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07 Octobre 2018

Ibrahim Maalouf

Levantine Symphony N°1

par Jean-Philippe Haas

Depuis dix ans, il ne se passe pas une année sans qu'on entende parler de l'un des projets musicaux d'Ibrahim Maalouf. Plus discret ces derniers temps, moins médiatisé peut-être aussi, le trompettiste franco-libanais n'a pas pour autant chômé : un album hommage à Dalida en 2017, des bandes originales de films (Vers la lumière, America), sans parler de ses collaborations avec d'autres artistes. Et de la composition d'une œuvre orchestrale, qui a vu le jour le premier mars 2018, au Kennedy Center de Washington.

Mêlant jazz et classique, Levantine Symphony N°1 est comme son nom l'indique une célébration du « Levant », ce croissant fertile berceau de civilisations brillantes, une tentative de métissage musical piochant en Occident et en Orient sa matière première. Pour mener à bien son projet, Maalouf s'est particulièrement bien entouré. Depuis Au pays d'Alice, on connaît ses penchants pour la musique symphonique et les chœurs d'enfants. C'est la prestigieuse maîtrise des Hauts-de-Seine qui assure ici les chœurs, accompagnée par l'Orchestre Symphonique de Paris. Pour les parties jazz, on retrouve Franck Woeste au Fender Rhodes, François Delporte à la guitare et Stéphane Galland à la batterie. Par ailleurs, cinq trompettes microtonales assurent l'essentiel de la coloration « orientale ».

L’œuvre est construite autour de variations d'un thème principal, simple et touchant, révélé au piano en introduction. A la fois colorée et emphatique, solennelle et trépidante, Levantine Symphony N°1 jongle avec les contraintes du genre, les libertés du jazz et les accroches de la pop : un exercice pas forcément évident, où il faut placer des parties accessibles tout en ménageant des espaces pour les solistes, sans pour autant que cela semble artificiel et nuise à la cohérence de l'ensemble. Maalouf se dépêtre avec une relative aisance de tous ces impératifs, même si le tout manque un peu de la folie qu'on lui connaissait et que les voix d'enfants ne sont finalement utilisées que comme un instrument parmi d'autres. C'est plutôt dans sa capacité à faire cohabiter jazz et classique que l'artiste reste le plus à l'aise et à ce titre, les moments les plus spectaculaires sont menés par le noyau Woeste/Delporte/Galland, notamment les mouvements I, II et surtout l'étourdissant mouvement VI ; ils apportent un peu de vigueur en rompant avec les passages ouvertement symphoniques et la répétition d'un thème principal repris peut-être trop fréquemment.

Brillamment arrangé, assurément grand public (au sens noble du terme), Levantine Symphony N°1 parlera tout autant aux amateurs de musiques métissées, aux jazzeux pas trop grammairiens, qu'à l'individu lambda un tantinet ouvert d'esprit, pourvu qu'il apprécie l'emphase des grands ensembles et les belles mélodies léchées.

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