:)
28 Août 2017

Krokofant

Krokofant III

par CHFAB

Voici un trio norvégien qui offre un profil plutôt singulier dans le paysage souvent balisé du rock. En effet, cette intense formation tout droit venue de Norvège et débutée initialement en duo batterie-guitare en 2012 ne compte pas de bassiste dans ses rangs, mais bel et bien un saxophoniste soprano. D'autres auparavant ont éprouvé cette formule: The Doors, évidemment (basse au clavier), mais aussi Morphine, avec basse, sax (aussi) mais sans guitare, et tout récemment Niirman (saxophone baryton)... Dès leur première apparition dans un festival de jazz, les Krokofant font sensation; leurs effluves très rock, aux longues plages improvisées, leur sonorité puissante débordant parfois jusqu'au metal, leurs velléités jazz fusion, et leur liberté totale, semblent d'emblée n'avoir aucune limite. Deux ans plus tard sort leur premier disque (2014), puis son successeur l'année suivante, pour logiquement déboucher sur ce troisième effort.

D'entrée de jeu le trio n'y va pas par quatre chemins et assène un chapelet de saillies bien senties, énergiques à souhait, dont les débats se tiennent jouissivement entre guitare et saxo, l'un soutenant l'autre à tour de rôle en rythmique... Pas de chant, pas de fioritures, pas de rajouts (ou si peu), tout est à l'os dans ce jambon, histoire de faire passer un sacré moment, de force d'abord, comme de transes électriques, pour le moins communicatives et libératrices. Seul le saxophoniste semble à certains moments lâcher son instrument pour tenir une basse non pas imaginaire mais tout simplement synthétique. Certainement un clavier, au son Rhodes délicieusement sale et rond, parfaitement complémentaire avec le drum kit extraterrestre du batteur. Le reste du temps, c'est la guitare qui la tient (en doublé), tout en se taillant la part du lion, pour les débats. Elle est le véritable fil rouge rageur de l'album, et du groupe par extension.

Krokofant III, lorsqu'il ne taquine pas les tensions et gammes convulsives de King Crimson, lorgne à plusieurs reprises vers un hard psychédélique et tout particulièrement hendrixien, rappelant les sublimes unissons du Band Of Gypsies. Pas de plagiat, pourtant, Krokofant ayant au final son identité propre, due en grande partie au jeu respectif de ses trois musiciens...La guitare est époustouflante, entre Allan Holdsworth et Van Halen (!), lorsqu'elle ne donne pas dans le total free. L'instrument à vent, appuyant la dimension jazz du groupe, est volubile et mélodique à souhait, faisant des merveilles, jusqu'à déborder parfois tous azimuts. Quand à la batterie, elle est proprement renversante, rappelant la technique hyper présente et hallucinée (en moins nuancée cependant) d'un Kenneth Kapstad de Motorpsycho…

Krokofant III est un album très goutu, même si on lui reprochera une possible monotonie. Il manque sans doute un poil de contrastes, de variété, et peut-être de surprise, pour faire de cet album une réussite totalement unanime. On pourra peut-être lui faire grief (mais c'est valable pour le groupe lui-même) de ne faire le plaisir que des musiciens mélomanes... Suite à quoi on répondra volontiers: ben non! De toutes façons les amateurs de néoprog sage auront déjà fui à l'avance, ce qui n'est pas un drame en soi puisque tout le monde n'est pas fait pour tout aimer... Une chose est sûre: tant que des passionnés honnêtement ambitieux s'adresseront à d'autres non moins passionnés mais tout aussi exigeants, il y aura encore des Krokofant. Et ça c'est formidable. Un groupe qui a du nez!

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir