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03 Décembre 2018

Mermonte

Mouvement

par Chrysostome Ricaud

Depuis leur premier album, ces Rennais ont développé une identité sonore qui n’appartient qu’à eux, une qualité qui n’est pas donnée à tout le monde. Les ingrédients du son Mermonte sont les suivants : l’omniprésence des idiophones, les voix harmonisées utilisées comme des instruments jouant des accords, les riffs de guitare joués de manière frénétique et robotique (caractéristique du son post-rock), l’utilisation de mesures impaires, les arpèges de guitare en picking, l’ajout d’instruments typiques de la pop de chambre (cordes, cuivres). La recette fonctionnait à merveille sur les deux premiers albums.

Plus de quatre années se sont passées depuis leur dernière livraison. C’est donc avec circonspection qu’on découvre ce Mouvement. Le groupe mené par le multi-instrumentiste Ghislain Fracapane a-t-il évolué ou continue-t-il à creuser le même sillon ? La réponse est entre les deux. Les sonorités si typiques de Mermonte sont toujours là. Mais le changement majeur est à chercher du côté de la voix qu’ils avaient plus l’habitude d’utiliser comme un instrument jusqu’à présent. Car, pour ce troisième album, des chanteurs sont invités à se produire avec eux : Devin Yuceil (Delta Sleep) sur «  Time Travel  », Stuart Smith (This Town Needs Guns) sur «  x3/x13  », Laetitia Sadier (Stereolab) sur «  Le cri de l’appelant  » et Dominique A sur «  Forces de l’ailleurs  ». Le résultat est très différent selon si le chant est en anglais ou en français. Les chanteurs anglais accentuent l’identité indie pop du groupe sans pour autant occulter leurs autres caractéristiques. Les chanteurs français en revanche donnent tout de suite une sonorité chanson aux morceaux. «  Le cri de l’appelant  » rappelle Holden tandis que «  Forces de l’ailleurs  » fait penser sans surprise à du Dominique A. Pourtant il suffit d’écouter les passages instrumentaux de ces compositions pour se rendre compte que la musique est toujours la même. D’ailleurs au-delà de ces quatre titres qui différencient véritablement Mouvement des autres albums, les huit autres sont dans la lignée de ce à quoi nous avait habitué Ghislain Fracapane, avec comme moments particulièrement marquants l’entraînant et accrocheur «  Motorique  » choisi sans surprise comme single, les instrumentaux à l’atmosphère cinématographique «  Atma  », «  Keenan  » et «  Lude  », ou encore «  Air  » et ses multiples changements d’ambiances. On a même droit au traditionnel morceau en picking et «  Fahey  » est le plus beau qu’ils nous aient proposé jusqu’à présent.

Avec cet album Mermonte se renouvelle tout en restant fidèle à lui-même. Pas sûr que les amateurs de post-rock goûtent aux morceaux qui les font mettre un pied en chanson française, mais ceux-ci ne sont qu’au nombre de deux et il y a largement de quoi se régaler par ailleurs. Difficile en revanche de résister à la prestation vocale chargée d’émotion de Stuart Smith. Et qui sait, peut-être que la présence de Dominique A et Laetitia Sadier ouvrira Mermonte à un autre public, ce qui serait amplement mérité tellement ce groupe aux arrangements élaborés mais néanmoins abordables mérite d’être connu.

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