:)
29 Octobre 2017

Aymeric Leroy

Yes

par Jean-Philippe Haas

Aymeric Leroy a la plume agitée ces derniers temps. Un an et quelques après le volumineux L'école de Canterbury (qui lui-même suivait de près un ouvrage sur Pink Floyd), voici qu'il s'attaque ni plus ni moins à un autre géant du panthéon du prog' : Yes. Et s'il est un groupe sur lequel il y a des choses à dire, c'est bien celui-ci, tant les remous ont été nombreux (et le sont encore) dans cette entité mythique et multicéphale capable du meilleur comme du pire, dont le grand public ne connaît généralement que le tube « Owner of A Lonely Heart ».

Fidèle à ses habitudes, l'auteur a écrit un livre incroyablement bien documenté, puisant ses informations à de nombreuses sources. Après une introduction sur la période pré-Yes, ce ne sont rien de moins que trois cents pages qui décrivent le parcours chaotique de ce monument presque cinquantenaire à l'histoire émaillée de départs et retours en tous genres, de batailles d'egos surdimensionnés, de petites et grandes trahisons, de déboires juridiques, le tout sur fond de disques inégaux, entre chefs d’œuvre (The Yes Album, Fragile, Close To The Edge…), albums boursouflés de prétention (Tales From Topographic Oceans, Relayer), redites inutiles (Heaven And Earth...) et criants faux pas (Open Your Eyes...). Malgré un amour évident pour le groupe, Leroy reste lucide et plutôt objectif (si tant est qu'on puisse l'être en la matière) sur le contenu artistique comme sur les caractères des musiciens. De nombreuses anecdotes et autres petits détails parsèment cette riche biographie et font de sa lecture un moment agréable quand une analyse presque musicologique pourrait la rendre fastidieuse pour le non musicien. Cette dissection quasi maniaque des titres a tout de même le mérite de mettre en lumière et de revaloriser le parent pauvre des compositions dans le rock progressif : les paroles. On (re)découvre ainsi qu' Anderson n'écrivait pas (toujours) des paroles ésotériques et inaccessibles.

En guise de conclusion de ce qui ne peut devenir qu'un ouvrage de référence, Aymeric Leroy résume bien ce que représente Yes aujourd'hui : deux entités distinctes revendiquant chacune une légitimité qu'il n'y a plus lieu de se disputer (surtout depuis la mort de Chris Squire), dont la production musicale actuelle ou à venir ne peut être qu' anecdotique en regard des pièces majeures déjà produites. Car il y a tant à (ré)écouter dans ce qu'a donné le groupe, en studio comme en live, qu'il ne vaut guère la peine d'y ajouter quoi que ce soit.

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir