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26 Novembre 2018

Guillaume Perret

16 levers de soleil

par Chrysostome Ricaud
dans

Guillaume Perret avait frappé un coup dans le monde du jazz avec les deux premiers albums de son groupe The Electric Epic. Ce mélange de jazz, de métal et d’ethio-jazz, cette énergie qui emporte tout, et ces sonorités de saxophones trafiquées via des pédales d’effets de guitare en avait laissé plus d’un pantois. S’en est suivi un album solo au sens propre du terme, puisque sur Free ne figurait que notre saxophoniste haut-savoyard, improvisant avec lui-même à l’aide d’un looper. Les amateurs de jazz fusion n’y avaient pas trouvé leur compte. Qu’ils se rassurent, avec la B.O. de 16 levers de soleil Perret revient à des sonorités qui devraient leur plaire.

Pierre-Emmanuel Le Goff, qui a réalisé ce film documentaire avec les images de Thomas Pesquet, rêvait d’une séquence où l’astronaute jouerait un morceau de saxophone dans l’espace. Il a alors eu l’heureuse idée de contacter Guillaume Perret pour écrire une composition originale à faire jouer à Pesquet dans l’espace ainsi que toute la musique du film. Le résultat est une bande originale unique en son genre, de ces belles surprises qui peuvent se produire dès lors que les réalisateurs font preuve d’audace en ne se contentant pas d’un score classique composé par des spécialistes du genre.

Différents styles musicaux sont abordés sur la première moitié de l’album. Les mélodies ethio-jazz et l’énergie du métal sont de retour et les morceaux «  Alea jacta est  » et «  A certain trip 1  » auraient toute leur place sur un disque de The Electric Epic. «  Air blast  » est une petite merveille qui ravira les fans de rock progressif avec ses nappes de synthétiseur analogique chaleureuses, sa rythmique saccadée, sa basse bondissante et sa mélodie de saxophone finale en forme d’hymne. Le rap est abordé sous plusieurs angles sur différents titres de l’album. D’abord avec «  A certain trip 2  » où des sonorités hip-hop old school sont mêlées au jazz. Puis sur «  Peace  », le rappeur helvète Nya, habitué des collaborations avec les jazzmen (Truffaz, Chlorine Free) déclame un texte qui donne la chair de poule sur la beauté et la paix qui règnent dans l'univers. Le ton se durcit quand vient la collaboration avec Lino (ex-Ärsenik) : l’accompagnement musical crée par Guillaume Perret à base de samples répond parfaitement aux codes du rap, tellement qu’on a du mal à voir ce qu’il resterait de jazz dans le titre «  Dans la paume de Gulliver  » qui ne dépareillerait pas sur un album solo du MC. Au-delà de ces influences extra-jazz, difficile de ne pas mentionner à quel point la musique nous rappelle parfois Weather Report, probablement une influence majeure du saxophoniste (écoutez «  Fioul  » par exemple).

La deuxième moitié de l’album se montre beaucoup plus planante (à l’exception d’un «  Star Spangled Banner  » encore plus massacré au saxophone qu’Hendrix n’avait pu le faire avec sa guitare) et correspond en cela plus à ce qu’on s’imagine d’une B.O. de film sur l’espace. Les influences sont désormais à chercher du côté des musiques électroniques, notamment l’ambient («  Outside Thomas  », «  Song of the earth  »), le glitch («  Into the infinite  »), l’IDM («  Wind, sand, stars  » qui évoque Boards of Canada) ou le trip-hop («  St Exupéry  »).

Sur cette B.O., Guillaume Perret aborde donc une grande variété de styles musicaux différents ce qui la rend extrêmement riche. Il y a là de quoi ravir les amateurs de jazz aux frontières d’autres genres, mais aussi une plus grande probabilité que certains ne trouvent pas leur compte sur un ou deux morceaux en fonction de leurs goûts. Synthétiseurs, saxophone électrique et batterie électronique, la place accordée aux instruments acoustiques sur ce disque est rare. Le but est probablement de coller à l’aspect hautement technologique de l’aérospatiale, mais sans cela on aurait préféré entendre le son plus chaleureux et vivant d’une batterie acoustique. Avec 16 levers de soleil, Guillaume Perret signe un très bel album qui saura séduire ceux qui l’avaient découvert avec The Electric Epic et c’est déjà une excellente nouvelle en soi. Reste à aller voir le film pour découvrir à quel point la musique réussit à sublimer les images.

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