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09 Août 2018

King Gizzard And The Wizard Lizard

Polygondwanaland

par CHFAB

Gros rattrapage (mais alors très gros!)

Bon, alors, par où commencer? Voici le quatorzième album officiel (!!!) de ce septuor australien de Melbourne, dont vous n'avez pourtant jamais entendu parler. Pensez donc, un nom pareil, ça ne serait pas passé inaperçu... Comment expliquer ce manquement? Impossible d'évoquer ce groupe sans aborder sa boulimie créatrice. Rien que pour l'année 2017 Polygondwanaland est le quatrième album des KG&TWL (on va faire court hein!), c'est dire. Et le quinzième est déjà dans les bacs ! Alors qu'est-ce qui se trafique dans le chaudron de ces gugusses-là? Rien de particulièrement révolutionnant, on pourrait dire, car voici encore des fondus de la musique psyché-prog rock. Et pourtant ! Car il faut bien avouer que leur potion est sacrément magique, convoquant à peu près tout ce que les 60s-70s ont produit de meilleur; krautrock, ethno acid, jazz rock, space rock, prog, psyché pop, garage rock et j'ai du en oublier... On pourra se plaindre qu'un répertoire d'une telle densité pour un jeune combo démontre que quantité n'est nullement gage de qualité. C'est souvent vrai, mais là aussi il faudra bien se rendre à l'évidence que les disques (je me fie aux complétistes sérieux) de ce roi gésier et son pote le lézard jeteur de sort (j'ai traduit) sont tous bien au-dessus de la moyenne. Qu'on se le dise.

Quid de ce pavé-là? Et bien il est franchement très enthousiasmant, même si un goût de trop plein se fait sentir à quelques reprises. D'entrée la première plage impressionne; sa rythmique implacable façon boîte à rythme (mais c'est une batterie acoustique, juré!), son riff tranchant dans l'intro, ses tricotages obsessionnels de guitare claire, ses poussées de synthés venus d'une autre galaxie, ses accords orientaux et effluves d'encens lysergique, et puis la qualité hallucinante du son, d'une précision diabolique. Le morceau de fermeture, acmé absolu de l'album fait office de miroir sublime de cette introduction, évoquant les grandes heures méditerranéennes d'Area (L'Elefante Bianco). Le reste est à l'avenant, d'une richesse presque inépuisable (même si un poil roborative, pour les plus pointilleux d'entre nous). A peine pourra-t-on reprocher à la batterie de manquer de finesse, de nuances, et de variété, tant tout semble se jouer entre caisse claire et cymbale. Mais ce serait faire la fine bouche. Ce disque est tout à fait à l'image de la pochette : magnifique et mémorable. On pourra y ajouter: chatoyant, hypnotique, majestueux, changeant, grandiose, ciselé, puissant, planant, structuré. Il semble en effet émaner d'une sorte de méta architecture, d'un autre continent d'une autre dimension, d'un autre espace, invoquant soleil et eaux profondes, lave et écume...

Une chose est sûre, voici une entrée extrêmement attractive pour ce groupe prolixe s'il en est (le Motorpsycho des années 2010 ?), qui malgré des ingrédients passés et rompus invente bel et bien son propre vocabulaire, comme si tout était de nouveau neuf et moderne, emportant tous les suffrages sur son chemin. King Gizzard And The Wizard Lizard jouera en août à Paris (St Cloud), et ce serait franchement déraisonnable de manquer à ce rendez-vous, du moins pour celles et ceux qui seront dans le périmètre (pas donné, le billet par contre). Une dernière chose, pour parler de l'état d'esprit de ces kangourous-là : ce disque est disponible en téléchargement gratuit sur leur site...Bonne orbite...

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