raimundo Rodulfo, etc.) mais également des formations totalement inconnues qui déploient beaucoup d’efforts pour convaincre. Certaines y parviendraient presque (Atlantis1001), ne fut-ce un propos convenu et un amateurisme parfois bien audible encore. D’autres font un peu de peine à entendre (qu’on bâillonne le chanteur d'Armalite, par pitié !).

Dans l’ensemble, les protagonistes respectent donc à la lettre les figures imposées, chacun selon sa sensibilité, qui s’inscrit le plus souvent entre Yes et Genesis, moyennant quelques digressions plus tortueuses à la Van Der Graaf Generator ou planantes à la Pink Floyd. Certains groupes n’hésitent pas cependant à prendre des libertés avec la clause vintage du contrat. Ainsi, Little Tragedies frappe fort avec son interprétation tout en puissance du passage de la porte de l’Enfer. Les Suédois de Brighteye Brison, à l’évidence influencés par le jazz et Gentle Giant, proposent l’une des compositions les plus originales, tandis que Garmond s’essaie en partie au RIO. Le Vénézuélien Raimundo Rodulfo mélange plus ou moins adroitement les influences alors que ses compatriotes de Tempano jouent la carte atmosphérique bruitiste. D’autres vieux routards du prog'ne sont pas en reste, bien que plus conventionnels. C’est le cas par exemple d’Ars Nova qui livre une composition à la fois épileptique et glorieuse, réellement possédée par son sujet. Enfin, quelques déceptions émaillent ces disques, des titres le plus souvent sans saveur qui se traînent péniblement, comme celui de Sinkadus.

De par son inconstance qualitative et son manque d’homogénéité, cette compilation géante ne favorisera guère la découverte de l’œuvre de Dante, si tant est que cela fut l’un des objectifs. Inferno sera plutôt l’occasion d’écouter quelques-uns de nos groupes fétiches dans l’exercice bien particulier du titre de commande, mais aussi et surtout de découvrir l’une ou l’autre formation réellement prometteuse. Reste que pour une compilation, son prix est bien élevé...
  • Année: 2008
  • Label: Musea

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