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16 Juillet 2019

Rymden

Reflections and Odysseys

par Chrysostome Ricaud
dans

En apprenant que la section rythmique d’E.S.T. (Dan Berglund : contrebasse, Magnus Öström : batterie) s’associait à Bugge Wesseltoft (piano) pour créer un nouveau trio de jazz scandinave, les attentes étaient grandes ! En effet, dans les années 90, le projet New Conception of Jazz de ce dernier ainsi que le trio du regretté Esbjörn Svensson avaient grandement participé à développer une forme plus moderne de la fusion jazz, notamment en intégrant l’influence des musiques électroniques à leur palette.

Les onze titres de ce premier album peuvent être très clairement regroupés en trois catégories. Il a déjà les intros de morceaux, atmosphériques ou bruitistes. Au nombre de quatre, celles-ci s’avèrent tout à fait dispensables.
Vient ensuite ce qu’on s’imaginait être le coeur du sujet : la fusion. Les quatre compositions rentrant dans cette catégorie prennent des formes très diverses. L’effréné « The Odyssey » s’inscrit dans la suite logique d’E.S.T., tandis que sur « Pitter-Patter », sur lequel Bugge passe au Fender Rhodes, c’est clairement le Return to Forever de Chick Corea qui est évoqué. Le pachydermique « Råk » tente d’opérer le rapprochement entre Meshuggah et le jazz et on ne peut s’empêcher de penser que Tigran Hamasyan a déjà largement et plus brillamment exploré ce filon. Enfin, « Bergen » joue la carte de la composition mélodique inspirée par la musique folklorique, créneau déjà très exploité dans le trio jazz. Après l’introduction du thème, les musiciens partent d’abord dans un développement très jazz avant de se lancer dans un deuxième développement beaucoup plus fusion.

La dernière catégorie de compositions proposée par ce nouveau trio est celle des ballades. Arrivé à mi-album, l'enchaînement « The lugubrious youth of Lucky Luke » - « The celestial dog and the funeral ship », jouées à un tempo extrêmement lent et pour une durée totale de 15 minutes (ce sont les deux morceaux les plus longs de l’album), a pour effet de plomber totalement l’ambiance. Le disque se termine sur une ballade (« Homegrown »), mélodique et assez classique.

Si Reflections and Odysseys est tout à fait honorable, on reste un peu sur notre faim. Le public du jazz fusion, amateur de sensations fortes, trouvera certainement que les deux ballades au centre de l’album sont de trop. Il regrettera également le manque d’innovation et de prise de risque, chacune des compositions de ce registre ayant tendance à évoquer l’oeuvre d’artistes déjà existants. S’il s’était agi de jeunes musiciens enregistrant leur premier album, on y aurait vu des talents émergents, n’ayant pas encore vraiment trouvé leur personnalité, mais plein de promesses pour l’avenir. Venant de vieux briscards reconnus et au CV déjà bien rempli, on s’attendait à plus.

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