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05 Novembre 2017

Wobbler

From Silence To Somewhere

par CHFAB

Résolument inspiré à la base par la frange la plus complexe et sombre du mouvement progressif de l'Age d'Or, Wobbler, formation norvégienne à dominante clavier, avait au final, contre toute attente, orienté son horizon musical vers un symphonisme davantage mélodique, à l'architecture plus simple, plus dépouillée, ou plus simpliste diront les férus d'ambiances tortueuses et tendues, lorgnant assez franchement vers un Yes rassembleur mais balisé. On y découvrait que le chant, jusqu'ici quasi absent alors que les débats solistes étaient très largement tenus par les claviers (influence ELP), venait de faire une entrée pleinement assumée, se présentant en véritable fil rouge du dernier album (Rites At Dawn, 2011). On constate à cette nouvelle parution un prolongement en tous points semblable, mais avec une approche peut-être plus mûre et surtout plus variée.

From Silence To Somewhere propose trois pièces conséquentes, en plus d'une parenthèse calme (superbe mais vraiment courte), démarrant d'entrée avec une pièce de 22 minutes (en partie réussie cependant, dûe à des enchaînements un peu artificiels). Lisibilité et soin sonore sont les maîtres mots de la musique actuelle de Wobbler. On a déjà pu constater combien le chant d'Andreas Wettergreen Strømman Prestmo faisait merveille sur scène; fin, délicat, évoquant la pureté élégiaque et la présence insistante d'un Jon Anderson (rapprochement inévitable) ou d'un Peter Nichols, tout en ayant sa propre fragilité. On y retrouve également l'incroyable cohésion de groupe qui d'entrée avait fait de Wobbler un des incontournables du mouvement revival; précision (paire rythmique époustouflante, basse Rickenbacker de rigueur), nuance, puissance, richesse (dialogues instrumentaux), une alchimie qui conférait au tout une sorte d'équilibre parfait entre émotion et technique. Cet album confirme plutôt ce constat, le brio soliste en moins. Les digressions instrumentales y ont pourtant conservé leur place, émaillant chaque pièce d'arrangements et enluminures, tout en mettant l'accent sur les ambiances, une qualité qui, soit dit en passant, s'est un peu perdue ces derniers temps dans le paysage progressif. Envolées romantiques, folk nu, psychédélisme rock ou bien médiéval-renaissance, s'affranchissent un peu de leurs influences yessiennes, le temps d'évoquer les tous premiers King Crimson, voire Genesis pour le dernier morceau. Le menu est en forme de voyage, garantissant une attention qui ne se voudrait faiblir qu'à la toute dernière mesure. De ce point de vue il règne en cet opus une évidence remarquable, donnant l'impression de facilité et d'harmonie de chaque instant, malgré une impression d'articulations parfois un peu forcées.

Mais c'est aussi, pour le coup, ce qui fait la limite de cette musique. Ce qu'elle a voulu gagner en clarté, en immédiateté, elle l'a perdu en richesse de vocabulaire, séduisant sans doute davantage un public peu enclin à une certaine complexité musicale, cet appauvrissement de propos laissant peut-être sur le bord du chemin les fans de la première heure, aux attentes certes plus exigeantes. Wobbler prend le risque d'y délaisser peut-être aussi sa personnalité. On observera en outre cette tendance de manière plus générale, au delà du groupe, à l'instar des autres chefs de file (Echolyn, Anekdoten, Gosta Berlings Saga) qui eux aussi proposent aujourd'hui (au tournant de 2015) des compositions plus lumineuses et simplifiées, privilégiant la sonorité à l'architecture, les arrangements à la composition. Dans le cas qui nous préoccupe ici, c'est de manière collective que s'est constitué ce nouveau répertoire, a contrario des deux premiers disques dont la genèse revenait au seul claviériste Lars Fredrik Frøislie. Sa musique s'y avérait indiscutablement plus fouillée, plus dense, plus surprenante, aux enchaînements plus travaillés, et elle s'en avérait infiniment plus passionnante à apprivoiser. De manière plus large, difficile, du coup, de faire le distingo entre une vraie volonté de régénérescence artistique, de renouvellement, ou bien le constat plutôt de résolutions mues par des considérations plus financières, motivées par la seule survie du groupe. Au final, il en ressortira encore, comme ce fut déjà le cas deux fois au festival Crescendo (Anekdoten, Wobbler), que c'est véritablement sur scène que prend toute la dimension de ces morceaux, gagnant à chaque coup en énergie et en conviction. Reste à saisir la chance de voir ces groupes en live, lorsque leur tournée daigne passer par la France, ce qui est chose plutôt rare, voire inexistante pour certains, malheureusement.

Quoiqu'il en soit, voici un disque au charme indiscutable, bien que manquant tout de même d'une certaine dose de surprise.

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