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04 Décembre 2015

Nick Gardel

Mal placé

par Jean-Philippe Haas

Nick Gardel trouve toujours le moyen de placer des allusions au prog' dans ses polars, ne serait-ce qu'en citant ça ou là ses groupes favoris. Mal placé, qui clôt la trilogie consacrée à Peter Raven, passe, quant à lui, tout entier au filtre progressif. En effet, chaque chapitre est plus ou moins directement relié à une piste du Misplaced Childhood de Marillion, l'un des albums concepts les plus célèbres dans le « milieu ». Alors que celui-ci fête cette année ses trente ans, l'écrivain alsacien lui rend ici hommage à sa façon.

On a découvert Peter Raven avec Nevermore et on l'a suivi dans Musical Box, sur des chemins jonchés bien malgré lui de cadavres. Marqué par un drame familial, l'énigmatique vagabond ne manque pas de croiser régulièrement un duo d'inspecteurs au verbe facile et à la minutie redoutable. Pourtant, cette fois-ci, les deux Jean - Anders et Davis - pas plus que leur nouvelle recrue David Benoît (des noms qui font référence aux chanteurs de Yes !), ne lui seront d'une grande utilité. Malgré leur présence sur les lieux du suicide de Gabriel Raven, le père volatilisé si longtemps absent, il faudra que le fils remonte lui-même vers la vérité que dissimule la mort mystérieuse de cet homme qui travaillait sous un nom d'emprunt dans un institut pour jeunes « à problèmes ». Peter est ainsi brutalement confronté à un passé dont les fils vont peu à peu se dénouer, un passé où son père a sauvagement assassiné sa mère…

Si l'histoire n'a que très peu de rapport avec celle développée par Fish sur le disque-monument de 1985, les références sont nombreuses, aussi bien dans les noms des personnages et des lieux qu'ils fréquentent (Nina, Mylo, Marie Lyon, le Lords of the Backstage...) que dans les emprunts directs aux paroles. Grand fournisseur de jeu de mots, Gardel n'hésite pas à en semer méthodiquement, comme cet épique « Quel lit ? Et c'est trop tard pour me dire que tu es désolé ». Les initiés apprécieront tout cela à leur juste valeur !

Il faut néanmoins préciser que ce roman se lit parfaitement bien, même si on passe au travers des citations savamment distillées tout au long de ses pages. Par ailleurs, la lecture des précédents épisodes peut certes étoffer ce troisième volet, mais Mal placé est indépendant et se suffit à lui-même. De l'humour, du suspense, un peu d'émotion aussi : c'est avec ces ingrédients que Gardel boucle en beauté les aventures de son personnage fétiche. Si la saga du corbeau s'achève, on espère toutefois que son auteur continuera à truffer ses futurs romans de message codés à destination de ses lecteurs progueux !

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