coup de coeur
10 Avril 2017

Ulver

The Assassination of Julius Caesar

par Florent Canepa

Quelle insolite créature que ce combo norvégien... En perpétuelle réinvention, mutation, telle une incessante chrysalide, Ulver enivre l’auditeur à chacune de ses apparitions et offre le parfum du renouveau. The Assassination of Julius Caesar, pépite électronique expérimentale mais abordable, est une nouvelle métamorphose dans une discographie déjà riche en rebondissements.

Sous les traits d’un Depeche Mode sabbatique, d’un Wolfsheim minéral, le groupe crée des boucles entêtantes qui repensent new wave, coldwave et synthpop dans une ferveur symbiotique. Quelques voix féminines viennent caresser la surface avant de transformer le tout en déflagration sonore (le saxophone démoniaque de « Rolling Stone »), preuve que le groupe a conservé tous ses spasmes. Parfois symphoniques au détour de cloches, cuivres ou cordes fortes qui sous-tendent la structure (on pense à In the Nursery), les morceaux possèdent une gravité essentielle mais jamais flagorneuse jusqu’au séminal final.

Il faut dire que les sujets, entre sociétés et religions, ne sont pas superficiels. De la déesse grecque Artémis à la princesse Diana, de la tentative d’assassinat de Jean-Paul II à l’occulte Anton LaVey, on y égrène les destins tragiques et les relations troubles qui lient rite et sacrifice. Comme si René Girard avait créé son église électronique occulte.

Musicalement, nous sommes à la limite de l’industriel gothique sans jamais y plonger complètement, on se délecte de darkwave sans tomber dans ses travers accablants - au sens propre (la rupture à mi-parcours de « So falls the world », les soubresauts de « Southern Gothic » ou… Ulver goes to Hollywood !). Dans un monde qui normalement la promeut, nous nous retrouvons en pleine anti-monotonie. C’est certainement cela qui rend l’album phénoménal : même lorsqu’il est clairement hors de notre époque (« Transverberation », guilleret comme Tears for fears), il réussit à retomber sur les pattes de la modernité, sans nulle doute (mais pas seulement) grâce à sa production impeccable.

Huit titres roboratifs, solides, parfois datés (les Osloïtes se disent influencés par Talk Talk) mais jamais de mauvais goût : The Assassination of Julius Caesar n’est pas un meurtre mais une renaissance. VNV Nation, Diary of Dreams ou Leaether Strip auraient offert une redite, Ulver propose un discours, un hommage vivant. Depeche Mode ennuie sur son dernier Spirit (à l’exception peut-être de deux titres en guise de single), Ulver excite et tire son épingle du nouveau jeu de la synthwave. Qui sait, les fans de Kavinsky, The Weeknd et même Daft Punk pourraient même en tomber amoureux ? Après tout, les créateurs présentent eux-même cette dernière offrande comme leur album pop !

Commentaires 

#1 Dreamer 25-04-2017 09:54
Excellent. Attention album addictif. Super chronique, merci. Elle m'a incité à écouter cet album. Ulver c'est toujours délicat de savoir si le prochain va nous parler. J'étais resté sur childhood's end. Ici, c'est un album très accessible et qui n'a pas grand chose de rock prog je trouve. Les ambiances sont magnifiques, voyage garanti. Bref il sera dans mew album de l'année avec pain of salivation. Super début d'année 2017
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