coup de coeur
10 Décembre 2017

Schnauser

Irritant

par CHFAB

La pochette en guise de bonne grosse farce (pas vraiment du goût de la victime, visiblement) semble nous inviter à nous en payer une bonne tranche, nous aussi, au détriment du bon sens et de la préservation de l'espèce... Polluer, après tout, c'est rigolo, surtout la figure des gens... Une approche à prendre au pied de la lettre? C'est sans doute ignorer les multiples degrés dans l'humour des allumés de Schnauser, désormais quintette (un saxo les a rejoints). Et pourtant, dans ce sixième album des anglais, amoureux des sons et d'une certaine ironie des sixties, on sent poindre une émotion, voire une gravité, que l'on ne leur connaissait pour ainsi dire pas, ou du moins pas de cette teneur.

Difficile de définir (comme tellement souvent), la musique de ce groupe emmené par le chanteur/ auteur/ compositeur/ guitariste Alan Strawbridge, si ce n'est une tentative (réussie) d'allier trois éléments d'apparence contradictoires: le son psyché et kitsch des années 60, la forme courte couplet-refrain de la musique pop, et l'ambition du rock progressif. Pari gagné avec Schnauser, et tout particulièrement sur ce disque, où chaque pièce est à coup sûr un bijou de délicatesse, de folie, voire de franche absurdité, dans un esprit et une esthétique très Canterbury, finalement, celui des origines, par dessus le marché! Quelle chance !

Irritant, contrairement à son titre, est une vraie caresse, un beaume de joie, d'intelligence, d'inventivité, de tendresse, de planerie, de dinguerie douce, et celui-ci présente peut-être la face la plus progressive de la carrière du groupe (débutée en 2005). L'apport du saxophone n'y est pas pour rien, ajoutant une couleur toute jazzy évidemment, rendant la musique plus ample, celle-ci laissant une part assez belle aux instruments, sans tomber dans la pure démonstration de virtuosité, loin s'en faut. Plusieurs morceaux sont d'entrée mémorables, tel le tout premier, chanté en allemand, alternant entre speed bien secoué façon rock alternatif, et harmonies vocales aériennes à la Yes des débuts. Son jumeau clôturera ce même disque d'ailleurs. Irrésistible. Tout comme le riff délicieux en mode saxo-orgue de la suite «  Sorry You Were Out... » / « Have-You Got PPI? », classique instantané. Gong n'est pas très loin (« A New Atmosphere »), ni le Soft Machine des débuts (quelle chance !). On y ressent le même penchant pour une certaine mélancolie (accords en demie teinte, superbes), pour la bizarrerie et l'expérimental (textes parlés, emballement des instruments) ou bien les convocations cosmiques (effets planants), sans oublier jamais l'envie de rigoler un peu de ce que le monde attend de nous... Une fois encore, la pochette en dit suffisamment sur cette intention. Et puis il y a tous ces claviers aux sons espiègles, acidulés, amusés ou amusants, parsemant tout l'album. Les amateurs du genre seront enchantés à coup sûr. Ajoutons, pour finir, une science des arrangements et des atmosphères complètement épatants, en plus de ruptures aux accents fortement progressifs. Mais ce qui surprend le plus, au regard des albums précédents, c'est la profondeur, la maturité et l'émotion qui affleurent dans ces onze compositions, en grande partie portées par la voix délicate et fragile du guitariste, sans compter le travail harmonique de chaque instant. La réécoute n'en fait que décupler les trouvailles, le cheminement, et la beauté.

Bref, un album des plus excellents, peut être leur tout meilleur, confirmant s'il en était besoin sa place parmi les chefs de file de ce courant du renouveau psyché fin 60s, ou néo Canterbury, au même titre que les Homunculus Res, Regal Worm, Mahogany Frog, Magic Bus, Brimstone, Moogg, Big Hogg, Baskar et autres Amoeba Split... Incontournable.

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