Interview

Hacride

30 Avril 2009

Hacride

par Nicolas Soulat

ENTRETIEN : HACRIDE

 

Origine : France
Style : death metal progressif
Formé en : 2001
Composition :
Samuel Bourreau – chant
Adrien Grousset – guitare
Benoist Danneville – basse
Olivier Laffond – batterie
Dernier album : Lazarus (2009)

C'est encore une fois dans l'atmosphère peu propice de l'antre du Chien Noir parisien (il ne faudrait pas que cela devienne une habitude) que les Poitevins nous ont confié les clés de leurs nouvelles approches artistiques, qu'elles soient musicales ou plus largement conceptuelles. Loin des rivages rocheux d'Amoeba, Hacride dévoile avec conviction que la prise de risque ne se calcule pas et que toute dissemblance avec leurs albums précédents n'est résolument pas fortuite, voire complètement volontaire. Ces talentueux Français aux épaules solides, prisonniers, ni de leur musique ni de leur démarche, relèvent un défi .

Progressia : Comment se passe l'entrée d'un album comme Lazarus dans l'arène du metal français lorsqu'on s'appelle Hacride et que l'effort est plutôt unanimement couronné ?
Adrien Grousset
: Une telle problématique se pose effectivement. Nous défendons notre album avec pédagogie lorsque cela s'avère nécessaire. Les réactions sont plutôt positives bien qu'un grand nombre de personnes puissent se retrouver complètement perdues, ce que nous comprenons parfaitement et avions, pour tout dire, anticipé.
Samuel Bourreau : Les critiques que nous recevons viennent d'habitués déjà bien ancrés dans l'abîme violent et décousu d'Amoeba. Ils ne se retrouvent pas dans la démarche plus lente et posée de Lazarus, qui est à mon sens tout aussi spontanée et agressive qu'obscure.

Vous semblez avoir privilégié le maintien d'une tension tout au long de l'album, serait-ce un aspect plus difficile à assimiler pour le fan ?
Adrien : Tu as bien résumé, c'est bien le terme qui dépeint Lazarus : une grosse tension.
Samuel : Lors du concert de Dijon lundi dernier, nous avons rencontré certaines personnes qui nous ont avoué ne plus adhérer à notre musique car cela leur semblait un peu mou, alors que d'autres nous ont confié avoir voyagé et totalement compris la démarche proposée.

Lorsque vous dites avoir anticipé les réactions, suggérez-vous que vous aviez en tête les grandes lignes avant de composer, ou vous en êtes-vous rendus compte en cours de route ?
Adrien : Nous savions que nous allions emprunter un chemin sur lequel personne ne nous attendrait. Nous ne souhaitions pas reproduire un second Amoeba mais privilégier la surprise quitte à prendre des risques. L'unité de Lazarus fut assez difficile à mettre en oeuvre tant nous avions décidé de prendre à contre pied toutes nos habitudes. Par conséquent, il nous est arrivé d'être complètement perdus lors des sessions d'écoutes. Entre les différentes couches sonores et les ambiances, le travail semblait titanesque mais c'est à ce moment précis que l'effort de groupe a payé. Nous avons fini par aboutir avec l'aide de notre producteur Franck Huseo à des compositions plus aérées, moins chargées, beaucoup plus intenses et organiques.
Samuel : C'est précisemment cet aspect qui démontre que souvent, la prise de risques est un exercice réfléchi, beaucoup plus difficile à mettre en oeuvre en travaillant sur l'unité plutôt que de proposer un ensemble éclaté, patchwork, à l'image d'Amoeba. Adrien est le principal compositeur. Les parties musicales brutes sont donc toutes écrites en amont. La disposition et les couleurs sont ensuite retravaillées, des textes jusqu'aux structures.

Le graphisme a-t-il été développé en parallèle ?
Adrien : Notre graphiste Alex a reçu les maquettes et s'est inspiré des tensions musicales pour essayer de retranscrire l'unité et l'aspect organique du mieux possible. Le concept est venu de son travail et de ce que la musique lui a évoqué. Cela nous a convaincus, nous avons donc tous poursuivi sur cette voie pour l'encourager à optimiser le coté torturé tout en restant simpliste... parce que finalement, c'est juste une tête ! (rires)

Avez-vous encore renforcé cette unicité par un concept et une histoire précise ? Lazarus semble résonner dans la tête de tout le monde sans que personne ne sache réellement d'où cela provient...
Samuel : Exactement ! Les paroles évoquent directement les conséquences du syndrôme de Lazare, une pathologie médicale qui explique les difficultés que rencontre un sujet ayant été confronté à sa propre mort. Plongé dans un quotidien totalement déphasé, il se sent étranger et presque mal à l'aise dans ce qui représente pour lui une vie complètement anormale. Un décalage que les textes soulignent en mettant l'accent sur les contrastes évidents entre l'homme qui a connu la mort et celui qui ne connait que la vie.

Vous vous rapprochez visiblement de contrées progressives musicales qui exploitent un concept. Comment allez-vous intégrer cette nouvelle démarche et l'adapter à la scène ?
Adrien : Nous ne nous sommes à vrai dire jamais vraiment considérés comme un groupe de death metal. Amoeba était déjà incontestablement un album de prog'. Lazarus poursuit cette logique et cette démarche constituant un univers musical qui fait certains choix au détriment de certains fans, malheureusement. Nous n'aspirons pas à nous cantonner dans quelque chose de précis. L'agressivité fait indéniablement partie intégrante de notre vocabulaire et nous la trouvons plus belle lorsqu'elle est réfléchie.
Samuel : On ne va pas te cacher qu'au fil des concerts en compagnie de groupes étiquetés « brutal death », la volonté de développer une musique plus atmosphérique et émotive s'est avérée de plus en plus tenace. On ne s'est pas tellement posé la question de savoir si les morceaux allaient être taillés pour la scène. Le but est proposer des structures cohérentes et un grand voyage qui ne soit pas ennuyeux, ni sur album, ni en live. C'est un projet ambitieux qui demande des conditions scéniques particulières. Afin que ces ambitions puissent s'accomplir et restent crédibles, il faut développer une identité qui transcende la musique en proposant un univers original. C'est ce à quoi nous nous employons.

Propos recueillis par Nicolas "Krouchni" Soulat
Photos de V.Chassat

site web : Hacride

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