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16 Décembre 2007

Irfan

Seraphim

par Aleksandr Lézy
Il aura fallu cinq longues années pour pouvoir enfin poser une oreille sur le deuxième album d’Irfan ! Après la sortie en 2002 de leur magnifique premier disque éponyme, il semblait certain que le charme envoûtant de Denitza Seraphimova et la force mystique se dégageant de ce groupe bulgare annoncerait la bonne parole dans les années à venir. Et, sans vouloir tout dévoiler trop vite, Seraphim s’annonce sous les meilleurs auspices. Jouant sur une double appartenance avec le nom de la chanteuse, le séraphin – étymologiquement, le serpent «  brûlant » du désert – est dans la Bible un ange décrit par Isaïe avec trois paires d’ailes. Il y a vraiment de quoi s’envoler ! En vérité je vous le dis !

Irfan signifie la connaissance, la révélation, en Sufi. Le Sufisme est une tradition mystique au sein de l’Islam qui englobe divers degrés de croyances et de pratiques dédiées à l’amour divin et au culte des éléments du Divin à l’intérieur de chaque être humain. Irfan, c’est la beauté de l’Orient couplée au mystère des Balkans. Tourné vers le folklore bulgare, les chants mystiques orientaux, les chœurs balkaniques et la musique sacrée, Irfan propose une musique riche de sonorités par l’utilisation systématique d’instruments traditionnels et médiévaux comme le oud, le saz, le santoor, la viole de gambe, le tambura, le duduk, la darbuka, le daf, le zarb ou encore le riq … Il n’est pas tout de jouer tous ces instruments, il faut encore savoir s’en servir. Et là, la magie opère avec délicatesse. L’auditeur baigne ainsi dans un climat méditatif très intéressant et intense par la volupté des mélodies pures et sans fioritures. Les propositions harmoniques sont ingénieuses et ne tombent jamais dans les cadences évidentes. La musique d’Irfan est mystique, loin d’être joyeuse, et pourtant si belle. Les tonalités en mode majeur se révèlent de ci de là furtivement, provoquant ainsi une libération de tension accumulée, et retombe subrepticement dans des ambiances sombres, nostalgiques, sans toutefois être glauques.

Vient se rajouter à cet ensemble puissant, la voix de Denitza, élément majeur de la musique d’Irfan, soutenue par Vladislava Todorova. Dotées chacune de voix jouant sur deux registres, soprano et alto, Denitza et Vladislava envoûtent, subjuguent, époustouflent par leur pureté et leur justesse. Accompagnées avec modération par Kalin Yordanov (daf, bendir, darbouka) et sa voix grave et puissante, le mélange mixte donne du poids aux mélodies. Tout comme dans Le Mystère des voix bulgares, les chœurs approfondissent ainsi la musique du groupe. Parfois quasi a capella comme sur les deux petites pièces médiévales « Invocatio I et II », les voix en langue bulgare s’unissent pour transcender l’infini. Encore plus remarquable, Denitza s’efface totalement sur le dernier morceau « Return to Outremer » pour laisser le champ libre à Kalin pour sept minutes de mysticisme incantatoire qui clôturent Seraphim.
La production relève du sensationnel. Irfan était déjà doté d’une belle réalisation, cependant, Seraphim est tout simplement irréprochable : la profondeur du son et son incroyable cristallinité, le rendu de chaque détail, la clarté du traitement des voix et des instruments acoustiques.

Irfan propose ici un album d’une qualité et d’une beauté rares. Ce disque émerveille par ses mélodies, le choc des cultures qui viennent s’entremêler dans une osmose parfaite. La musique d’Irfan est tout simplement unique – même si elle peut s’apparenter à l’atmosphère d’un Dead Can Dance – et provoque émoi et frissons. Denitza, dont le travail vocal est ici remarquable, a laissé la place pour la tournée à Vladislava, pour se consacrer à un heureux événement. Espérons-leur un avenir maculé de reconnaissance !
  • Année: 2007
  • Label: Prikosnovenie

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