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09 Août 2018

Marc Sarrazy – Laurent Rochelle

Chansons pour l'oreille gauche

par Choreo
dans

Ah, la France !
Sa gastronomie, ses monuments chargés d'histoire, ses coupes du monde et surtout sa musique ! Il faut bien l'avouer, nos locaux ont du talent. Et ce n'est pas avec ces Chansons pour l'oreille gauche que vous pourrez dire le contraire. Avec ce second album, le duo Marc Sarrazy – Laurent Rochelle nous offre une douzaine de morceaux aux titres les plus farfelus les uns que les autres. En effet nos deux musiciens ne manquent pas de fantaisie et ce n'est pas sans rappeler celle d'un certain Erik Satie... Malgré les titres fantasques, l'univers sonore de ces compositions est tout de même assez obscure. « Reflets dans un œil mort » en est le parfait exemple. L'utilisation du piano est ici très ingénieuse, Marc Sarrazy crée des vagues sonores grâce à des modifications des pistes audios (mises à l'envers il me semble) installant ainsi une ambiance assez étrange entre le paranormal et le féerique, le charme opère. On retrouvera ce procédé dans « Infra musique 2 – l'heure où tout se fâne », un morceau envoûtant où le piano se transforme en vieille pendule aux rouages craquants.

Laurent Rochelle nous montre lui aussi de belles propositions ! Les sonorités suaves de la clarinette basse se marient élégamment avec le clavier de son acolyte. Le timbre du saxophone est lui aussi de bonne compagnie. Une fois assemblées, les couleurs des vents et du piano peuvent rappeler à certains moments le groupe belge Aksak Maboul (eux aussi de sacrés personnages appréciant les titres saugrenus). Parmi toutes ces étranges appellations, un titre retient notre attention par sa justesse : « Funeral Blues ». Une profonde mélancolie swing englobée par une sorte de « Marche Funèbre » façon Chopin nous dessine le sombre portrait d'un personnage que l'on imagine parfaitement assis à un bar rongé par ce fameux « blues ». Les cuivres rugissent et le piano est élégant, tout est dans le titre et c'est délicieux. Avec « Malcom Malkovich », c'est Darius Milhaud qui nous apparaît. Ce morceau plus rythmé et aux airs sud américains, tout en conservant un côté très français, nous offre un interlude poétique tout en finesse. Mais ce n'est qu'en arrivant à « Suspira » que l'on saisit toute l'ingéniosité des deux musiciens. On commence par des sonorités très métalliques au piano (apparemment des kaplas posés sur les cordes) qui peuvent faire songer à des musiques de l'Est. Peu à peu, on se laisse envoûter par ce sortilège et l'on plonge dans une sorte de transe auditive. Est-ce une guitare que l'on entend aux côtés de la clarinette ? On ne sait plus et on ne cherche pas à savoir, on se laisse simplement ensorceler par cette partition démente. Le jazz chamanique existe-t-il déjà ? Si ce n'est pas le cas voici de quoi créer un nouveau style, caractérisé par son rythme prenant, ses sons quasi psychédéliques et ses murmures au creux de l'oreille (gauche?). Sans aucune hésitation, ce « Suspira » est LE titre de l'album.

Amateurs de jazz à la française et auditeurs au sens aiguisés, laissez-vous bercer par ces « chansons » qui vous transporteront d'un état de mélancolie absolue à une transe frénétique tout en passant par de la contemplation. Le duo Sarrazy – Rochelle est inventif et malicieux. De belles idées accompagnées d'un toucher très fin, le tout orné de titres amusants. L'esprit musical français des années 20 est présent dans cet album et ce n'est pas pour nous déplaire ! Une prise de son plus claire et un peu moins de titres auraient sûrement permis à ces Chansons pour l'oreille gauche d'obtenir une mention plus honorable !
Affaire à suivre...

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