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06 Janvier 2018

Tangerine Dream

Quantum Gate

par Florent Canepa

Attention icône ! C’est sous forme d’avertissement ou plutôt de point d’interrogation que débarque ce nouvel album des apôtres du séquenceur. Il faut dire qu’Edgar Froese nous a quittés il y a bientôt deux ans et avec lui s’envole le dernier représentant historique de l’aventure. Tangerine Dream ne serait donc plus qu’une marque, une licence exploitée par les générations à venir, les mêmes qui veulent nous faire engloutir La Guerre des Etoiles sous le sceau de la nostalgie.

Pas tout à fait. Après les années Pink, Blue ou encore Eastgate, le monstre sacré entame sa mue de demi-siècle au sein d’une maison plus que respectable et qui a su donner ses lettres de noblesse à presque toutes ses signatures : Kscope. Peut-être un indice de bon goût… Ensuite, même si les « nouveaux venus » comme Thorsten Quaeschning ou Linda Spa font parfois figure de personnages non joueurs ou de figurants, il faut bien admettre que l’histoire du groupe allemand se lit maintenant à l’aune de leur présence. Si l’édifice krautrock tient donc toujours debout, c’est un peu grâce à eux.

Mais la véritable question réside ailleurs : qu’attendre à l’ère digitale d’un groupe qui a fabriqué tout son génie musical sur des bidouillages analogiques, sur des embryons de synthétiseurs et à une époque où les câbles se mêlaient aux tubes et où les notes se jouaient encore sur un clavier physique ? Et il est vrai que si l’écoute de cette heure et quelques de nappages atmosphériques remplit son rôle, elle semble plus faire figure d’hommage. Un hommage fier d’une autre époque mais qui avalise presque immédiatement l’inutilité de la conjuguer au présent. On préfère voir souvent cette influence digérée par The Algorithm que dans une transe sympathique mais rebattue (« Roll the seven twice »). On comprend que Daft Punk existe grâce à eux (« It is time to leave when everybody is dancing ») mais la démonstration était évidente.

On dit qu’il est souvent difficile d’apprécier la gigantesque aventure discographique de Tangerine Dream dans son ensemble. Complexe, évolutive, elle marche de manière sinusoïdale à l’instar des ondes synthétiques qu’elle distille. Il y aura toujours un vieux réac’ pour vous conseiller d’écouter la musique du Convoi de la peur. Comme il y aura toujours un vieux jeune pour dire comme aujourd’hui que Quantum Gate vaut une écoute sans rouvrir pour autant les portes de la perception…

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