coup de coeur
06 Mai 2018

Jordsjø

Jord

par CHFAB

Amoureux de l'école prog scandinave, du rock boisé et fuzz des seventies, passionnés d'Anglagard, Anekdoten, Wobbler, Jethro Tull, Yes, Makajodama, Trettioariga Kriget, et autres mélancoliques barbus, n'allez pas plus loin, un nouveau joyau est arrivé ! De ceux qu'on n'osait plus espérer, et à côté duquel la grande majorité d'entre nous passera (même l'inestimable et déjà vénérable site de référence Prog Archive n'en fait pas mention, c'est dire !). Voici le formidable Jordsjø. Ne cherchez pas, c'est norvégien et... imprononçable (tentez "yordwheu" en chuintant sur le wh), mais qu'importe ! Il s'agit non d'un groupe comme pourtant semble le faire sonner (divinement) cet album mais d'un duo. L'un tient les claviers, les guitares, la flûte et la voix, et l'autre la batterie et percussions. Ce duo est apparu début 2016 et après deux démos déjà bien alléchantes débarque avec Jord, son tout premier album donc.

Autant gagner du temps, c'est excellent de bout en bout, même supérieur à leurs ainés précités, pour leurs publications les plus récentes du moins. Alors bien évidemment rien n'est vraiment nouveau sous le soleil glacé de ce nord de l'Europe, on en connaît déjà très bien tout le lexique, les sons comme les harmonies; accords émus, ce frimas si délicat sachant s'abriter avant les déchaînements de l'enfer, des guitares et orgues stoner fuzz, en autant de coups de cognée viking, à l'instar des deux premiers King Crimson période 69, pour citer le berceau même de cette musique. C'est chanté en version originale. Ça aussi on connaissait, entérinant le charme exotique du genre. Mais pourquoi donc faire cette musique aujourd'hui? On entendra les plus jeunes ou les plus suivistes taxer une telle initiative de passéisme, les plus inhumains et/ou ignorants parler de ringardise, tout ce que vous voudrez... On laissera à chacun la liberté de ses goûts et de ses opinions. Les amateurs ne pourront véritablement faire qu'un seul reproche à ce disque: sa trop grande brièveté (37 courtes minutes). Car l'inspiration est bel et bien au rendez-vous, de la première à la dernière note, et m'est avis que Jord tournera en bien des boucles dans nos enceintes comme dans nos casques favoris.

L'interprétation est éclatante, le multi instrumentiste faisant montre d'un talent insolent sans forfanterie ni débauche de vélocité non plus. Tout est au service de la musique, de son écriture, de sa couleur. Claviers (Hammond, Mellotron, piano, moog), flûte (infiniment délicate ou Tullienne), guitares (électrique, jazz, classique, folk), tout est splendeur. Comme nous le disions tout à l'heure, c'est bien l'impression d'un groupe aguerri, uni, en un mot jouant live, qui s'impose sur les six plages de ce disque (sans compter l'introduction). Le batteur n'est pas en reste non plus, ample, précis, insufflant l'énergie et le balancement qu'il faut. La voix est... scandinave au possible, sans fioritures, sans maniérisme, droite, honnête, parfaitement au service des textes (quelqu'un parle-t-il norvégien dans la salle?) et de la mélodie, rappelant les heures glorieuses de Trettioariga Kriget notamment.

Le groupe fait montre d'un sens de la composition, des ambiances, des enchaînements, des arrangements absolument réjouissants, digérant magnifiquement le vocabulaire proposé, et pourtant on le dit et répète, mainte fois décliné. Chaque séquence est un ravissement et appelle à la réécoute. L'album ne fait que gagner en maturité au fur et à mesure des écoutes, se révélant très vite être un classique absolu.

La musique de Jordsjø est d'une fluidité édifiante, offrant nombre de passages d'une beauté sans fard, tutoyant la très grande époque de l' Age d' Or, ne se contentant jamais de la singer mais bien de la faire vivre, pleinement, aujourd'hui, en 2018 (année de cette chronique). Prenons conscience d'un tel miracle auquel on ne prend jamais le temps de penser : l'invention de l'enregistrement et de la reproduction sonore. C'est ce qui confère une véritable éternité à la musique, celle qui convoque profondeur et inspiration, survivant aux générations, aux hommes, à l'humanité peut-être. Tout comme l'arbre, qui tient les saisons, meurt, et continue de produire ses feuilles, ailleurs, longtemps, longtemps après le passage de la neige.

Les deux démos (avec quelques incursions au berceau de l'electro prog du meilleur effet) sont aussi disponibles en mp3 sur leur site, vous savez donc ce qui vous reste à faire. Vivement la suite !

Commentaires 

#1 WHITEBEAR 11-05-2018 22:57
Ce qui est étonnant, c’est que j’ai découvert Jordsjo il y a près d’un an justement grâce à Prog Archives. A l’époque, je vérifiais que je n’étais pas passé à côté d’un groupe ou d’un album digne d’intérêt et ceci semblait être le cas avec Jordsjo . En écoutant leur musique la filiation avec Angladard tombait sous le sens. Très bel album avec une fin plus planante qui n’est pas pour me déplaire. Il y a quelques semaines, on pouvait le découvrir sur le site prog streaming et il était sur Deezer depuis un moment. Je l’ai d’ailleurs écouté comme ça longtemps jusqu’à ce qu’Olivier de COSMOS MUSIC propose le CD dans sa sélection d'avril 2018. A écouter aussi dans un style LANDBERK / OPETH (version calme) : l’album "Leaving The Land" du groupe SISARE et les 2 albums de MALADY «Toinen Toista» (2017) et Malady (2015), un groupe finlandais chanté en anglais ou finnois, rétro grog - quelques touches Landberk parfois. Olivier les proposait dans sa sélection d'avril 2018.
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