:)
16 Avril 2018

The C:Live Collective

The Age of Insanity

par Jean-Philippe Haas

Twelfth Night, c'est une vieille histoire dont peu d'entre nous se rappellent vraiment. Le groupe anglais a participé à sa façon à la modeste résurgence du rock progressif dans les années quatre-vingt en produisant une paire d'albums emblématiques de l'époque, puis s'est dissout après une ultime compilation. Pourtant, le nom de Twelfth Night n'a pas complètement disparu des radars. Les albums ont été régulièrement réédités, la bande s'est brièvement reformée dans les années deux mille pour quelques concerts (donc une apparition au Night of The Prog en 2010) et il existe même une biographie récente (Play On) écrite par Andrew Wild. Quant à Andy Sears, chanteur sur Art & Illusion et XII, il s'est fendu en 2011 d'un EP contenant de nouvelles compositions, ambassadrices d'un album… qu'on attend toujours. Il faut donc bien avouer qu'hormis les rééditions et l'exhumation de matériel live, on n'a pas eu grand-chose de vraiment neuf à se mettre sous la dent depuis presque trois décennies. Alors lorsque Clive Mitten embauche le fils de Geoff Mann pour participer à des titres réarrangés que son père chantait avec ferveur un quart de siècle plus tôt, on peut décemment se poser des questions sur la pertinence d'une telle entreprise. Toutefois, si le bassiste a donné son propre nom à cette nouvelle aventure musicale, ce n'est pas innocent car aucun autre ex-membre ne fait partie du voyage et l'héritage de Twelfth Night ne représente au bout du compte qu'un petit tiers de cet Age of Insanity. Et surtout, on a droit à trois grosses nouvelles compositions instrumentales.

Nous voici donc avec plus d'une quarantaine de minutes de musique totalement inédite, encadrée par deux reprises de l'album Fact And Fiction (dont la version « définitive » devrait sortir cette année). Jetons pour commencer une oreille à ce qui est déjà connu. « The Fifth Estate - Part One (The Dictator Speaks) » alias « We Are Sane » ne nécessite pas d'être présenté : il s'agit là d'un des titres les plus marquants du néo prog de la première moitié des années quatre-vingt. L'original figure sur l'album studio sus-nommé mais aussi sur l'incontournable best of de 1991 Collector's Item ou encore en version publique sur Live and Let Live. Si l'interprétation de Geoff Mann reste indépassable (en studio comme en concert), celle-ci n'est pas dénuée de qualités. Tout en respectant l'atmosphère et les différentes phases de l'originale, elle n'hésite pas à montrer les muscles sur les passages les plus vigoureux, avec force guitare (Mark Spencer, qui assure également le chant) et batterie (Fudge Smith) presque métalliques, accentuant encore le contraste entre les parties. Moins rocailleuse et emphatique que celle Geoff Mann, la voix de Spencer s'approprie néanmoins la pièce sans la trahir, évitant l'écueil de l'imitation en apportant quelques modulations personnelles. « This City is London » alias « This City » conserve quant à elle la petite touche new wave de son ancêtre , mais avec une production et un son des plus modernes. Pas un hit single , plutôt une révision très accessible et agréablement rythmée, chantée par James Mann et agrémentée de touches electro.

Les nouveaux titres, qui constituent les parties deux, trois et quatre de « The Fifth Estate », sont des versions instrumentales destinées à être complétées cette année encore par du chant. Clive Mitten fait appel à l'ancien Twelfth Night, par ses alternances de moments planants et tendus mais aussi à une approche plus moderne et emphatique que par le passé. Si certaines sections ont une signature très identifiable, Age of Insanity a les pieds plutôt bien plantés dans le présent. Mélodiques et changeants, les trois longs instrumentaux tissent des ambiances captivantes, très atmosphériques parfois, où les claviers de Clive Mitten et de Stephen Bennett occupent un grand rôle d'habillage, sans pour autant couvrir la basse du compositeur ou la guitare de Spencer. Flirtant par moments avec la musique de films ou le new age (notamment la cinquième partie), ils sortent occasionnellement de leur rêverie lors de quelques parties plus animées.

Les fans de Twelfth Night, habitués aux longs instrumentaux des débuts du groupe (époque Live at The Target) ne seront pas dépaysés, les amateurs de prog' essentiellement instrumental seront bien servis également. Mais si The Age of Insanity se suffit à lui-même, il ne faut pas se mentir : on attend le chant avec impatience, sur lequel planera immanquablement le spectre de Geoff Mann…

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir