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13 Novembre 2019

Diallèle

Quatre Degrés

par Chrysostome Ricaud
dans

Diallèle est la transcription de diallèlos, nom grec de ce qu'on appelle aussi « cercle vicieux » ou « inférence réciproque », et qui consiste à définir un terme ou à démontrer une proposition au moyen d'un autre terme ou d'une autre proposition, qui ne peuvent eux-mêmes être définis ou démontrés que par les premiers (définition d’Universalis).

Derrière ce nom alambiqué et une pochette de disque qui laisseraient imaginer un groupe de death metal technique, se cache en fait un trio de math rock instrumental originaire de Poitiers. « You can’t judge a book by it’s cover » disent les Anglo-Saxons (« l’habit ne fait pas le moine » dirait-on en français, mais ça se prête moins à notre contexte) ! Bien que Quatre degrés ne soit que leur troisième LP, la formation existe depuis 2005 et mériterait beaucoup plus d’attention. Dans le créneau math rock qui est le leur, leur grande originalité réside dans la présence, en plus des traditionnels guitare et batterie, d’un saxophone jouant un rôle central dans l’équation de leur musique. On perçoit que Mathieu Lemaire, le saxophoniste et leader du trio vient du jazz, comme l’illustre d’entrée l’introduction totalement free de l’album ou encore l’interlude « Rogue ». La symbiose est parfaite entre le guitariste et le saxophoniste, seuls membres présents depuis les débuts du groupe, et dont l’homonymie laisse imaginer un lien de parenté. Dommage que la batterie manque de puissance et fasse par conséquent un peu pâle figure à côté de ce duo tonitruant et endiablé (la faute à une prise de son pas au top).

Dans un style musical qui s’y prête a priori assez peu, le groupe sait habilement varier les ambiances. Ainsi, sur « Last flower » par exemple, des violoncelles viennent enrichir les sonorités du trio et le résultat est magnifique. Tellement qu’on aimerait entendre tout un album avec cette formation (mais peut-être est-ce justement sa rareté qui fait autant ressortir ce morceau ?). Parfois c’est au sein d’un même morceau que les atmosphères varient, comme sur « Tooxow » où un saxophone lancinant devient progressivement inquiétant jusqu’à évoquer un barrissement furieux. Trop peu d’artistes empruntent de nouveaux chemins lorsqu’il s’agit de marier jazz et rock. Les musiciens de Diallèle sont de ceux-là et la formule qu’ils opèrent entre math rock et jazz est une réussite.

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