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04 Février 2019

Genesis

Invisible Touch

par Jean-Philippe Haas
dans

Depuis ...And Then There Were Three... (1978), Genesis a amorcé un virage nettement plus « grand public », tout en gardant une certaine tendresse pour les titres un peu alambiqués. Qu'il s'agisse de ce premier disque sans Steve Hackett, de Duke (1980), Genesis (1983) ou même Abacab (1981), le trio à présent mondialement acclamé persiste à placer dans ses albums des compositions assez éloignées des canons commerciaux, du moins au niveau du format. Même au sommet de sa popularité, il continue ainsi de jouer ces morceaux longs, et le public apprécie. En témoignent les concerts comme le Live at Wembley Stadium (1988, réédité en DVD en 2003) ou The Way We Walk : The Longs (1993), de la tournée We Can't Dance sur lequel on trouve même un long medley comprenant des passages de la période Peter Gabriel.

Alors que paraît Invisible Touch, en 1986, chaque membre du trio est déjà parti avec succès en escapade. Phil Collins a trois albums derrière lui, avec l'énorme réussite que l'on sait, Tony Banks a réalisé A Curious Feeling (1979) et The Fugitive (1983). Quant à Mike Rutherford, après deux disques en solo, il vient de connaître un gros succès, en particulier aux États-Unis, avec Mike + The Mechanics. Mais s'il existe un ensemble dont le talent est supérieur à la somme des individualités qui le composent, c'est bien Genesis . Invisible Touch est donc loin d'être une récréation pour les Britanniques. Bien au contraire, le groupe est en train de devenir une machine à tubes (pas moins de cinq des huit titres connaîtront une sortie individuelle) dont Collins est peu ou prou devenu le capitaine. Les chansons légères comme « Anything She Does » voire sirupeuses (« In Too Deep ») ne sont peut-être restées que dans les mémoires des fans du batteur/chanteur, mais « Invisible Touch » et « Land of Confusion » (et son fameux clip parodique reprenant les marionnettes de l'émission britannique Spitting Image) sont des modèles d'efficacité sans pour autant donner dans la facilité.
Bien que la virtuosité ne soit plus du tout au centre du débat, le passé progressif n'est pas renié pour autant ; certes, « Tonight, Tonight, Tonight », malgré ses presque dix minutes (mais sorti en single dans une version expurgée de ses passages instrumentaux), conserve un refrain éminemment facile à retenir et à chanter. Et l'instrumental « The Brazilian », dominé par les claviers de Banks et des sons synthétiques, ne ferait pas tache sur un album de Jean-Michel Jarre de la même époque. Mais un titre épique comme « Domino », plus de dix minutes au compteur, avec ses deux parties très tranchées, serait un choix impensable aujourd'hui pour la maison de disques d'un groupe d'une telle envergure.

Quoique marqué par le son des années quatre-vingt au niveau de la batterie et de certains claviers, Invisible Touch reste donc un grand album de Genesis, parfaitement écoutable et appréciable aujourd'hui encore, grâce à la diversité des atmosphères et à une personnalité unique, lointainement nourrie par le rock progressif. De là à dire que c'est ce qui a empêché le groupe de sombrer dans les travers de cette décennie, il y a un pas qu'on se gardera bien de franchir.

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