coup de coeur
28 Avril 2018

Didier Lockwood

Open Doors

par Vox
dans

« L’enfant est l’avenir de l’Homme ».
A chaque fois que j’entends un nouvel album de Didier Lockwood, je me remémore cette citation de Maria Montessori. Open Doors, dernier disque paru du vivant de l’artiste ne fait pas exception à la règle. Je retrouve, en effet, dans le jeu de Lockwood l’éducation classique et rigoureuse d’un père violoniste ainsi que le goût de la poésie transmis par une mère artiste peintre. Si Didier Lockwood était un génie c’est parce qu’il savait combiner l’art de la discipline, en particulier rythmique, avec la liberté de l’improvisation.

Quand j’entends la précision rythmique de son jeu sur le morceau « QuarkB » je devine les mois de travail et sans doute de souffrance qu’il a dû passer, seul dans sa chambre ou dans d’improbables locaux de répétitions, avec Christian Vander, pour atteindre la perfection qu’exigeait, de ses musiciens, le batteur de Magma. Quand je suis touché par son inventivité harmonique, au sein de chacune de ses improvisations je l’imagine faire ses gammes à côté de Stéphane Grappelli, qui lui a demandé, quelques heures à peine après leur première rencontre, de préparer, en un seul week-end, une variante swing des « Feuilles mortes » qu’il allait présenter 48 heures plus tard, en direct dans l’émission« Le grand échiquier » de Jacques Chancel.

Cette capacité de relever les défis les plus osés, combinée à une ouverture d’esprit hors du commun, qui le faisait s’intéresser à toutes les musiques, ont été les deux jambes sur lesquelles Didier Lockwood s’est toujours appuyé pour perfectionner son travail et devenir, peu à peu, le grand musicien qu’il restera pour l’éternité. Cet équilibre lui donnera très tôt la confiance nécessaire pour jouer dans la cour des grands. Il a collaboré avec presque tout le monde : Grappelli, Vander, Miles Davies, Henri Texier, Michel Petrucciani, John McLaughlin,… La liste serait trop longue pour en faire l’inventaire. Le plus émerveillant étant que la musique sort toujours gagnante de ces rencontres, Lockwood ayant sans cesse pris soin de mettre la technique au service de l’Art et non l’inverse.

On retrouve cette volonté de jouer en groupe surOpen Doors, où le violoniste calaisien laisse souvent la part belle aux improvisations du fougueux pianiste, Antonio Farao. Le résultat fait littéralement tourner la tête comme, par exemple, sur le très enlevé « Blues FouthB » qui rappelle davantage l’univers hard bop d’un Bud Powell que la musique blues. Autre sommet de l’album, « Quark » , pièce de dix minutes sur laquelle, outre le violon de Lockwood, le groove de André Ceccarelli fait littéralement des merveilles. Le batteur niçois maintient tout au long du morceau un rythme d’enfer sur lequel viennent se poser les notes des solistes comme des funambules dansant au-dessus d’un volcan. Darryl Hall, bassiste solide, s'illustrant en particulier sur le très beau « Little Bossa » , complète le trio qui accompagne le violoniste sur ce disque. Ensemble, ils forment le All star Quartet, un nom qui leur va comme un gant, tant l’œuvre proposée est aboutie et la bande-son idéale pour l'été qui vient.

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir