coup de coeur
17 Avril 2017

Steve Hackett

The Night Siren

par Florent Canepa

Au vu d’une pochette mettant en scène des aurores boréales ressassées et fleurant bon le graphisme d’Alan Stivell, un souffle affolé envahit le spectateur et futur auditeur. Certes, la précédente œuvre de l’Anglais en maître-loups avait aussi son petit aspect kitsch donc ne nous laissons pas rebuter par le contenant et focalisons-nous sur le contenu…

La fameuse expression « ne jugez pas un livre à sa couverture » prend rapidement tout son sens. Le guitariste nous invite à découvrir ce que l’on peut qualifier de musique du monde progressive. L’album a été enregistré dans diverses parties du globe, ce qui a sans doute participé à sa magie et sa pluralité. Mais pas seulement : par-delà sa guitare classique ou électrique, Steve s’empare le cas échéant d’un sitar, d’un oud, d’un charango ou d’une mandoline pour faire vibrer des notes en forme de patchwork exalté. L’entrée, « Behind the smoke », sorte de « Kashmir » interprété par Whitesnake, donne le ton d’un monument qui sera cosmopolite.

Trompette bouchée et chœurs d’enfants (« Fifty Miles from the north pole »), cordes vigoureuses comme The Enid ou Alan Parsons, Rodrigo moelleux s’entrelaçant dans Gilmour pensif (« Other side of the wall ») : chaque arrangement chimérique exprime sa part de beauté. Jamais répétitifs et toujours sémillants, Steve Hackett et sa cohorte de chanteurs et instrumentistes (dont son fidèle compagnon Roger King aux claviers) prouvent que le talent ne s’étiole pas nécessairement avec les années. Mieux encore : l’entreprise semble attester de la créativité inépuisable d’un homme imperméable aux modes, aux jeux de production, traçant son sillon industrieux et astucieux. La fougue finalement délivrée sur «  Anything but love » rappelle Robert Plant et « Inca Terra » renoue avec le folk hippie de Cat Stevens. «  In The skeleton gallery » se paye même le luxe de croiser les évocations de Brian May et Danny Elfman.

Symphonique, cinématique, ancestral, médiéval, celtique, tribal ou arabisant - en un mot œcuménique, The Night Siren est un tableau diapré, un petit prodige. Discret dans le vaste monde de la musique mais bien réel pour nos oreilles.

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir