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05 Novembre 2017

Daniel Cavanagh

Monochrome

par Florent Canepa

Laisser l’auteur d’une diatribe à l’encontre du dernier album mollasson des britanniques Anathema chroniquer le nouvel effort solo d’un des membres de sa réputée fratrie, c’est prendre le risque de frapper la bête lorsqu’elle est déjà à terre (du moins dans ces colonnes). Et pourtant… Un exercice de style et une aventure en solitaire ne peuvent en aucun cas être comparés à la discographie généreuse d’un groupe qui a toujours fait le pari de l’évolution stylistique. Si vous êtes allergiques aux doucereuses mélopées au piano, si la rêverie n’est pas pour vous forcément synonyme de langueur, passez votre chemin. Si vous êtes toujours là, poursuivons ensemble.

Comme pour nous donner raison, ça commence plutôt mal. « The Exorcist » tricote un assemblage piano/guitare acoustique entendu probablement mille fois dans les récentes humeurs ballad-euses du sacro-saint groupe de Liverpool. L’écho gonflé à bloc sur la voix, les arpèges attendus : on n’est pas loin de Coldplay. Pourtant, il se dégage très vite de Monochrome une forme de pureté et surtout de sincérité. L’homme s’accompagne d’amies de longue date (la chanteuse Anneke Van Giersbergen et la violoniste Anna Phoebe sur le celtisant « Dawn »). Il ne masque pas ses effets derrière des directions brouillonnes et formalise son propos mélancolique le long de sept titres finalement plutôt bien construits. Naturellement, le disque s’envisage plutôt comme une suite de berceuses très pop mais les formats longs permettent à l’occasion une autre appréciation (l’orchestral « The Silent Flight of the raven winged hours », perle de l’album). Le multi-instrumentiste n’aura jamais aussi bien chanté ses œuvres, paradoxalement porté par le poids de devoir assumer toutes les parties vocales masculines.

En dépassant la toute première impression (que va apporter cette livraison par rapport au récent album d’un groupe en désamour), on retrouve ce qui fait l’intérêt d’artistes comme Ludovico Einaudi, Thomas Newman ou même Joe Hisaishi, le sur-romantisme en moins. L’auteur décrit son œuvre comme un album à écouter le soir, à la lueur d’une bougie. On l’imagine aussi propice à une forme de méditation. Un album émotionnel, ébloui par le retentissement élégiaque d’un Steinway.

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