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27 Mars 2008

NHX

II

par Mathieu Carré
La vie s’emballe, le monde s’impatiente. Le rythme de la ville prend le dessus sur le réveil au chant du coq et on zappe tous comme des fous. Gaël Horellou, saxophoniste relié au souffle de l’électronique, participe avec NHX de ce constat implacable. Accompagné des membres (ou ex-membres) de Magma Emmanuel Borghi (claviers) et Philippe Bussonnet (basse), qui n’en finissent plus de se multiplier, et de Yoann Serra à la batterie, il expose un point de vue pertinent sur ce que pourrait devenir la musique dans cette jungle en béton.

Après que Niels-Petter Molvaer ou Erik Truffaz ont ébauché les contours d’un nouveau jazz plus électronique, Horellou relève donc le stimulant défi. Si les trompettistes usaient les textures et semblaient à la poursuite d’un certain lyrisme, le saxophoniste aborde le problème plus directement, et fonce droit dans le trafic aux heures de pointe. Sa musique résolument urbaine regorge d’angles droits, de feu grillés et de coups de frein intempestifs (« Shuffle »). Le saxophone trouve ici un rôle surprenant, au diapason de la section rythmique, il se mue en sirène de police ou en sonnerie de téléphone portable. Ces trépidations incessantes constituent les fondations de cet album résolument original, évoquant autant Amon Tobin que les tenants d’une approche plus rêche du jazz et de ses codes. Cependant l’intransigeance du propos, qui fait la force de NHX, rend délicat tout retour aux formes plus conventionnelles d’improvisation et de mise en valeur du phrasé.

Dans cet environnement sans pitié où le temps est haché, les cris prennent le pas sur les discours plus complexes d’Horellou, qui s’imposent difficilement, au contraire des étonnants lâchers de clavier de Borghi, où modems et ordinateurs en proie à leurs propres virus (« Crazyyy ») se fondent avec aisance dans ce visionnaire tableau.
  • Année: 2008
  • Label: DTC Records

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