coup de coeur
22 Novembre 2019

Tonbruket

Masters of Fog

par Jean-Philippe Haas

Tandis que le label A.C.T. continue de sortir des concerts du feu Esbjörn Svensson Trio (Live In London en 2018, Live In Gothenburg en 2019), les deux membres survivants de l'emblématique groupe suédois, Magnus Öström et Dan Berglund, poursuivent leurs explorations sonores, occasionnellement ensemble (dans le trio Rydmen) et le plus souvent dans leurs projets respectifs. Avec Johan Lindström, Martin Hederos et Andreas Werliin, Berglund croise les genres depuis plus de dix ans dans son « usine sonore » Tonbruket, dont tout nouveau disque contient son lot d'hybridations soignées, aventureuses mais qui n'exclut aucun public.

Dans un esprit toujours très cinématographique, chaque titre agit en catalyseur pour l'imaginaire de celui qui se laisse porter par onze titres dont la principale caractéristique est de ne pas se ressembler. « Masters of Fog » navigue placidement entre deux eaux, deux atmosphères brumeuses, l'une douce-amère, l'autre nettement plus inquiétante, où les ponctuations de la contrebasse et la batterie monolithique tissent un confortable matelas aux nappes de claviers et au chant de la pedal steel. Dans un même registre, on cède facilement à « A Tale of Fall » et la guitare délicate, toute en retenue de Johan Lindström. Pour autant, Tonbruket ne déroule pas le tapis rouge et sollicite l'effort juste au moment où on pensait quitter le sol à la suite des élans nostalgiques créés par le piano et le violon sur « The Enders ». « Enter the Amazonas » vous embringue ainsi dans ses expérimentations electro et krautrock, vous pousse vers un « Tonability » vaguement psychobilly dont la pedal steel - encore elle - et les claviers vintage évoquent une série policière américaine des années soixante. Sans respiration, vous voilà ensuite perdus dans les méandres étranges martelés par « Waiting For Damocles Sword ». En somme, Masters of Fog ne met jamais vraiment en sécurité, sautant de la répétition rassurante et acoustique de « The Barn » à la rugosité saccadée et électrique de « Wheel nr.5 ». Quant à ceux qui rechercheraient un album de jazz (quelle idée, quand même, sur un label consacré à ce genre depuis des décennies...), ils en seront également pour leurs frais : on en est très loin - ou plus précisément c'est ici une composante parmi d'autres - hormis peut-être sur le final « The Pavlova Murders ».

Plus que jamais dans la recherche d'ambiances et de sonorités nouvelles et surtout pas dans l'expérimentation bruitiste, ce sixième Tonbruket (si l'on compte le témoignage Live Salvation sorti en 2018) est à l'image de ses prédécesseurs : abordable et exigeant, dépouillé et sophistiqué. La classe suédoise.

Commentaires 

#1 _Ancestor_ 26-11-2019 15:31
Chouette cette chronique ! Du coup j'ai réécouté du TONBRUKET et je me suis rabiboché avec le groupe alors que je l'avais salement laisser choir.
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#2 wormateio hacks 02-12-2019 15:41
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