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25 Janvier 2009

Nemo

Barbares

par Jérôme Walczak
« Les loups sont entrés dans Paris », chantait le poète : ce dernier n’est pas mort, et ses loups règnent désormais en maître. Gris, noir, sombre, parfois amer et à fleur de peau, c’est à ce triste constat que Nemo, formation française faisant désormais figure de proue incontestée du rock mélodique et progressif, nous invite. Revisiter notre époque, trouver la parole qui cingle, l’accord qui gifle, la morne plainte qui nous assaille, nous berce et nous transperce. Revisitées nos guerres du XXIème siècle ; brocardé le cynisme de nos imprécateurs cathodiques, exhumés les regrets, les peines et les chagrins des victimes : toute cette rage règne en maîtresse sombre et goguenarde dans Barbares, et plus encore.

Toute cette poésie, tantôt morbide, tantôt hargneuse, fait sens, finit par prendre racine dans une œuvre totale, soignée, peaufinée et qui se doit donc d’être saluée à sa juste mesure. La forme et le fonds se rejoignent sans violence, et cette bouffée d’acier trempé, vestige de chagrins et de colères pensés avec art, s’assume sans détour pendant cette heure musicale telentueuse. Les quatre premières secondes auraient pu décevoir, parce qu’elles étaient en accord direct avec un autre monde, celui des Si ; l’auditeur, alors, prend peur, se demandant s’il ne va pas, à nouveau, errer parmi des dimensions familières. Mais brusquement, tout explose : des mélodies inédites surgissent, la flûte et ses univers celtisants, doux, viennent seconder des textes carnassiers et incisifs. L’oreille est charmée par une curieuse potion, un écrin musical doux et accessible, traduisant pourtant une sourde colère.

Contrairement à quelques groupes bien plus amateurs, Nemo a su dissocier la tendance du fait : si mépris pour ce monde inhumain il y a, la musique l’accompagnant en est l’exacte antithèse. Le discours évolue dans un univers mélodique qui fait sens, qui allume méthodiquement chacune de nos émotions, qui grandit et finit par nous séduire. C'est autre chose que ces riffs alambiqués crachés dans nos tympans simplement pour nous faire part de quelques émois adolescents. Nemo est un groupe adulte, stable, complice, tranquille, où chacun des membres est un acteur parfaitement à sa place. Tout est juste dans ce disque : des ambiances accrocheuses et progressives (« L’Armée des Ombres »), une guitare virtuose mais polie, délicate, qui vient seconder sans tapages des atmosphères oniriques qui font mouche, quelques incursions dans les dimensions des années 70, quelque part entre Genesis et Camel, mais d’autres mondes, aussi, surgissent et se côtoient : celui des troubadours, de Ange, de Mad Max.

Barbares est l’Au-Delà du Délire de la première décennie du XXIème siècle. Le temps n’est plus au rêve du futur, le futur est là, bel et bien là. Nemo en prend acte, mais en grands artistes, ils savent enterrer nos rêves en en faisant émerger de nouveaux. Nemo cloue enfin le bec, une bonne fois pour toute, à ceux qui pensaient que le prog, le vrai, le seul, le mélodique, était mort. Colère, joie, peine, amour tourbillonnent sans interruptions, le clavier et la batterie ponctuent avec mesure ces évolutions, ces attaques ; enfin, Jean-Pierre Louveton submerge, inspire et guide avec panache cet ensemble d’une voix posée, calme, écorchée et juste. Sans conteste un des meilleurs disques de ces dernières années…
  • Année: 2009
  • Label: Quadrifonic

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