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17 Avril 2017

Tony Paeleman

Camera Obscura

par Vox
dans

Qui va piano va sano. Tony Paeleman a sorti son premier album solo à l’âge de 32 ans après avoir joué plus de 10 ans dans l’ombre des plus grands (Christian Vander, Emile Parisien, Vincent Peirani …). Un temps nécessaire à la construction de sa propre musique qui semble être un long chemin vers la sérénité. Slow Motion, sorti en 2013, exprimait déjà une certaine vision de la lenteur à travers des compositions aux atmosphères éthérées. Son nouvel album Camera Obscura poursuit ce travail tout en l’ouvrant, encore davantage que le premier, vers des horizons qui dépassent le cadre du jazz.

Les ambiances feutrées et aériennes restent au centre du travail du pianiste. A travers une production privilégiant les basses et des compositions oniriques comme, par exemple, le morceau « Zadar » ou la magnifique reprise de Charlie Haden , « Our Spanish Love song » , Tony Paeleman continue d’explorer l’univers du cool jazz. Sur ces titres, où les ambiances se suffisent à elles-mêmes, les musiciens ont toujours la sagesse de mettre leur virtuosité au service de l’œuvre et de ne jouer que les notes qui bercent le silence. Dans un monde qui va trop vite, Tony Paeleman nous propose de revenir à l’essentiel et de reprendre notre respiration en se reconnectant à soi.

Si cet album est donc souvent une invitation à un voyage intérieur, le pianiste aime aussi introduire des aspects plus sombres à ses compositions, comme un brusque retour à la réalité. « Broken Frame », par exemple, démarre par de magnifiques arpèges à la guitare qui invitent à la rêverie, avant que notre sérénité ne soit bousculée par des effets sonores plus psychédéliques et une mélodie, au piano, à la limite de la dissonance. On retrouve dans ces écarts harmoniques toute la richesse du vocabulaire de Tony Paeleman qui a voyagé dans de nombreux pays pour y apprendre d’autres langages musicaux. Ces voyages ont ouvert son esprit à de nouvelles approches du travail sur les notes et sur les rythmes. Souvent il utilise des langages rythmiques qui sortent du vocabulaire habituel du jazz. Sur « Moving Head’s  » , on trouve des claves rythmiques qui rappellent celles qu’on entend dans le hip-hop. A d’autres endroits, comme sur le titre d’ouverture, « the Hex » , l’auditeur attentif devinera des changements métriques qui font penser à l’univers de la musique progressive. Tony Paeleman est donc multiple mais jamais démonstratif. Pour entendre la richesse de son travail, il faut savoir tendre l’oreille. Cette discrétion, on la retrouve aussi dans la pochette de l’album où l’artiste apparaît en filigrane dans un clair-obscur, comme s’il était lui-même mal à l’aise de devoir se mettre sous la lumière. Une humilité qui n’est pas forcément une qualité pour faire carrière dans un monde où les médias ne semblent porter attention qu’à la force des poings levés.

Tant pis … Ou alors tant mieux ! Tony Paeleman n’est pas un artiste fait pour un public qui cherche dans la musique un bref déclenchement d’adrénaline. Il est de ceux qui font de leur art, comme disait Glenn Gould, une construction progressive, sur la durée d’une vie, d’un état d’émerveillement et de sérénité.

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