:|
09 Avril 2009

Narr

Oxymore dans la chrysalide des rêves

par Jérôme Walczak
Le Grenoblois Clément Werner est le concepteur de ce premier album de Narr. Cet auteur-compositeur, aux casquettes instrumentales bigarrées (basse, clavier et chant), nous invite dans un univers très personnel et, il faut bien le dire, relativement inédit. La première écoute avait laissé une impression pour le moins mitigée : une trame narrative et mélodique monocorde, sans relief réel, assortie d’une voix sombre, caverneuse, qui ne confère guère à l’écoute la légèreté ou l’insouciance a priori attendues. Aujourd’hui, les textes en français (surtout sur le label Musea) provoquent la fâcheuse réaction d’invoquer Ange de façon quasi instinctive.

Les dimensions auxquelles Narr convient sont obscures, torturées et rappellent par ses thèmes gothiques, nocturnes et mélancoliques la musique de Paatos ou de Nucleus Torn. Les écoutes successives finissent néanmoins par apprivoiser les oreilles, qui progressivement s’habituent à ces explorations expressionnistes. Force est de constater que cela finit par faire mouche. Il ne s’agit pas de plaisir d’écoute, dans le sens où la mélodie est inexistante, pas de chansons aisément mémorisables et surtout, il est extrêmement ardu de saisir toute la portée des textes (qui intriguent au demeurant en jetant un oeil aux appellations) en raison de la voix très basse de Clément Werner.

La qualité d’Oxymore dans la Chrysalide des Rêves provient avant tout de la recherche particulièrement aboutie dans la construction et les arrangements : il y a une évolution dans les harmonies, un mouvement qui attise notre curiosité. Dans ce climat lent, quelques pulsions largement rehaussées par la flûte et les guitares («  Ruisselle  », instrumental très réussi, par exemple) laissent à penser que ce disque possède un réel intérêt musical. Clément Werner est un artiste sensible et tourmenté et ses errements n’assombrissent pas l’état d’esprit de l’auditeur. Au contraire, ils l’enrichissent. Il manque néanmoins un élément important à ce disque : une voix plus puissante qui permettrait à ce travail de s’exprimer pleinement. On attend donc le papillon…
  • Année: 2009
  • Label: Musea

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir