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25 Décembre 2002

Nemo

Les Nouveaux Mondes

par Florian Gonfreville

Nemo est un groupe de rock progressif français à la guitare un peu tranchée, évoluant dans un espace en arrière-plan duquel on pourrait trouver Ange. Dans Les Nouveaux Mondes, tout est concept : Nemo s’engage à la Philéas Fogg pour un tour du monde de quarante-huit minutes. On se doit donc de baigner dans une atmosphère de découverte et suivre la progression des yeux occidentaux face aux mystères du monde tels qu’ils étaient envisagés au XIXe siècle par les contemporains de Jules Verne. 

Brisons de suite les clichés : c’est de rock progressif français qu’il s’agit, et pas de rock français. Si parfois un accent Axel Bauer résonne, c’est pour le côté « enfant à part » et énervé du garçon et pas pour l’aspect bateau. C’est donc plutôt du bon. L’ambiance y est : on se balade avec ce disque. C’est vrai, quelques défauts chatouillent parfois : le chant manque un peu de naturel lorsqu’il se veut profond et imposant (« Abysses » sans jeu de mots) alors qu’il n’est jamais meilleur que quand J-P. Louveton se laisse aller à la douceur ou au contraire à une certaine force (les bons « Tempête » ou « Dans la Lune » et surtout « Au dessus des Toits »). Les claviers et guitares sont parfois un peu linéaires ou récurrents, avec ces gimmicks sur quelques notes que l’on fait tourner encore et encore et trop longtemps, apparaissant dans chaque morceau jusqu’à agacer. 
Mais il y a ce swing du piano, il y a aussi des textes qui, malgré quelques clichés, collent à l’atmosphère jules-vernienne, touchent à la poésie et se voient dotés d’un relief que l’on prend plaisir à entendre grâce à des lignes bien pensées qui vous travaillent la mémoire (« Dans la Lune »). Le tout est servi par une section rythmique et particulièrement une batterie et des percussions qui donnent une dimension à certains morceaux comme on n’en avait pas vu depuis longtemps par chez nous : des rythmes porteurs, nerveux mais riches comme un plat en sauce font déplorer la migration annoncée du batteur vers les seules percussions, un de ses élèves prenant le relai. Enfin, il y a de vraies ambiances. On voyage, c’est réel, grâce notamment aux – nombreux – instrumentaux, tels « Nouveau Monde » ou encore « Les Fleuves Sacrés».

Nemo apporte du neuf, même si ce neuf est encore drapé de lointains effluves 80’s et de quelques imperfections. Par l’utilisation d’effets qu’on avait oubliés, comme le flanger ou le phaser que l’on entend aujourd’hui plus souvent chez Daft Punk que dans le rock, et une réelle maîtrise de la progression, le groupe sait faire évoluer l’état d’esprit de l’auditeur. Sans être une révolution, ce disque est une heureuse nouvelle, rafraîchissante, pour la scène française.

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