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29 Octobre 2017

Nosfell

Echo Zulu

par Florent Canepa

Un peu comme Emilie Simon, Nosfell fait partie de ces artistes sans doute trop rares à tout point de vue. Rare car son identité musicale reste floue pour le plus grand bonheur des auditeurs : il mêle folk, pop, électronique ou musique africaine dans un grand maelstrom dont lui seul a le secret et la grille de lecture. Rare aussi car ses apparitions discographiques sont finalement timides et, il faut bien l’avouer, moins marquantes que le séminal Pomaïe Klokochazia balek, dont nous avons fêté le dixième anniversaire (et la réédition) il y a deux ans à peine. Pour sa nouvelle œuvre, point de langage inventé, le français et l’anglais dominent une musique où le groove a toute sa place. Comme chez Stromae, on a l’impression que l’architecture musicale verse dans une sorte de dark dance. Mais là où le Belge inflige une neurasthénie de chaque instant, Nosfell, lui s’applique à rester très sautillant dans son propos.

Fourmillant d’idées, Echo Zulu lèche les plaies froides de la new wave (« The Hunter’s Bed »), caresse le funk litanique (« Je ressasse » et ses paroles délicieusement poétiques),sculpte un disco malade (« The Party »). Chaque rythmique de guitare finalement dépouillée imprime une identité forte qui accompagne le chant comme si l’organe et l’instrument ne faisaient qu’un. Echo Zulu est une suite de titres taillés pour un night-club bizarre et bigarré. Le timbre parfois proche de Matthieu Chedid (« La Blessure »), Nosfell sait aussi évoquer la grâce de Bobby Mc Ferrin ou Jeff Buckley par des signatures percussives audacieuses. Certains morceaux vont paraître un peu trop pop pour être honnêtes, surtout à nos lecteurs plus exigeants (« The Letdown », proche de Maroon5, « The Artefact », avec des mimiques en forme de White Stripes). Mais l’ensemble est suffisamment extra-terrestre et dynamique pour inviter à une écoute approfondie.

Pour ceux qui se souviennent de la puissance corporelle et de l’inventivité théâtrale de l’homme, il faut aussi insister sur le fait que c’est lors des apparitions scéniques que ce grain de folie musical prend tout son sens (on imagine ce que peut donner la progression de « The Short-Timers » en termes de puissance). Le titre de clôture, rengaine entêtante, illustre bien l’amour pour le bizarre qu’on aime tant à voir et entendre chez cet artiste curieux, ce corps qui donne vie à des songes.

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